‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 52 sur 63 · LA ITRI E FAIT DES BÊTISES · texte numérisé non relu

LA ITRI E FAIT DES BÊTISES

— Oh! non, miss; mais il vient (ravoir une scène avec M. Laurie qui est. dans un de ses mauvais jours, et le vieux monsieur parait si contrarié (pie je n'ose pas aller près de lui.

— Où est Lan rie?

— Il est enfermé dans sa chambre, et il a défemlu que, pour quoi (pie ce soit au monde, on vint l'y déranger. Je ne sais pas ce que va devenir le dîner; il est prêt et personne n'est là pour y faire honneur,

— Je vais aller voir ce qui se passe, répondit Jo r je n'ai peur ni de l'un ni de l'autre. »

Et. moi liant l'escalier, elle frappa vigoureusement à la porta de Laurie.

Lauriene répondant que par le silence, Jo commenta à s'inquiéter.

« Serait-il malade? se dit-elle. Tout cela a du lui être si pénible et tant coûter à sou orgueil qu'il pourrait bien en avoir les nerfs bouleversés. »

l ue fois que cette idée fut entrée dans sa tête, ce n'était pas une porte fermée qui pouvait l'arrêter. Klle lui donna un si rude assaut qu'elle s'ouvrit brusquement. Jo était au milieu de sa ■ h ambre avant que Laurie fut revenu de sa surprise.

« J'avais, lui dit-elle, un motif de plus que les autres de vous en vouloir: on m'avait ;iecusée d'être voire complice dans l'affaire des lettres. Avant vous j'avais eu à subir le mécontentement et les soupçons, immérités pour moi, de ma mère et de ma soeur. Ma colère avait le droit d'être plus durable, et. cependant me voici

prête à vous dire, moi aussi, que tout est oublié. »

Le visage de Laurie était plus sombre que la nuit.

« Au nom de Dieu, dit Jo, qu y a-t-il? La façon dont s'est terminée votre explication avec maman et Meg ne saurait motiver la façon dont nous me re- eu^

— II y a, dit TLaurie, que votre manque de confiance en moi, après m'avoir "donné l'idée de la sottise, qui a failli me brouiller avec les vôtres, vient de me brouiller irréparablement avec grand-père, et que vous seule êtes, après tout, la cause première de tout ce qui est arrivé.

— Je ne suis la cause de rien du tout, lui répondit Jo. On m'avait confié un secret, mon de\oir était, de le garder, même envers vous. J'avais promis, j'ai tenu ma parole, et Dieu sait que j'y ai ru du mérite, car j'avais bien envie de tout vous dire. Vous seul, convenez-en, avez eu tort de vouloir me faire manquer à ma promesse, à mon devoir.

• — Je n'ai à convenir de rien avec vous, répondit brusquement Laurie. Mes comptes sont réglés avec Meg et avec votre mère, c'est assez de deux comptes de ce genre dans le même jour et dans la même famille, et je n'ai pas à m'occuper d'un troisième. Je suis votre aîné, mademoiselle, ne l'oubliez pas...

— Vous êtes mon aîné, c'est certain, mais de si peu pour les mois et de si peu surtout pour la raison, «pie... mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Soit, dit Jo, je ne venais ni vous demander ni vous faire des excuses. Tout est arrangé entre ma famille et vous, c'est en effet le principal; mais cela dit, pourquoi me faites-vous cette figure?

— ■ Pourquoi? dit Laurie eu bondissant dans un subit nccès <l<-> rage, pourquoi? Je viens, toujours à cause de vous, de recevoir un tel alfrout de mou grand père, que je ne puis désormais demeurer sous son toit. Et elle me demande pourquoi j'ai la figure d'un homme exaspéré. J'ai été pris au collet, entendez-vous, et jeté par mon grand-père à la porte de sa chambre! Kst-ce le moment de rire, s'il vous plaît?

LAURIE FAIT DKS liKTISES.

— (irand Iï'hmi ! s'écria Jo. Va comment (Jour puisje être responsable d'un fait pareil?

