‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 16 sur 63 · BETH ENTRE DANS LE HEAU PALAIS · texte numérisé non relu

BETH ENTRE DANS LE HEAU PALAIS

choisit un dessin représentant une touffe de pensées sur un joli fond vert clair; on acheta les matériaux nécessaires, et elle se mil courageusement à Oeuvre. Ses s< eu rS l'aidèrent un peu dans les endroits difficiles, et les pantoufles furent bien toi finies. Meih écrixit alors « au vieux monsieur - un petit billet très court et très simple, et, avec l'aide de Laurie, profila d'une absence de M. Laurent/ pmir mettre le tout sur son bureau.

Quand ce fut fait, lîeth attendit impatiemment ce qui arriverait ; mais la journée se passa, ainsi qu'une partie de celle du lendemain, sans qu'on eût aucune nouvelle

du vieux monsieur, et lïelh commença à craindre d'avoir offensé son susceptible ami. Dans l'après-midi du second jour, elle sortit, pour s'acquitter d'une commission, et en même temps [jour faire faire à Joanna, la pain i e poupée malade, sa promenade quotidienne. En revenant, elle aperçut trois tètes à la fenêtre du parloir, vit des mains s'agiter démesurément et entendit crier joyeusement :

« Il y a une lettre du \ieux monsieur pour vous! Venez vite la lire.

— Oh! lîeth. il vous a envn\é... >, commença à dire \my en faisant des gestes désordonnés; mais .In. fermant vivement, la fenêtre* l'empêcha de continuer.

lîeth se dépêcha d'arriver, et ses sumrs la portèrent en triomphe au parloir en lui criant : « Regardez! regardez! » et lui montrant du doigt, un joli piano, sur lequel était posée une lettre adressée à « miss Elisabeth \larsch ». Elle devint pâle de surprise et. de bonheur, et, se retenant au bras de Jo pour ne pas tomber :

h C'est pour moi? murmura- 1,-cl le, quoi! pour moi?

— Oui. ma précieuse lïelh, c'est pour vous. N'est-ce pas bien bon à lui? Ne trouvez-vous pas que c'est le meilleur vieux monsieur du monde ? La clef du piano est

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dans la lettre; niais nous ne I avons pas ouverte, et cependant nous mourions d'envie de savoir ce qu'il wus dit. i'"j)(in(li| Jo en embrassant sa sœur de toutes ses forces et lui présentant la lettre.

— Lisez-la vous-même, moi je ne peux pas. C'est si beau que je ne sais plus où je suis. »

Jo ouvrit la lettre et commença par rire des premiers mots :

« Miss M Ans ch.

« Chère Mademoiselle. »

<> Comme c'est joli! .le voudrais bien que quelqu'un m'envoyât une lettre comme celle-là, s'écria Amy, qui trouvait cette formule excessivement élégante.

« J'ai eu beaucoup de pair 1 - de panlnutles dans ma

« vie, mais jamais aucune ne m'a fait autant de plaisir « que la votre. La pensée est ma Heur favorite, et « celles-ci ine l'appelleront toujours l'aimable petite » tille qui me les a données. J'aime à payer mes dettes; « ainsi j'espère que vous permet Irez au « vieux menai sieur » de \otis envoyer quelque chose qui a appar- * lenn à la petite lille qu'il n'a plus. Laissez-moi y « joindre mes remerciements les plus sincères et mes « meilleures amitiés.

« Votre ami reconnaissant et \otre humble serviteur,

« James Laihextz. »

— Eh bien! [.etli, c'est là un honneur dont vous pou\e/ i>\- lV (i<-i-e! s'écria Jo en essayant de calmer sa.

sœur, qui tremblait connue une feuille. Laurie m'a dit combien sou grand-père avait aimé l'enfant qui est morte: il conserve précieusement toutes les petites

lilïTTI ENTHK DANS LE BEAU PALAIS

choses qui lui ont appartenu, et il vous a donné son piano, pensez donc, Heth! Gela vient de ce (pie vous aimez la musique et que vous avez de grands \eux bleus.

— Voyez doue les belles appliques dorées pour m mire les bougies, le joli casier a musique et le petit tabouret,

dii Meg en ouvrant l'instrument.

— Regardez, Beili ; il signe votre humble serviteur* James Laurentz, dit Amy, que le billet impressionnait grandement. Je le dirai à mes compagnes, elles seront jalouses de vous.

— Essayez-le, Fan fan, afin que nous entendions le

son du beau piano, » dit la vieille Ilannali, qui partageait toujours les joies et les peines de la famille.

Hetli se mit à jouer, et fout le monde fut d\a\is que c'était le piano le plus remarquable qu'on eut jamais entendu. Il était évident qu'on l'avait remis à neuf et accordé, et on ne peut se faire une idée du bonheur avec lequel Beth en touchait tes noies d'ivoire et d'ébène.

« 11 faudra que vous alliez remercier M. Laurentz, » dit Jo en plaisantant , car elle connaissait trop bien la grande timidité de sa sœur pour croire qu'elle irait; mais, à sa grande surprise, lîeth répondit :

« Oui, j'en ai bien l'intention, c'est mon devoir, et je vais y aller tout de suite, a\aui que j'aie le temps d'avoir peur. »

Et lîelh, se levant vivement, marcha d'un pas délibéré jusque chez M. Laurentz, ce qui étonna tellement ses sœurs, qu'elles ne pouvaient plus parler et que la vieille Hannali serria :

« Eb bien! voilà la chose la plus étonnante que j'aie jamais vue; la vue de ce piano en a tait une autre personne, car sans cela elle n'y serait jamais allée »

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Kl les auraient été encore bien plus étonnées si elles avaient vu ce que fitBeth une fois entrée. Elle alla droit au cabinet de travail de M. Laurentz et frappa sans même se donner le temps de la réllex.ion, et, lorsqu'une voix rude eut dit : « Entrez », elle entra ei alla droit vers IL Laurentz, mit sa main tremblante dans la sienne et lui dit :

« Monsieur, je suis venue pour... vous remercier... »

Mais elle ne finit pas sa phrase, et, se rapprhuii seulement qu'il avait perdu la petite fille qu'il aimait, elle mit ses deux liras autour de son cou et l'embrassa.

Si le toit de la maison se fût effondré subitement, M. Laurent/ n'aurait pas été plus étonné; mais il était si content et si touché de ce timide petit, baiser que toute sa froideur habituelle fondit comme neige au soleil, et que, prenant Beth sur ses genoux, il l'embrassa si tendrement, si délicatement qu'on eut dit que sa petite fille lui était rendue. A dater de ce jour, Beth cessa d'avoir peur de lui et causa avec lui comme si elle l'eût connu toute sa vie. L'afleetion surpasse la crainte, et la reconnaissance peut dominer toutes les timidités. Lorsqu'elle partit, il la reconduisit jusqu'à la porte de chez elle, lui donna une bonne poignée de main et 6 ta son chapeau en la quittant, comme un beau vieux militaire qu'il était.

Lorsque, de la fenêtre, Jo vit tout cela, elle se mit à danser avec fureur pour exprimer sa joie; Amy, dans sa stupéfaction, faillit tomber dans la rue, et Meg s écria en levant les mains au ciel :

« Eh bien! je crois (pie le monde va finir!

Fînirl dit Jo ravie, il ne fait que commencer... »

LA YALLKE DE l/ilUMIl JATK ).\

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