FAMILLE AMÉRICAINE
« Noël ne sera pas Xof'l si Ton ne nous fait pas de cadeaux, grommela miss Jo en se couchant sur le tapis.
— C'est cependant terrible de n'être plus riche, soupira Meg en regardant sa vieille robe.
— Ce n'est peut-être pas juste non plus que certaines petites filles aient beaucoup de jolies choses et d'autres rien du tout, » ajouta la petite Amy en se mouchant d'un air offensé.
Alors, Beth, du coin où elle était assise, leur dit gaiement :
« Si nous ne sommes plus riches, nous avons en (-oie un .bon père et une chère maman et nous sommes quatre sœurs bien unies. »
2 LES QUATHK FHJ.F.S DU DOCTEUR MAIïSf'.II
La ligure des trois sœurs s'éclaircit à ces paroles. Elle s'assombrit de nouveau quand Jo ajouta tristement
« Mais papa n'est pas près de nous et n'y sera pas
de longtemps. »
Elle n'avait pas dit :« Nous ne le reverrons peut-
ètre jamais; » mais toutes lavaient pensé et s'étaient représenté leur père bien loin, au milieu des terribles combats qui mettaient alors aux prises le Nord et le Sud de l'Amérique.
Après quelques moments de silence, Meg reprit
d'une voix altérée :
« Vous savez bien que maman a pensé que nous ferions mieux de donner l'argent de nos él rennes aux
pauvres soldais qui vont laul --irli h du froid. .Nous
ne pouvons pas faire beaucoup, c'est vrai, mais nos peiits sacrifices doivent être faits de bon cmur. Je crains pourtant de ne pas pouvoir m'y résigner, ajoutât-elle en songeant avec regret à toutes les jolies choses
qu'elle désirait.
— Mais nous n'avons chacune qu'un dollar, dit Jo ; quel bien cela ferait-il à l'année d'avoir nos quatre dollars? Je veux bien ne rien recevoir ni de maman ni de vous, mais je voudrais acheter les dernières œuyres de .Iules Verne, qu'on vient, de traduire; il y a longtemps que je le> désire. Le capitaine tirant est, lui aussi, séparé de ses enfants, — mais ses enfants le cherchent, — tandis que nous... nous restons là. »
Jo aimait passionnément les aventures.
« Je désirais tant de la musique nouvelle! murmura Beth avec un soupir si discret que la pelle et les pincettes seules l'entendirent.
— Moi* j'achèterai mie jolie boite de couleurs, dit Atny d'un ton décidé.
HISTOIRE D'UNE FAMILLE AMKUlf. \ IXE.
— Maman n'a pas parlé de astre argent ci elle re
peut pas vouloir que nous n'ayons rien du tout. Achetons chacune ce que nous désirons cl amusons-nous un peu; nous avons assez travaillé foule l'année pour qu'on nous le permette! s'écria Jo eu examinant les talons de ses bottines d'une minière tout à l'ail masculine.
— OhJ oui, moi je î'ai bien mérilé en m occupant
tous les jours de l'éducation de ces méchants enfants,
quand j'aurais tant, aimé rester à la maison, dit Meg qui avait repris son ton plaintif. D
— Vous n'avez pas eu la moitié autant de peine qumoi, reprit Jo. Comment feriez-vous s'il vous fallait rester, ainsi que moi, enfermée des beures entières avec une vieille personne capricieuse et grognon, qui n'a pas plus l'air de se rappeler que je suis sa nièce,
que sj je lui arrivais tous les jours de la lune; qui vous fait frotter toute la journée, qui n'est jamais contente (lf ' <|'iî ''uliii \oiis ennuie à tel point qu'on est
toujours lenié de s'en aller, de peur de la Lattre?
— C est mal de se plaindre; cependant je peu si que la (diose la plus desagréable qui se puisse faire ici.
»j c'est de laver la \aisselle et de faire les chambres,' n,,,m,( ' V !<1 tmis 1rs jours. Je sais bien qu'il faut
» que cela • fasse, mais cela me rend les mains si dures que je ne peux plus étudier mou piano, » dil lïelh avec un soupir que cette fois loui le inonde entendit.
