LA VALLÉE DR L'HUMILIATION
— l'as beaucoup ; je vous donne ma part. V oici votre argent ; je n'eu ai pas beaucoup; ainsi faites-le durer lu plus longtemps possible.
— Ob ! merci. Que vous èles donc heureuse, ma bonne Meg, d'avoir de l'argent de poche! Je vais m'ac- ([uitlcr et aussi me régaler; je n'ai pas mangé un seul sucre d'orge celte semaine, parce que je n'aimais pas en accepter quand je ne pouvais pas les rendre. »
Le lendemain, Amy arriva en classe un peu en relard, mais porlant un petit paquet enveloppé de papier brun, qu'elle ne pui s'empêchet $e montrer à ses compagnes, avec un orgueil pardonnable, avant de le cacher dans les profondeurs de son pupitre. Aussitôt
la rumeur qu'Aniy Marsch avait vingt-quatre délicieux sucres d orge à la menthe (elle en avait mangé un sur sa route) circula dans « sa bande », et les attentions de ses amies devinrent accablantes. Katy Brown l'invita immédiatement pour sa prochaine réunion: Mary liingoley insista pour lui preier sa. montre, et Jenny Snow, une jeune fille satirique, qui avait bassement jeté au aez d'Amy, la veille encore, qu'elle n'avait jamais de bonbons, enterra promplement le dilïerend ci ulbit à Amy de faire un échange. Mais Amy n avait pas oublie h s remarques piquantes de miss Snow sur « les personnes dont le nez n'était pas trop petit pour sentir les sucres d'org" des autres et celles qui n'étaient pas trop orgueilleuses pour en demander ». et elle détruisit immédiatement les espérances de cette « petite Snow» par le télégramme suivant : « Voire politesse n'a plus de mérite, nous ne ferons aucune allaire ensemble. »
Un personnage distingué venant à ce moment visiter la pension, les belles cartes, bien dessinées par Amy, reçurent des louanges qui envenimèrent l'àuie de son
ennemie, miss Snow, e( firent prendre à miss Marsch les airs d'un studieux jeune paon. Mais, hélas! hélas! la roche Tarpéienne n'est jamais loin du Capitole, et I « la ])etite Snow » parvint à changer du tout au tout | la l'ace des choses. Le visiteur était à peine sorti que, SOUS prétexte de faire une demande importante à M. Davis, elle eut la bassesse d'aller l'informer qu'Amy Marsch avait vingt-quatre sucres d'orge dans son pupitre. 1
Or M. Davis avait déclaré récemment que les sucres d'orge seraient désormais considérés par lui comme un article de contrebande, et que quiconque en ferait entrer dans la classe serait, puni du supplice de la i férule. I
C'était un moment malheureux pour dénoncer Amy, et la rancunière petite le savait bien. Le mot sucres d'orge fut pour M. Davis comme le feu à la poudre ; sa ligure devint pourpre, et il tapa sur son pupitre d'une manière énergique, qui renvoya la dénonciatrice I à sa place beaucoup plus lestement encore qu'elle ne l avait quittée. I
« Attention, s'il vous plaît, mesdemoiselles! » I
Aussitôt le bruit cessa, et plus de cent paires d'yeux bleus, gris, noirs ou bruns se fixèrent avec obéissance sur sa ligure terrible.
« Miss Marsch, venez ici! »
Amy se le\a avec un calme apparent; mais les i sucres d'orge pesaient sur sa conscience, et une crainte secrète l'oppressait. I
« Apportez avec vous les sucres d'orge que vous avez I dans votre pupitre, » fut l'ordre inattendu qu'elle j reçut avant même d'être sortie de sa place. I
« -Ne prenez pas tout », murmura sa voisine, jeune personne d'une grande présence d'esprit.