‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 15 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bi;tii entkl: dans le in: au PALAIS

La grande maison fut réellement leur beau palais, quoique lîetli trouvât très difficile de passer a coté du terrible 3ML Laurentz.

Lorsqu'il eut fait visite et qu'il rut dit quelque chose d'aimable à cl i ai: u 06 d'elles, seul* 1 la timide lîelh eut encore peur de lui. I ne chose préoccupa pendant quelque temps les quatre soairs : elles étaient pauvres, tandis que M. Laureutz était riche, ef il ne lour paraissait pas GOIlvenabh» d'accepter ce qu'elles ne pouvaient pas rendre. Mais, au boni de quelque* temps, elles virent que Laurie les considérait connue ses bienfaitriées, et qu'il lie pensait jamais pouvoir assez faire pour remercier U ,m Marsrh de son accueil maternel, et ses iilles de leur société joyeuse. Aussi oublièrentelles bientôt leur ormjei! et lironl-elles des iVlianurcs de bonté, sans s'arrêter à se demander qui donnait le plus.

Toutes sortes de choses agréables arrivèrent vers ce temps-là, car la nouvelle ami Tu'; ponss-iii i-omme de l'herbe an printemps. Tomes elles aimaient Lauiïeipii, de son C('»lé, avait dit en secret à son précepteur, — un homme excellent et fort distingué, — que « les demoiselles Marsrh étaient les meilleurs êtres du monde. »

84 LES CM-ÎATK E FIL LES DU DOCTEtiiï MARSCH.

Avec l'eut housiasme charmant de la jeunesse, elles avaient donné au jeune garçon solitaire une place au milieu d'elles, et Laurie trnuvail un grand charme dans la compagnie de ces jeunes filles sini|)Ies et innocentes. 11 n'avait jamais connu sa mère et n'avait pas eu de sœur; sa santé se trouva bien du nouveau milieu dans lequel il \ ivait, 11 était toujours à faire l'école buissonnière dans la famille Marsch, et sou précepteur, craignant que cela ne nuisit à ses études, fit sur ce point des rapports très peu satisfaisants à

M. Laurentz,

« Ne \<>us inquiétez pas de ceci; qu'il prenne des vacances, il rattrapera cela plus tard, répondit M. Laurentz. M" ,e Marsch est une personne judicieuse; elle pense ijue Laurie a mené une vie trop renfermée, qu'il a trop travaillé et qu'il a besoin de société,

d'amusement et d'exercice. Laissez-le agir à sa guise, il ne peut, rien faire de mal dans le petit minent à coté; les exemples et les enseignements d'une mère de famille connue notre voisine lui feront plus de bien (pie

U s nôtres. »

Laurie et ses amies profitèrent de la permission pour

s'amuser. Ils faisaient, de bonnes lectures en minium], jouaient lies comédies, représentaient des tableaux d'histoire, faisaient ries promenades en traîneau ou patinaient et passaient des soirées bien agréables, soit dans le vieux parloir, soit dans la grande maison. Meg se promenait tant qu'elle voulait dans la serre et avait des boiKjueis magnifiques; Jo dévorait la bibliothèque, Ainy copiait des tableaux, et Laurie remplissait, à la salis! action générale, le rôle de maître de maison.

Quant à tîetli, quoiqu'elle eût une grande envie O admirer le beau piano à queue, elle ne pouvait pas trouver le courage d'aller dans « la maison du bon-

fïKTII KNTKH DANS LE BEA II PALAIS.

heur ». comme rappelait Meg. Elle y était cependant allée une fois avec Jo ; mais le vieux monsieur, qui ne savait, pas combien flic émit timide, l'avait regardée tellement fixement et avait fait unheim! si fort à la fin

de cette inspection, <|ue les pieds de Beth ne « voulaieni pas rester sur le tapis , tant elle t comblait ». Elle l avait dit dans ces termes à sa mère, et avait ajouté qu'elle s'était enfuie, bien décidée à ne rentrer jamais dans le lerrible beau palais. Rien n'avait pu la décider à y retourner. Ouaud M. Laurentz apprit. l'efTet qu'il avait produit sur la pauuv lleth, il fut bien étonné et résolut d'aller lui-même essayer de vaincre sa résistance. Jl se inî t à parler musique pendant une de §es visites, et raconta des choses tellement intéressantes sur les grands chanteurs et les belles orgues qu'il avait entendus, que Beth trouva impossible de rester dans son petit coin habituel, et, comme si elle était attirée magnétiquement, elle vint lentement jusque derrière ta. chaise de M. Laurentz. Là, elle resta a écouter, ses beaux yeux tout grands ouverts et ses joues rouges d'excitation.

M. Laurentz, n'ayant pas plus l'air de faire attention à elle que si elle eût été une mouche, se mit à parler

des leçons et des maîtres de musique de Laufie, puis

dit à W" e Marsch, comme s'il venait seulement d'y songer :

« Laurie néglige son piano maintenant, et je n'en suis pas fâché, parce qu'il aimait trop exclusivement la musique; mais le piano se rouille, et il aurait besoin de servir à quelqu'un ; l'une de vos petites lilles voudrait-elle venir pour l'entretenir? »

Beth fit un pas en avant et serra ses mains l'une contre l'autre, afin de ne pas bai ire des mains comme elle en avait une tentation irrésistible, tant elle était

86 LES QUATRE FfLLBS DU DOCTRUR MARSCH

charmée par la pensée déjouer sur ce spiendide instrument. Avant que M'"" \larsch eût pu répondre, If, Laurentz continua en souriant :

« Personne n'est jamais au salon après neuf heures;

h s domestiques ont fini leur ouvrage, Laurîe sort beaucoup, et moi je suis enfermé dans mon bureau à l'autre bout de la maison. Ainsi, si Tune d'elles le désire, elle peut. \ cuir quand elle voudra, sans rien dire et sans parler à personne. »

Il se le\a connue pour partir, et Iîeth ouvrait la bouche pour le remercier, car ce dernier arrangement ne lui

laissait rien à désirer ; mais il continua :

« Youdrez-vous répéter cela à vos filles, madame? Cependant ne les forcez pas à venir si cela ne leur plaît

pas.