I Ce fut alors le tour crAmy :
" • ,( ' |"' pimse pas qu'aucune de VOUS souffre autant > que moi ; vous n'avez pas à aller en classe avec d'im- I pertinentes petites lilles qui se moquent de VOUS quand r vous ne savez pas vos leçons, critiquent vos \ éléments ' vous insultent parce que nous avez votre nez et pas le
l'-w <l '' dédaignent votre père parce qu'il a, par trop de
bonté, perdu sa fortune subitement !
__ La vérité est, répondit Me-, qu'il vaudrait mieux nue nous eussions encore la fortune que papa a perdue il v a plusieurs années. Nous serions, je 1 espère, plus heureuses et bien plus sages si nous étions riches
comme autrefois, * , .
Vous disiez l'autre jour que nous étions plus
heureuses que des reines.
— Oui, Beth, et je le pense encore, car nous sommes gaies, et, quoique nous soyons obligées de travailler, nous avons souvent du bon temps, comme
(iil JOi
— Jo emploie de si vilains mots! » dit Amy.
Jo se leva tranquillement, sans paraître le moins du nioudeoiïensée, et, jetant les mains dans les poches de son tablier, se mit à siffloter gaiement. .
» Oh! ne sifflez pas, Jo ! ou dirait un -arçon, secria Amv, et même un vilain garçon.
— C'est pourtant dans l'espoir d'en devenir un, mais un bon, que j'essaye de siffler, répliqua Jo.
j e déteste les jeunes personnes mal élevées...,
dit Amv.
— Je hais les bambines affectées et prétentieuses...,
répliqua Jo. w
— 1rs oiseaux sont d'accord dans leurs petits nids, chanta Belîi d'un air si drôle que ses sœurs se mirent ii rire et que la paix fut rétablie.
\uiis C-ies réellement toutes les d eux à blâmer,
dit Metf, usant de son droit d'aînesse pour réprimander ses sœurs. Joséphine, vous êtes assez âgée pour abandonner vos jeux de garçon et vous conduire mieux; cela, pouvait passer quand vous étiez petite; mais maintenant que vous êtes si grande et que vous -ne laissez pins tomber vos cheveux sur vos épaules, vous devriez vous souvenir que vous êtes une demoiselle.
HISTOIRE d'une famille américaine
— Je n'en suis pas une, el si mes cheveux l'élevés m'en donnent l'air, je nie ferai doux queues jusqu'à cique j'aie vingt ans, s'écria Jo en arrachant sa résille et secouant ses longs che\ou\ hruns. Je déteste pi'iiscr que je deviens grande, que bientôt on m'appellera miss Marsch' qu'il me faudra porter des robes longueet avoir l'air aussi raid»' qu'une rose trémière 1 C'est déjà bien assez désagréable d'être une fille quand j'ai unies jeux, le travail et les habitudes des garçons. Je ne me résignerai jamais à n'être pas im homme. Maintenant c'est pire que jamais, car je meurs d'envie d'aller à la guerre pour vaincre ou mourir avec papa, et je ne puis que rester au coin du feu à tricoter comme mie vieille femme! »
Et Jo secoua tellement fort le chausson de laine bleue qu'elle était eu train de tricoter, que les aiguille- liront entendre comme un cliquetis d'épées, et que sa pelote roula jusqu'au milieu de la chambre.
« Pauvre Jo! c'est vraiment bien désagréable ; mais,
comme relu ne peut pas être autrement, vous devez tâcher de vous contenter d'avoir rendu votre nom masculin el d'être peur nous comme un l'ivre, » dit Met 11 en caiv-^ant la tête de sa samr Joséphine d'une main que tous les lavages de vaisselle du monde n'avaient pu empêcher d'être blanche et douce.
« Ouant à VOUS, Amy, dit Meg continuant sa réprimande, vous êtes à la fois prétentieuse et raide; c'est quelquefois drôle, mais, si vous n'y faites pas attention, vous deviendrez une petite créature remplie d'aller i ai ios. Vous êtes gentille quand vous êtes naturelle ; mais vos grands mots, que vous écorchez et que \ous ne comprenez pas toujours, sont aussi mauvais dan- leur genre que les mois trop familiers que vous reprochez à Jo.
6 r.rrs ou AT ni-; ni.rj-;s m; nof/n-xit mamscii.
— Si .In est un garçon habillé en li.le. cl Ain\ une
petite sotte, ((n'est-ce que je suis donc? demanda lïelh, lonle prèle à pari ager la gronderie.
