‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 49 sur 63 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Le lendemain, la figure de Jo était une énigme pour tout le monde, excepté pour M 1111 Marsch. car tout secret pesait sur elle, et elle trouvait difficile de n'avoir pas l'air mystérieux et important quand elle avait la charge d'en garder un. Meg s'en aperçut et m; se donna pas la peine de faire des questions : elle savait qu'avec Jo la meilleure manière d'agir était par la loi des contraires, et elle était sûre que sa sœur lui ( lirait tout si elle ne lui demandait rien. \L\le fut donc assez surprise en la voyant persister dans son silence; peu à -peu. .lo prit même avec elle un air protecteur qui fâcha décidément Meg.

Meg prit alors à son tour un air de réserve vis-à-vis de Jo et se dévoua entièrement à sa mère. Cela laissa Jo à elle-même, ca r M ,ne Marsch avait pris sa place comme garde-malade et lui avait ordonné de se reposer, de prendre de l'exercice et de s'amuser. Amy n'étant pas là, Laurie était sa seule ressource, et, quelque grand plaisir qu'elle eût en sa société, elle le craignait un pi'ii dans ce moment, car c'était un taquin incorrigible, et elle a\ ail .peur qu'il ne lui arrachât son secret.

LAURIK FAIT DES BÊTTSE& 297

I Elle avait- bien raison. Le malicieux jeune homme n'eut pas plus loi suspecté un mystère, qu'il se mit. en quête de le découvrir et lit passer à Jo de durs mu îuents. Il employa tour à tour les supplications, les moqueries, les menaces et les reproches: il alVecta j'indiflerence afin de pouvoir surprendi' 1 !;i \érité ; il clara qu'il savait tout, puis, que cela lui était bien indifférent.; et, à force de persévérance, il linil, de déduction-- m déductions, par découvrir, sans pourtanl queJo eut parlé, (pu-, cela concernait Meg el M. lîruoke. Le jeune monsieur fut indigné du ce que son précepteur n'eut pas daigné le mettre dans la confidence et s'appliqua à chercher une vengeance appropriée au tort qu'il lui supposait.

Meg semblait avoir oublié les secrets de miss Jo, el paraissait complètement absorbée dans les préparatifs du retour de son père, lorsque, tout à coup, un changement survint dans ses manières, et, pendant un jour ou deux, elle ne se ressembla plus du tout. Kilo tressaillait lorsqu'on lui parlait, rougissait lorsqu'on la regardait, était très tranquille et cousait sans lever les yeux, d'un air timide et troublé.

Elle répondit aux questions de sa mère eu disant qu'elle n'avait rien, qu'elle était tout à fait bien, et réduisit Jo au silence en la priant de la laisser

tranquille.

« Elle sent quelque chose dans l'air, dit Jo à sa mère.

II me semble quelle va très vite. Que pensez^vouâ de ces symptômes? Elle est capricieuse et de mauvaise humeur, elle ne mange pas, elle reste éveillée la nuit, elle rêve dans les coins. Nier, je l'ai surprise à chanter ce chant : « Sur la rivière à la voix argentine » ; et elle a. dit une fois : « John » et est devenue rouge comme un coquelicot. Que de\ons-nous faire".' a

Jo avait l'air d'être prèle au combat et à adopter des mesures même violentes.

« Attendons, répondit la bonne mère. Ne vous mêlez de rien, Jo. Laissez votre sœur seule si elle recherche la solitude; soyez seulement avec elle bonne et patiente. L'arrivée de votre père arrangera tout.

— Yoihï une lettre pour vous, Meg. Que c'est drô!e T elle est toute cachetée; Laurie n'a jamais cacheté les miennes, » dit le lendemain Jo, en distribuant lu contenu de la boîte aux lettres.

M ,,,c Marsch et Jo él aient absorbées dans leurs propres affaires, lorsqu'un sanglot étouffé de Meg leur fit lever la tète, et elles la virent qui pleurait en regardant sa lut Ire d'un air effrayé

« Qu'est-ce qu'il y a, mon enfant? » s T écria sa mère en courant vers elle, pendant que Jo essayait du prendre le papier qui avait causé le mal.

«Ce n'était pas lui!... Oh! Jo, comment avez-

vous pu l'aire cela? »

Et Meg. cachant sa ligure dans ses mains, pleura comme si son cœur allait se briser.