— Coin ment? Mais toujours de la même façon. Si, au lieu de me faire des mystères de l'a flaire de Mog. vous Saviez tout dit, j'aurais gardé votre secret et n'aurais pas eu la stupidité, pour pénétrer vos mystères, de faire ce que j'ai fait. Dès lors, rien avec vos parents, et puis après, rien aur grand-père, car tes deux choses s'enchaînent et n'en font, qu'une. Grandpère a \ oui u savoir pourquoi M " Marsch m'avait fait promettre de ne rien révéler du motif de nos explications. J'ai dù refuser à grand-père <|e lui rien dire de ce qui était le secret des autres et non le mien. II >'esi irrité, il s'est emporté, et il ma t'ait l'a (front irréparable que je viens de subir. »

Jo était atterrée.

« Et cependant, Laurie, disait-elle, j'ai eu raison de me taire avec vous, et la [neuve, c'est que nous avez eu raison de vous taire à votre tour, môme avec votre grand-peu . Un moment \iendraori \ otre refus de dire le secret de Meg à votre grand -père vous fera comprendre mon refus de le trahir pour vous au début de

toute « elle histoire. Mais ce n'est pas de moi ni de vous qu'il s'agit, nous nous arrangerons plus tard, c'est de

ce qui vient de se passer entre vous et votre pau\re grand-père; vous vous y serez mal pris sans doute.

— Mon pauvre grand-père! s'écria l.aurie. plaignez-le! Ah! si tout autre que lui...

Mais, dit. Jo, ce n'est pas de tout autre que lui.

c'est de lui, de lui seul qu'il s'agit, d'un vieillard et d'un grand-père, et pour un fait que vous lui expliquerez un jour, pour un refus qu'il sera le premier à comprendre, quand un autre que vous pourra lui en confier les motifs. Son mouvement de violence n'est

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pas un alfront. Si vous lui aviez dit : J'ai juré à Madame Macrsci de me taire, il ne se fût pas irrité.

— Les femmes n'entendent rien. à ces questions d'honneur, dit Laurie; avec votre permission, je me sens meilleur juge et meilleur gardien de ma dignité.

Pour rien au mondf 1 je ne commuerai a \i\re eu face

de celui qui vient, de me traiter comme un esclave, celui-là fût-il cent, fois mon grand-père et fùt-il plus \ieux que le monde. C'est précisément parce que je ne puis lui demander réparation de l'offense qu'il m'a faite, que mon parti est pris de ne pas me retrouver en sa présence. Demain matin, je serai en route pour Washington. Grand-père apprendra ainsi (pie je n'ai besoin, pour me tenir droit, du tablier de personne. Je m'embarquerai, je voyagerai, je ferai le tour du monde, je gagnerai ma vie; bref, je serai indépendant, je ne devrai rien qu'à moi-même.

— Vous serez bien heureux, dit Jo, oubliant subitement, devant les visions de Laurie, son rôle de conseil et de Mentor.

— Vous en convenez. Je serai non seulement plus heureux, mais bien heureux! Vous voyez donc que j'ai pleinement raison. Eh bien, au lieu de contrarier mon dessein, aidez-moi à l'accomplir, Jo, et tenez! — on eût dit qu'il recevait d'en haut une illumination subite, — faites mieux, faites-vous mon associée. Venez avec moi surprendre votre père à Washington, venez dire à Brooke les soucis que, sans s'en douter, il nous a causés. Quand il saura que c'est lui et lui seul qui, en somme, est la cause de la crise qui nous aura forcés à partir, pourrat-il nous blâmer? Non. Il nous aidera, au contraire, à nous tirer d'affaire, et en cela il ne fera que son plus strict devoir. Un peu de courage, Jo ; nous laisserons une lettre pour votre mère et pour grand-père, où nous

LATRIE FAIT DI S lîKTISRS.

les avertirons que nous allons retrouver M. Marsch. Nous l'aiderons à se guérir, et après, à guérir les autres; nous serons ses aides. Les bras manquent à l'armée, les bras de femmes aussi bien que les liras d'hommes pour soigner 1rs malades. Voire père sera ravi d'avoir deux aides jeunes et fidèles sur lesquels il

pourra compter à la vie et à la mort. »

