LE CAMP DE LAUKKNTZ
« Je n'ai jamais vu chasser, mais je suppose que vous connaissez toutes ces choses-là.
— Oui, j'ai chassé une fois, mais je ne chasserai plus jamais. Je chassais quand je suis tombé en sautant par-dessus une maudite barrière, ("est à partir de ce jour-là que j'ai eu besoin d'une béquille. 11 n'y aura plus de chevaux ni de chiens pour moi. »
Frank termina sa réponse par un soupir douloureux qui fit que lîcll] maudit intérieurement son innocente
bévue.
« Vos cerfs anglais sont bien plus jolis que nos lourds bu files, » dit-elle en se tournant vers la prairie comme pour avoir de l'aide, et se réjouissant d'avoir lu un des livres de petit garçon que Jo adorait . pour pouvoir répondre au désir du petit Frank.
Les bufiles amenèrent une conversation satisfaisante entre les deux enfants, et, dans son désir d'amuser une autre personne, lïeth s'oublia elle-même et tint compagnie à Frank pendant la promenade.
« Elle le plaint, et elle est bonne pour lui, d'il Jo en la regardant de loin.
— J'ai toujours dil qu'elle était une vraie petite sœur de charité, » ajouta Meg.
La promenade au bord de l'eau, le jeu du renard et de l'oie et une partie de crocket (cette fois d ès amicale) remplirent nés agréablement l'après-midi.
Au coucher du soleil, la tente fut enlevée, les paniers empaquetés et les bateaux chargés. Toute la compagnie y prit place et descendit la rivière en chaulant.
Les inviles de La 1 1 rie se séparèrent dans l'allée où ils s étaient réunis à leur armée. Ils se dirent adieu, car la famille Vangh allait partir pour le Canada, et on ne devait plus se revoir.
Lorsque les quatre sœurs rentrèrent rhe>: elles par
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leur jardin, Kate, demeurée e*i arrière avec M. Brooke, quitta son ton protecteur, et ^adressant à M. Brooke, dont elle appréciait Je mérite, elle lui dit :
« Malgré leurs manières démonstratives, les Américaines sent, tics gentil 1rs quand ou les connaît.
— Jesuis tout à fait de votre avis, répondit M. Brooke. La pauvre lUeg, je la plains pondant, ajouta
Kate; si jolie, sans fortune et obligée de travailler, detre gouvernante, pour aider sa famille, c'est terrible !
— Ne la plaignez pas tant, répondit vivement M. Brooke ; Meg, riche et brillante de jeunesse et de beauté, n'eût peut-être jamais eu l'occasion de développer les qualités et de perdre les petits défauts qu'elle tenait de la nature, elle n'eut été qu'une charmante oisive connue tant d'autres. Elle deviendra, au contraire, avec le temps, une femme vraiment distinguée, digne du respect des cœurs et des esprits sérieux. D'ailleurs, miss Kate, l'Amérique n'est ni l'Angleterre ni La France; une femme qui doit à son travail et à son courage son indépendance et sa liberté, est estimée ici l'égale de celle qui n'a à apporter en dot à un mari que la fortune quelle doit à ses parents, et les gens intelligents la préfèrent souvent à toute autre. I n Américain rougirait de penser à La dot de sa fiancée, et, s'il lui arrivait de s'en inquiéter et de s'en enquérir, il ne trouverai) plus une lille honorable qui consentît à porter son nom. »
ate resta quelques minutes sans répondre, mais comme elle n,. manquait ni de jugement ni de bonté : « Monsieur Brooke, dit-elle, Dieu veuille qu'en vieillissant. I Amérique ne perde pas ces sages principes. Le sort des femmes, assurées d'être choisies pour ce quelles valent et pour elles-inénies, y serait digne
d envie. »
r,i;s châteaux en Espagne. 19!