— \ous ries notre petite chérie et rien d'autre, » répondit chaudement Ueg.
Kl personne ne la contredit.
Comme les jeunes lecteurs aiment à se représenter, même au pli\s'npie, les personnes dont on parle, nous allons leur donner un aperçu des quatre jeunes filles, qui, pendant f|ue la neige tourbillonnait au dehors ei présageait une nuit glaciale, tricotaient activement a la lueur incertaine du feu. La chambre dans laquelle nous les trou\ons, quoique meublée très simplement, avait un aspect agréable. Plusieurs belles gravures garnissaient les murs; dos livres remplissaient tons les recoins; des chrysanthèmes et des roses de Noël lieulissaient enire les fenêtres; enfin on sentait partout comme une douce atmosphère de bonheur et de paix.
Marguerite, l'aînée des quatre, allai! avoir quinze ans; elle était belle et fraîche avec de grands yeux bleus, des chexeux châtains, abondants et soyeux, une petite bouche et des mains blanches dont elle avait quelque tendance à s'enorgueillir. La seconde, Jo, qui avait quatorze ans, était grande, mince et brune et semblait ne jamais savoir que (aire de ses longs membres. Elle avait une grande bouche et un nez passabli'ineni retroussé; ses grands yeux gris ne laissaient rien passe]- inaperçu et étaient tour à tour lins, gais ou pensifs. Ses cheveux longs, épais, magnifiques, constituaient pour le moment toute sa beauté; niais elle les roulait généralement dans sa résille afin de ne pas en Aire gênée. Klle ;ivail de grands pieds, de grandes mains, des mouvements anguleux; ses vêlements avaient toujours un air de désordre; toute sa personne donnait
]irSTJ!!;E D'USE W.mtJ.LE AMKHICAIXK. 7
l'idée d'une fille qui va grandir vite, qui va devenir rapidement une demoiselle et qui n'en es) pas satisfaite du tout. Elisabeth ou Bel h, comme chacun I appelait, était une petite fille entre douze et treize ans. rose et blonde, avec des yeux brillants, des manières ihuidesi une voix douce et imo expression de paix qui était rarement troublée. Son père l'appelait: « miss Paisible. » et ce nom lui convenait parfaitement, car elle semblait
vivre dans un heureux inonde dont elle ne sorlaii que pourvoir les quelques personnes qu'elle aimait et ne craignait pas. Amy, quoique la plus jeune, était, à son avis du moins, une personne importante: cetait une fillette aux traits réguliers, au teint de neige, avec des yeux bleus et des cheveux blonds bouclés tombant suies épaules; elle était pâle et mince et faisait tous ses efforts pour être une jeune fille distinguée.
Quant aux caractères des quatre sieurs, nous laissons aux lecteurs le soin d'en mmr.
La pendule sonna six heures, et Bel h, ayant balayé le devant de la cheminée, mil à rhauflor devant la flamme une paire de pauloullos.
Dune façon ou d'une aulre. la. vue des pantoufles eu! un bon effet sur [es jeunes tilles; leur mère allait rentrer, et chacune délies s'apprèla à. la bien recevoir. Meg cessa de gronder et alluma la lampe, Amv sortit du fauteuil sans qu'on le lui eût demandé, et Je oublia * combien elle était fatiguée en relav ant Beth dans le soin qVelle prenait de tenir le plus près possible du feu les pantoufles qui attendaient leur mère.
« Elles sont complètement usées, ces pantoufles, il faut que maman en achète une nouvelle paire, dit Jo.
— J'avais pensé que je lui en achèterais une avec mon dollar..., dit Bel h.
— Non. ce sera moi, s'écria Amy.
— Je suis l'aînée. » répliqua Me<>\ Mais Jo riiUerroinpit d'un air décidé.
« Maintenant que papa est parti, je suis l'homme de la famille et je donnerai les pantoufles, car papa m'a dit. de prendre généralement soin de maman pendant son absence.
— Sa\ez-vons ce qu'il faut faire? d'il lïeth ; charnue de nous achètera quelque chose pour maman, au lieu
de penser a elle-même.
— C'est bien là une de vos bonnes idées, chérie. Qu'achèteroiis-nons ? » s'écria Jo.
Elles rélléchirent pendant une minute; puis Meg dit, comme si l'idée lui était suggérée par ses jolies mains: « Je lui donnerai une belle paire de gants.