<f (lela! moi! mais je n'ai rien fait du tout. De quoi parle-i -l'Ile? » s'écria Jo tout étonnée.

Les doux yeux de Meg étincelaient d'une trop juste colère lorsque, tirant de sa poche avec violence une autre lettre dont le papier était très froissé, elle le jeta à Jo en lui disant d'un air de reproche:

« Vous avez écrit ceci, et ce méchant garçon vous a aidée. Comment avez-vous pu être si cruels pour... pour nous deux? Que vous avions-nous fait? »

Jo l'entendit à peine, car sa mère et elle lisaient le billet ijui riait d'une écriture contrefaite.

LAUîIK [.'AU I)KS iiÎTlSUS.

« Ma très chère Marguerite,

« Je ne peux pas garder plus longtemps mon secret, et il faut que je connaisse, mon sort avant de revenir. Je n'ose pas encore le dire à vos parents, mais je pense qu'ils cousent iraiem ~'ils savaient que vol re consentement à vous n'est pas douteux. I>e son coté, M, Laurent z m'aiderait, je n'eu doute pas, à trouve!

une position qui me permettrait de vous offrir un avenir digne de vous.

« Je vous supplie d'envoyer par Lauric un mot d'espérance à

« Votre dévoué « John. »

« Oh! le misérable! comment a-t-il pu imaginer une aussi indigne manière de rue punir d'avoir si bien tenu ma parole à notre mère? Je vais aller lui donne) la leçon qu'il mérite! » s'écria Jo, brûlant d'envie d'exécuter une justice immédiate.

Mais sa mère la retint et lui dit d'un air qu'elle avait rarement :

« Arrêtez, Jo. Il faut u abord vous disculper vousmême. Je crains que vous n'ayez eu une part de responsabilité dans une ariion dont j'aurais cartel cru Laurie incapable. Ce qu'il a fait est lans excuse possible. »

Jo l'ut suffoquée de voir que sa mèn pouvait la croire

complice de Laurie.

« Oh! mère! sécria-t-elle, et vous, Meg ! comment pouvez-vous m'outrager ainsi? Je ne sais ei n'ai rien su dece qui concerne ce monstrueux billet que ce que vous en connaissez \niis-mènie>. Aussi \r;ii que je suis

ici, dit Jo, d'un accent de vérité tel que sa Bière et lieg

la crurent, je suis aussi oll'ensée, aussi irritée de ce billet que vous avez le droit de l'être vous- nu* mes.

— C'était presque son écriture, murmura Meg... Comment ai-je pu m'y tromper? »

Et, d'une main fiévreuse, elle comparait le papier de la prétendue lettre de Jolm avec celui du billet qu'elle venait de recevoir et qui était Véritablement de lui.

« Oh î Mon;, au riez-vous répondu ? » demanda vivemen. M me Marsch. qu'un soupçon subit venait d'éclairer.

Meg cacha sa figure dans ses mains, et, au milieu d'un sanglot, elle s'écria :

« Mère, j'ai eu la folie de le faire. »

Jo s'était levée dans L'intention évidente d'aller massacrer Lan rie.

Sa mère l'arrêta d'un rrirard.

« Confessez votre faute à votre mère, nia fille, » dit M""' Marscli à Meg d'une voix triste et sévère. Meg, sans oser lever les yeux, lui répondit. : « J'ai reçu la lettre que je viens de vous montrer des mains mêmes de Laurie; il n'avait pas l'air de savoir ce qu'elle contenait. J'ai cru, en voyant d'abord la signature, qu'il s'agissait sans doute dans cette lettre de quelques avis que M. Brooke pouvait, du consentement de mon père, avoir voulu nous donner à toutes sur nos études. On and j'ai vu de quoi il s'agissait, cela m'a troublée, cela m'a blessée, et enfin celam'a fâchée. J'ai cru devoir répondre que je n'aurais dû recevoir une telle lettre que si elle avait passé par les mains et sous les yeux de ma mère; que cela me chagrinait qu'on eût osé me l'adresser directement; que j'étais trop jeune pour «n'occuper de ce qui faisait le sujet d'une telle lettre; que je ne pouvais avoir de secrets ni pour mon père, ni pour ma mère, et que je ne pouvais

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