Jo battait des mains. Si inconsidéré, quelque absurde que fût le plan de Laurie, il était de son goût. Mlle n'y voyait cpi'une chose, l'étourdie : la pensée de revoir [tins loi son père, de remplacer tout d'abord sa mèfls auprès de lui; cela lui faisait lout oublier et séduisait ce qu'il y avait d'aventureux dans sa folle imagination. La perspective de partager, une fois réunie à son père,

la vie de M. Marsch dans les camps, dans les ambulances, au milieu de glorieux périls, la Cannait; ses yeux étincelaient. Mlle se vovait au milieu des combats, ramassant, au pins fort du feu, les blessés, consolant les mourants. Si la fenêtre eût été ouverte, si elle n'avait eu qu'à s'envoler , elle aurait dit oui à ce fou de Laurie, et on les eut vus s'élancer subitement dans l'espace; mais ses regards tombèrent heureusement de la fenêtre de Laurie sur celle d<* la vieille maison qui contenait sa mère et ses soeurs, et elle secoua la tète comme pour en faire bien vite sortir des fantômes.

« Ah! si j'étais un garçon! s'écria-t-elle . ; mais non, décidément, je ne suis qu'une fille, une malheureuse et déplorable fille! Il faut, malgré tout, Laurie, que je me conduise comme une honnête et convenable demoiselle; et t par suite, que je reste :\ la maison, sous l'aile même de ma mère. Tout ce qui ne serait pas cela, serait démence et insanité...

— Mais ne voyez -vous pas, reprit Laurie, dont le

sang 1)0 aillait encore, quel avenir vous refusez? Ce serait si... amusant!

— Taisez-vous! s'écria Jo en se bouchant les oreilles. Je suis \enuoici pour faire de la morale et non pas pour entendre dos choses qui me mettent la tr-te à l'envers. 1

— Je savais mie la réflexion jetterait de l'eau froide sur mes propositions; mais je pensais que vous aviez

plus d'audace, Jo. lui répondit Laurie.

— Restez tranquille, méchant ^arron. ne vous agitez pas ainsi. Au lieu «l'arpenter votre chambre en tous sens, pour vous fouetter le sang, asseyez-vous et réfléchissez à vos péchés, cela vaudra mieux que d'essayer

de n i en faire commettre. Si j'amène votre grand-père

à reconnaître qu'il n'y a eu qu'un malentendu entre lui et vous, (pie vous étiez en droit de refuser de lui dire nos senvis. qui n'étaient pas les vôtres, abandonnerezvous votre projet? demanda sérieusement Jo.

— Oui. mais \o us n'y arriverez pas, » répondit Laurie. Il voulait bien se raccommoder, mais il prétendait que sa dignité outragée devait, avant tout, être apaisée.

t< Si je peux conduire le jeune, je pourrai conduire

le vieux, » murmura Jo en s'en allant et laissant Laurie

étudier encore les itinéraires de chemins de fer.

« Entrez! dit M. Laurent/, lorsque Jo frappa à sa porte, et sa voix refrognée lui parut plus refmgnée que jamais.

— C'est seulement moi. monsieur, moi Jo, qui suis venue vous rapporter un livre, dit-elle hardiment en entrant.

— En voulez-vous d'autres? demanda le vieux gentleman, qui était raide et contrarié, mais faisait tous ses efforts pour ne pas le laisser voir.

— Oui, s'il \ous plaît. J'aime tant le vieux Sam, que

LAI'fUK FAIT DES BÊTISES.

je pense que je vais essayer te second volume, » dit Jo espérant l'amadouer en acceptant une seconde dose du « lîoswell's Johnson », car il lui m\ ait recommandé cet ouvrage plein de gaieté.

Les sourcils du vieux gentleman s'abaisseront un peu lorsqu'il roula le marchepied sur le rayon on étaieui placées les œuvre<de Johnson, et. Jo, grimpant fout audessus et s'y assevant, aflecta de chercher son livre, mais en réalité elle se demandait quel meilleur moyeu elle pourrait trouver pour arriver au but périlleux de sa visite.

M. Laurent./, sembla suspecter qu'elle ruminait quelque chose dans sou esprit, car. après avoir arpenté la chambre à grands pas, il vint se placer au pied de l'échelle et lui pari;*, ex abrupto, c'est-à-dire du ne manière si inattendue <|im lu livre que Jo tenait mmba de ses mains.

« Qu'est-ce que ce garçon a fait chez vous? N'essayez pas de l'excuser; je sais, d'après la manière dont il s'est conduit en revenant, qu'il a commis à l'égard de votre famille quelque grave sottise. Je n'ai pas pu tirer un mol de lm. el, quand je l'ai menacé de le forcer à confesser la. vérité, il s'est enfui et s'est enfermé dans sa chambre.