— Moi, les pins chaudes pantoufles que je pourrai trouver, s'écria Jo.
— Et moi des mouchoirs de poche tout ourlés, dit Eeth. •
— J'achèterai une petite bouteille d'eau de Cologne; elle l'aime bien, et cela ne coûte pas très cher. Ainsi il me restera un peu d'argent pour moi, ajouta Amy.
— dominent donnerons-nous tout cela ? demanda Meg.
— Nous disposerons nos présents sur la table; puis nous prierons maman de venir et nous la regarderons ouvrir l'un après l'autre les paquets, répondit Jo. Vous rappelez-vous comment nous faisions le jour de notre
fête?
— J'avais toujours si peur quand c'était mon tour de m 'asseoir dans le grand fauteuil avec une couronne sur la tète et de vous voir venir me donner vos cadeaux avec un baiset ! J'a i mais bien les présents et les baisers ; mais c'était terrible de vous voir me regarder pendant
HISTOÏttE D'UXK FAMlf.Mi AMERICAINE.
que je défaisais les paquets, dit Béth, qui, pour le moment, rôtissait, sa ligure en même temps < ] n < ■ h' pain destiné au thé.
— Il faut laisser maman croire que nous achetons quelque chose pour nous, afin de la. bien surprendre. Nous nous occuperons de nos achats demain après midi, eu allant faire nos emplettes pour notre comédie du soir de Noël, dit Jo à Sîeg, en se promenant de long en lare," les mains derrière le dos et le nez en I air.
— {Test la dernière fois que je jouerai ; je deviens trop vieille, lit observer Meg, qui était aussi enfant que ses sœurs sous ce rapport-là.
— Vous continuerez do jouer la comédie aussi longtemps <pie mhjs mettrez avec, plaisir une robe blanche à queue et des bijoux de papier doré. Vous êtes notre meilleure actrice, Meg, et tout sera tini si vous nous abandonnez, dit Jo. Nous devrions répéter ce soir quelques passages de notre pièce. Allons, Amy, venez reprendre la scène de l'évanouissement ; vous ferez bien de l'étudiei'. car vous êtes raide connue un piquet.
— Je m- [kîux pas faire autrement; je n'ai jamais vu personne s évanouir. Je ne suis pas venue au monde pour jouer des rOli-s pal liétiques dans les grands drames qui amusent tant M lle Jo, et je n'ai pas envie de me faire des noirs en tombant tout de mon long par terre, comme vous le voulez. Si je peux facilement me laisser glisser, je le ferai; mais si je ne peux pas, je tomberai gracieusement sur une chaise. Cela m'est égal que le tyran vienne me menacer aux son pistolet, répliqua \my, qui n'était pas douée de talents dramatiques, mais qui avait, dû être choisie pour remplir ce rôle, parce qu'elle était assez petite pour être emportée tout en pleurs hors de la pièce.
— MIons, je vais vous montrer. Joignez les mains comme cela el parcourez la chambre en <■ riant avec désespoir : « Oh! sauvez-moi ! sauvez-moi! »
Ki Jo lui donna l'exemple en poussant un cri perçant qui était vraiment tragique.
Am\ essaya de l'imiter ; mais elle leva uiaiu^ avec raideur et se secoua comme une marionnette. Quant à >nw oh ' au lieu d'être l'expression de l'angoisse et de la crainte, il faisait plutôt penser qu'elle venait de se piquer le doigt en cueillant une rose. Jo gémit, d'un air découragé, et Meg se mit à rire, tandis que Beth s'apercevait que, dans sa préoccupation de regarder les acteurs, elle avait laissé brûler une rôtie.
« f/esl inutile! faites le mieux possible quand le moment sera arrhé. dit Jo à \my ; mais, si Ton vous siffle, ne m'en accusez pas. Minus, à. vous, \leg. »
Le drame, intitulé par Jo, son auteur : la Caverne de la Sorcière, continua d'une manière splendide. Le tyran, don Pedi ". délia le monde dans un monologue de deux pages sans une seule interruption ; llagar. la sorcière, penchée sur une chaudière ou des crapauds et des serpents étaient supposés en Irain de cuire, chanta une invocation terrible.
« C'est certainement la meilleure pièce que nous ayons jamais eu à jouer, dit Meg très satisfaite.