— Oh! si, monsieur, votre offre leur fait beaucoup, beaucoup de plaisir, dit lïelhen mettant sa petite main dans celle du vieux monsieur, et le regardant avec de» yeux pleins de reconnaissance.

— (Test donc unis la petite musicienne ? demanda-t-il doucement, sans ajouter de ces « keimï » qui effrayaient tant lieth. . . -

— C'esi moi, Iîeth. .l'aime beaucoup la musique, et je viendrai si vous êtes tout à fait sur que personne ne m'entendra et ne sera gêné par. moi, ajouta-t-elle, craignant d'être importune, et toute tremblante en

pensant à sa hardiesse.

— l'as une àme ne vous entendra, ma chère; la, maison est vide la moitié de la journée; venez tapoter autant que vous voudrez, et je vous en serai très reconnaissant. H^t-r Ci >r<- •

— Oh! monsieur, que vous êtes bon ! »

Beth était rouge comme une pivoine, mais n'avait plus peur; ne trouvant pas de mots pour exprimer

r.jvrn k n ri i k dans m-: iïkuj palais

sa reconnaissance, elle attira à elle la main du vieux monsieur et la. serra doucement. < 'a. i l i ji-ci se baissa alors vers elle cl l'embrassa, en disant d'un ton que peu de personnes avaient jamais entendu :

« J'ai en autrefois une petite fille aux yeux bleus comme les vôtres; Dieu \uus bénisse, ma chère enfani ! Bonsoir, madame. »

Et il partit très vite, comme s'il était dominé par soi» émotion.

Après s'être réjouie avec sa nièce. Met h alla raconter son bonheur à sa famille de poupées, puis à ses sœurs lorsqu'elles furent rentrées. Klle en était si préoccupée, qu'au milieu de la nuit Amy fut brusquement réveillée par sa s<eui\ qui, dans son sommeil, jouait du piau-i sur sa ligure; elles couchaient depuis quel* pies jours dans le même lit. parce que celui de IVdi était en réparation.

Le lendemain arriva eutin, et lîeth, avant vu sortir M. Laureniz et son petit-iils, osa se diriger vers la grande maison. Il est juste de dire qu'elle n'y parvint pas du premier coup; deux, ou trois lois elle revint sur ses pas. en proie à une insurmontable timidité; mais, à la lin, faisant aussi peu de bruit qu'une souris, elle y pénétra. J'aurais voulu que von- pussiez la voir entrer

dans !e grand salon. Quelle crainte! quel respect! quelle peur et quelle envie d'arriver jusqu'à cet admirable

piano qui était là tout ouvert devant elle! De la jolie musique facile se trouvait to»( à j'ai! accitlcnh'l/cmejit sur le piano. La bonne petite Beth, après avoir bien écouté, bien regardé s'il n'v avait personne, s'enhardit peu à peu et commença à jouer (f abord en tremblant ; mais elle oublia bientôt, sa crainte dans le bonheur inexprimable que lui procuraient les beaux sons de cet excellent instrument. Elle resta au piano jusqu'à ce

88 LES QUATIŒ FILLE.* DU DOCTEUR MARSCn

que Hatniah vînt la chercher pour dîner; mais elle n'avait pas faim cl dîna, pour cette fois, du souvenir de son bonheur.

Depuis ce moment, le petit capuchon gris se glissa presque tous les jours dans la maison de M. Laurentz, et le salon fut hanté par un petit esprit musical qui allait et venait sans être vu. Beth ne se doutait pas que \l. Laurentz ouvrait souvent la porte de son cabinet de travail, afin de mieux entendre les airs anciens qu'elle jouait, les mêmes qu'autrefois lui jouait l'enfant qu'il avait, perdue, et que Laurie montait la garde dans le vestibule pour empêcher les domestiques d'approcher, il ne lui ^ naii jamais à l'idée que les cahiers d'études et d'exercices ou les morceaux nouveaux qu'elle trouvait sur le piano y avaient été placés par M. Laurentz lui-même pour son usage à elle.

Si Laurie lui parlait ensuite de musique, elle pensait seulement qu'il était bien bon de lui dire des choses qui l'aidaient tant. Elle jouissait de tout son cœur de son bonheur, et, ce qui n'arrive pas toujours, elle trouvait que la réalisation de son plus grand désir lui donnait tout ce qu'elle en avait rêvé.

Quelques semaines après cette mémorable visite du vieux monsieur, Beth dit à sa mère :

« Maman, pourrais-je faire une paire de pantoufles à AL Laurentz? 11 est si bon pour moi que je voudrais

le remercier, et je ne sais pas d'autre manière que celle-là.

— Oui. ma chère» cela lui fera plaisir, et c'est une bonne manière de le remercier. Je vous achèterai ce qu'il vous faudra, et vos sœurs vous aideront, » répon-

lt .^r. ^ a,s< ll ' C I U * prenait un très grand plaisir à satisfaire les très rares demandes de Beth.

Après de sérieuses discussions avec Meg et Jo, Beth

Page 1