— 11 a mal agi envers vous, monsieur Laurent/, jef le vois bien; mais il eût plus mal agi encore envers' nous, envers ma mère surtout , s'il avait parlé. Nous avons toutes promis et nous lui avons toutes fait promettre de ne dire mot à personne, pas même à vous, de ce qui s'était passé, répondit Jo.

— Cela ne peut pas se terminer ainsi; il ne s'abritera pas derrière une promesse de vous. S'il a fait quelque chose de mai. ce qui me parait ('vident, il doit

me le confesser, il doit demander pardon, il doit être

puni. Allons, Jo, je ne veux pas être laissé dan> l'ignorance des torts de mon petît-f i 1s. Cesi mon (Iioii d aïeul de tout savoir. »

M. Laurentz paraissait si déterminé et parlait si rudement , que Jo aurait bien voulu pouvoir fuir; mais elle était perchée tout au haut de l'échelle, et. M. Laurent z demeurant au bas connue un lion, elle était forcée de lui faire face.

« Réellement, monsieur, je ne puis pas vous dire de quoi il s'agit; mère Ta défendu, j'aurais nui si je le faisais. Mais, sachez-le, Laurie a confessé sa faute, il a demandé pardon et a été tout à fait assez puni; nous ne gardons pas le silence là-dessus à cause de lui, mais

à cause d un tiers que cela intéresse. Si vous sa\iez lout, au lieu de lui donner tort pour son silence, pour ce refus de vous répondre qui a du vous blesser, vous l'excuseriez, vous lui donneriez raison d'avoir eu le courage de se taire. On peut devoir tous ses secrets à son grand-père, mais on n'est pas libre de disposer, même pour lui, de ceux des autres. Mère, dans un cas pareil, m'absoudrait. Je vous en supplie, monsieur Laurentz, tMiiiervenez pas en ce moment dans celte terrible histoire. Plus tard vous saurez tout; quand nous aurons le droit de parler, nous parlerons. Ce n'est pas pour son plaisir qu'on a un secret, pour un ami tel que vous. N'insistez pas, cela ferait, plus de mal que <le bien.

— Descendez, dit M. Laurentz, et donnez-moi votre parole que mon garçon ne s'est pas montré ingrat envers votre mère, car, s'il l'avait fait après toutes ses boutés pour lui, je l'écraserais de mes propres mains. »

La menace était terrible, mais elle n'alarma pas Jo, car elle savait que l'irascible \ieux gentleman ne lèverait pas seulement le bout du doigt contre son petit-fils.

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Elle descendit avec obéissance et raconta de la chose tout ce qu'elle put sans trahir Meg ni la vérité.

« Muni! ha! bien! Je lui pardonnerai s'il s'est tu parce qu'il l'avait promis et non par obstination. Il est très entêté et très difficile à conduire, dit M. Lanrentz en se frottant le front jusqu'à ce qu'il eut Pair de sortir d'un ouragan.

— Je suis comme lui, mais un bon mot me gouverne là où tous les chevaux du lui ne pourraient

rien, dit Jo, essayant de dire quelque chose en laveur de sou ami, qui semblait ne s'être, tiré d'un mauvais pas que pour tomber dans un autre.

— Vous pensez que je ne suis }• • ■ hou peur lui,

hein ?

— Oh! certes non, monsieur, Vous êtes plutôt trop

bon quelquefois; mais, et) revanche, un peu trop vif quand il VOUS impatiente. Ne le trouvez-vous pas ?

— Vous avez raison, fillette, j'aime le garçon ; mais il m'irrite quelquefois outre mesure, et je ne sais pas comment ca finira si nous continuons comme cela.

— • Je vais vous le dire : il croira vous être odieux, il perdra la tête, il s'enfuira. »

Jo fut lâchée de ces paroles aussitôt après les avoir prononcées, car elle n'avait voulu qu'avertir son vieil ami «pie la nature indépendante de Laurie était réfractai re à nue trop grande contrainte, m elle pensait que, s'il le comprenait, il arriverait à accorder plus de liberté au jeune homme. Mais M. Laim ntz changea subitement de couleur et s'assit eu jetant un regard de douleur sur une miniature posée sur la table et i e présentant le père de Laurie. Quels souvenir-* évoqua en

lui cette image? La sévérité habituelle de sou visage avait disparu, mais une indicible expression de désolation l'avait remplacée.