— Je ne comprends pas comment vous pouvez composer et jouer des choses aussi étonn; nies. Jo ; vous êtes un vrai Shakespeare! s'écria Beth, qui croyait fermement, que ses sœurs étaient douées d'un génie étonnant pour toutes choses.
— Pas encore, répondit modestement Jo. Je pense que la Carême de la Sorcière est assez réussie; mais il ny a pas assez de meurtres : j'adore en commettre avec des couteaux de bois. Est ce un poignard que je
HISTOIRE d'une famille américaine. 11
VÔig dêmnl moi'/ murmura Jo eu roulant Ie> wux
et attrapant quelque chose d'invisible, comme elle
l avait \ u faire à un. célèbre tragédien.
— Non, Jo ! Jo, rendez-moi ma fourchette, ce n'est pas un poignard, et ne piquez pas la pantoufle de maman à la place d'une roiie, » s'écria Betb.
La répétition finit par un éclat de rire général.
« Je suis bien aise de vous trouver si gaies, mes enfants, » dit une admirable \oix sur le seuil de la porte.
Et les acteurs et l'auditoire se retournèrent pour accueillir a\ec bonheur une dame dont l'air était e.\t reniement sympathique.
Elle n'était plus ce qu'on peut Mppeler belle, car, sans être vieille, elle n'était plus jeune, et son aimable et doux visage portait l'empreinte de plus d'une souffrance. Mais les quatre jeunes filles pensaient que le „ chàle gris et le chapeau passé de leur chère maman recouvrait la plus charmante personne du monde.
« Eh bien, mes chéries. qu"a\ ez-\ ous t'ait toute la journée? J'ai eu tant de courses à faire aujourd'hui, que je n'ai pu revenir pour l'heure du dîner, ï a-t-il eu des visites, lîeth? Comment va votre rhume, Weç? Jo VOUS avez l'air horriblement fatigué. Venez m embrasser ->Ainv. » 1< :
Pendant que M me Marsch faisait ces questions paternelles, elle se débarrassait de ses vêtementmouillés, mettait ses pantnulles chaudes, et. s'assevant dans son fauteuil a\ec Amy sur ses genoux, se prépal'-'i' à jouir du meilleur moment de sa journée. Ses enfants essayaient, chacune à sa manière, de rendre chaque chose confortable: \leg disposa les tasses à thé, Jo apporta du bois et mit les chaises autour de
la table, en renversant et frappant l'une contre l'autre
choses qu'elle ii'naii : lift h, tranquillement active, allait et venait de la cuisine au parloir, tandis qu'Amy. pelotonnée dans les bras de sa mère, donnait ses avis à tout le monde.
domine elles se mettaient à table, M me Marsch dit ', avec un sou rire qui trahissait une grande joie intérieure : ' « Mes enfants, je vous garde, pour après le souper, J quelque chose qui vous rendra très heureuses. »
Aussitôt une \ive curiosité illumina tontes les figures; un rayon de soleil n'eût pas mieux éclairé tous les yeux, lîeth frappa ses mains Tune contre l'autre sans faire attention au pain brùlanl quelle tenait, et Jo, jetant sa serviette en l'air, s'écria :
« Je devine : une lettre de papa ! Trois hourrahs pour papa!
— Oui, une bonne et longue lettre. Votre père se porte bien et pense qu'il passera l'hiver mieux (pie nous ne le supposions, li nous envoie toutes sortes d'allèciueux souhaits de Noël; et il y a dans sa lettre un passage spécial pour ses enfants, dit M m Marsch, frappant plus respectueusement sa poche que si elle eût contenu un trésor.
— Dépèchons-nous de finir de manger. Amy, ne perdez pas votre temps à mettre vos doigts en ailes de pigeon et à choisir vos morceaux, » s'écria Jo, qui, dans sa précipitation, se hrulait en buvant son thé trop chaud et laissait rouler son pain beurré sur le tapis.
Beth ne linil pas de souper, mais s'en alla dans un coin habituel rêver au bonheur quelle aurait quand ses sœurs auraient fini.
« Comme c'est, beau à papa d'être parti pour l'armée comme médecin, puisqu'il a passé l'âge et qu'il n'aurait plus la foin- d'être soldai! dit Meg avec enthousiasme.
— Quel dommage que je ne puisse pas aller tout