‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 12 sur 63 · LE PETIT LAURENTZ · texte numérisé non relu

LE PETIT LAURENTZ

— Qu'est-ce ([up unis aimeriez?

— Vivre en Italie, etm'amuser comme je l'entends. » Jo Mirait bien désiré lui dem.-inder re que r'élati que

s'amuser comme il l'entendai! , mais les sourcils noirs de son compagnon s'étaient froncés subitement d'une manière si alarmante, quelle c limita <•<• sujet et dit, en battant la mesure avec son pied :

« Quelle jolie valse ! Pourquoi n'allez-vous pas la danser ?

— J'irai si vous y venez aussi, répondit-il en lui faisant un drôle de petit salut français.

— Je ne peux pas; j'ai dit à Meg que je ne danserais pas, parce que... »

Et elle s'arrêta, ne sachant pas si elle devait continuer. « Parce que quoi? demanda curieusement Laurie.

— Vous ne le direz pas ?

— Jamais.

— Eh bien, vous saurez que j'ai la maux aise habitude de ne pre idre garde à rien, pas même au feu, et de brûler souvent mes robes ; celle-ci a été brûlée par derrière, et, quoiqu'elle ait été bien raccommodée, cela se voit, cl Meg m'a recommandé de ne pa-, bouger de la soirée pour qu'on ne s'en aperçoive pas. \li ! vous pouvez rire si vous voulez, je sais que c'est drôle. »

Mais Laurie ne rit pas, il baissa seulement les xeux une minute, et 1 expression de sa figure ('tonna Jo, lorsqu'il lui dit très gentiment :

« Ne faites pas attention à votre robe, je \ais vous dire ce que nous pourrions faire : il y a près d'ici un grand vestibule dans lequel nous serons très bien pour danser sans que personne nous regarde. D'ailleurs nous tournerons très vite, on n'y verra rien du tout. Venez, je vous en prie. »

f.KS QU.VfB.J3 Kl LU*? T>U ÏVOCTEUn MARSCH.

Jo accepta sans se faire prier davantage et suivit son jeune caudicr dans le scstibule. Elle eut soin pourtant de passer demi n- tout le monde et très près du mur p,„ir ne pas trahir, dès le début, le secret de sa robe brûlée; mais, par exemple, elle regretta beaucoup

de n'avoir pas de jolis gants lorsqu'elle vit son rava lii-r eu mettre une paire jauue paille d'une étonnante

fraîcheur.

I.aurie dansait bien, et Jo éprouva un grand plaisir a danser avec lui, dans un endroit ou elle ne pouvait « faire aucun malheur » ; il lui apprit le pas allemand, ei tous deux ne s'arrêtèrent de danser que lorsque la musique eul eomplèiement cessé. Ils s'assirent al ois pour se reposer sur la dernière marche de l'escalier, et Laurie était au milieu du récit d'un festival d'étudiants à lleidelberg, lorsque Meg lit signe à sa sœur de venir. Jo, se rendant bien à contre-eumr à sou appel, la trouva dans une chambre à côté, étendue sur un sofa, n liant son pied et se lamentant.

J'ai le pied tout enflé, les stupides talons ont tourné et m'ont donné une entorse épouvantable. J'ai très mal el ne pni\ plu* me tenir debout ; je ne sais pas comment je pourrai jamais resenir chez nous.

Je savais bien que vous \ous feriez mal ave

G6B bottines trop < imi!^: Jo sois très tachée, mais je m.-, vois qu'un mm en, c'est d'aller vous chercher une voiturf», ou de rester ici toute la nuit, répondit Jo, en ii oit, mi .loucemeiit le pied endolori de sa sœur.

— (iel a coûterait beaucoup trop d'argent de prendre une voiture, et d'ailleurs nous ne pourrions pas en trouver, Tout, le monde est venu dans des voitures particulières et quand même il \ en aurait d'autres, les stations sont loin d'ici, et nous n'avons personne à emoyer. \\

LE PETIT f, \['RKNT7,

— J'irai, moi, dit. .In. Ce n'est pas plus difficile aujourd'hui qu'un autre jour.

— Non, non, dit Meg, vous n'irez pas. II est dix heures passées, et il fait noir comme dans un four. Je ne peux pas non plus iv ; t ici; plusieurs amies de

chez elle, *et il n'y a plus de chambre à coucher disponible. Je vais me reposer en attendant Mannah ; quand elle viendra, je ferai comme elle voudra. • •

— Je vais demander à Lauric. H ira, lui, dit Jo, enchantée de son idée.

— Miséricorde! ne demandez et ne dites rien à perso nue; donnez- moi seulement mes caoutchoucs et mettez de côté ces maudites bottines, je ne penv plus danser maintenant.

— On va souper; j'aime mieux rester avec vous.

— Non, ma chère ; allez vite me chercher un peu de café glacé, je sais qu'il y en a. Je ne peux décidément pas bouger. »

La chambre était solitaire.

fileg s'étendit surle canapé en cachant soigneusement ses pieds sous sa robe, et Jo se mit à la recherche de la salle à manger en faisant des bévues tout le long de son chemin. Après èlre entrée dans un cabinet noir remj ii de robes et avoir brusquement ouvert une

chambre dans laquelle reposait la vieille madame (îardiucr, elle finit par trouver la salle à manger et prit une tasse de cale qu'elle renversa immédiatement sur elle, rendant ainsi le devant de sa robe aussi peu présentable que le dos.

« Dieu, que je suis maladroite.! s'écria-l-elle en frottant sa robe avec le gant de \\i>jr ci | t > salissant aussi .

— Puis-je vous aider? » demanda une voix amie.

Et Laurie vînt à Côté d'elle portant d'une main une

tv-e de cale e! de l'autre nue glace.

« J'essayais de porter quelque chose à Meg qui est très fatiguée; quelqu'un m'a poussée et me voilà dans WA bel étal! répondit Jo en portant piteusement ses regards de sa robe tachée à son gant couleur de café.

— Je cherchais quelqu'un à qui donner ceci. Puis-je le porter à votre sieur ?

— Je le veux bien : je vais vous montrer où elle est mais je ne vous offre pas de rien porter, je ferais encore d'antres maladresses. »

Jo le conduisit vers sa sœur, et Laurie, comme s'il était habitué à servir les dames, mil une petite table devant elles, apporta deux antres tasses de café et deux autres glaces pour lui-même et pour Jo, et fut si complaisant que la difficile Meg elle-même dit à Jo que « c'était un genlil petit gentleman ». Ils s'amusèrent beaucoup et étaient tellement occupés à tirer dis papillotes et à deviner des rébus, que, lorsque Hannah vint les chercher, Meg, oubliant son pied, se leva, mais elle ne put retenir un cri de douleur ; elle fut obligée de s'appuyer sur Jo pour ne pas tomber.

« Chut! ne dites rien, dit-elle à Laurie. Ce n'est ri' ii. Je rue suis un peu tordu le pied, voilà tout! »

VA elle alla en boitant chercher son manteau.

Hannah gronda, Meg pleura, et Jo, voyanttout.es ses idées repoussées, se décida à agir sans consulter personne. Elle se glissa hors de la chambre et, s adressant au premier domestique qu'elle rencontra, lui demanda s'il pourrait lui trouver une voilure. Le

domestique qui était étranger, ne la comprit pas, et Jo très embarrassée, en attendait un autre, quand Laurie, qui I avait entendue, vint lui offrir de revenir dans la voilure de son grand-père.

i pj-rriT l.ujhfntz.

« » est si tôt! vous ne vouliez pas sitns (loin,. umsni

aller déjà lui répondit Jo, qui paraissait cependant soulagée d un grand poids, mais invitait encore à

accenter

— Je devais partir de très bonne heure, répliqua * L aune. Je vous en prie, permettez-moi de vous ramener chez vous ; c'est mon clieniin, vous savez, et ou vient dédire qu'il pleut. »

Tout étant ainsi arrangé, Jo accepta avec reconnaissance et remonta vite chercher sa somr et sa bonne, Ilannah, qui, comme les chats, détestait la

l"""'- n<> 1,1 aucune objection, et elles montèrent Paiement dans l'élégante calèche. Laurie sauta sur le &

sans vouloir rien entendre, afin de laisser à Mes la possibilité d'étendre son pied, et les jeunes filles purent, en toute liberté, parler de leur soirée :

« Je me suis fameusement amusée ! lit vous f demanda Jo en s'étendant»

-Moi aussi, jusqu'à ce que je me sois fait mal. L amie de Salhe, Annie Moffat, m'a fait foutes sortes d amitiés et ma invitée à aller passer quelques jours ; :Ijez e,, ° a ' 1 P'^'temps, en même temps que SaJIie

? ' 10U P e d °P ér * y «®* et je m amuserai parfailomoni bien, si more veut me laisser aller, repondii \\ô<,

entente à la seule pensée du plaisir qu elle se nromettait. 1 1

— -je vous ai vue danser avec le jeune homme lux cheveux rouges qui m'avait lait Voir. Était-il innable ?

— Oh! excessivement! J'ai dansé avec lui une déli- •Jeuse redowa. D'abord il n'a na« ,

lies a blonds. " a pas les ele^ ,,ix rouges,

— Il ressemblait à une sauterelle quand il a fait le louveau pas. Laurie et moi ne pouvions pas nous •

46 LES QUATRE FILLES DU DOCTKl'K MAUSCH.'

empêcher de rire cm le regardant. Nous avez-vous entendus?

— Non, mais c'était très impoli. Qu'est-ce que \ous faisiez cru-bés tout ce temps-là? »

Jo raconta ses aventures, et lorsqu'elle eut fini, on était arrivé. Elle et Meg remercièrent beaucoup Laurie et, après bien des « bonsoir », se giis^'ivni sans bruit d;ms leur charnière, afin de no revriller personne ; mai-, au moment où elles ouvraient leur porte, deux petits bonnets de miiL se soulevèrent, et deux voix endormies mais empressées crièrent :

i. Pian inie/-nous la soirée! Ibinmtez-nous la soirée î

— G'esi tout à fait comme si j'élais une grande dame, je suis rentrée cbez moi eu \oiture, et j'ai une femme de chambre pour me déshabiller, dit Meg. ïendanl que lO lui frictionnait le pied avec de l'arnica et lui arrangeait les cheveux.

— Je ne crois pas qu'il \ ail beaucoup de belles

damés qui se soient autant amusées que nous! Nos cheveux brûlés, nos vieilles robes, nos gants dépareillés et nos bottines trop étroites qui nous doinien: 'des entorses quand nous sommes assez bêles pour les mettre, répondit Jo, n'ont rien ô(é de ses agréments à la soirée. » *" * - : t . i

Et je pense qu'elle a\aii tout a lait raison. 1

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UNE FAMILLE DE MAUVAISE HUMEUR. 47

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