Jo, émue jusqu'aux larmes, lui prit vivement la main et la baisa ; puis, après un moment de silence, elle lit un ellori pour réparer sa faute.

« Laurie n'en arriverait à une si dure extrémité, dîtelle, que s'il se croyait tout à iail méconnu. 11 en fait, parfois aussi la menace par enfantillage et par découragement, quand il ne se sent pas avancer assez vite dans ses études. Il n'est pas le seul fou de sa sorte. Croiriez-vous, monsieur Laurent/, que cette Jo, qui tâche d'être raisonnable en ce moment, se dit souvent qu'elle aussi aimerait à prendre sa volée. Depuis que j'ai la tète ronde d'un garçon, depuis que mes cheveux sont coupés, que de voyages j'ai faits en imagination ! Si jamais nous disparaissons, vous pouvez faire chercher deux mousses sur un de vos vaisseaux partant pour l'Inde, car nous leur donnerions la préférence, à vos vaisseaux, pour ne pas sortir tout à l'ail de chez vous. »

Elle riait en parlant, et M. Laurentz, acceptant ses propos comme une plaisanterie, parut peu à peu se remettre de son émotion.

Cependant il grossit sa voix :

« Comment osez-vous me parler comme vous le faites, « mademoiselle? » Que sont devenus votre respect pour moi et votre bonne éducation? Quel tourment une les enfants î et cependant nous ne pouvons nous en passer, dit-il en lui pinçant affectueusement les joues. Allez dire j ce garçon de venir dîner; diteslui que tout est terminé et donnez-lui l'avis de ne pas prendre ce soir d'airs tragiques avec moi. Je ne le supporterais pas.

— l aurie n'ose pas et croit qu'il ne peut plus descendre, monsieur ; il est très fâché de ce que vous ne l'ayez pas cru quand il vous disait qu'il ne pouvait pas

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ions dire ce que vous lui demandiez. Je crois que vous l'avez beaucoup Mess»' 1 ou le secouant par le collet ;

vous le rappelez -unis, monsieur Laurent./? Il faudrait imaginer quelque chose de drôle à quoi sa bonne humeur naturelle ne put résister.

Jo tâcha d'auir l'air pathétique, mais eîie comprit que ce serait superflu, car M. Laurent/, s'était mis à rire; elle avait gagné la. bataille.

« Quelque chose de drôle, dites-vous, Jo, comme, par exemple, défaire des excuses à reniant, an marmot qui m'a offensé? Serait-ce par hasard ce qu'il attend pour daigner venir partager mon dîner?

— Pourquoi ne le feriez-ums pas? dit Jo. Ce serait un moyen sur do lui montrer sa folio. Si mère en venait jamais làavec moi un jour, j'en mourrais do honte, en vérité, ou de rire! Je rentrerais eu moi-même au

premier mot. »

M. Laurentz lui jeta un coup d'o-il privant et mil. ses

lunettes en disant lentement :

« Vous êtes une malicieuse petite chatte ; mai- cela ne me fait rien d'être mené par vous et par lieth. Allons, donnez-moi une feuille de papier et linissons-en

avec ces bêtises. »

lu billet superbe fut écrit par lui dans les termes qu'un gentleman emploieraii , \is-à-us d'une personne

considérable qu'il aurait, gravement offensée, et Jo, déposant un baiser sur fa lèle chanvedeM, Laurent/, cou- Hit à kl porte de Laurie. Vovant qu'elle était de nouveau fermée, et à clef, elteglissa fe billet sous la porte

et recommanda à Laurie, à travers le trou de la serrure, d'être convenable, soumis, aimable et quelques antres agréables impossibilités.

L Kilo n'avait pas fini de descendre l'escalier, laissant le billet faire son oeuvre auprès du jeune rebelle,

lorsque quelque chose passa à côté d'elle comme un éclair. Gela allait si vite et d'un mouvement si emporté, qu'elle ne devina pas tout d'abord ce qui pouvait bien dégringoler ainsi. C'était le jeune gentleman qui, pour ne pas perdre une seconde, s'était mis à cheval sur la rampe. Grâce à ce moyen expéditif, il était arrivé avant elle sur le palier. Il l'y attendait et lui dit de son air le plus vertueux, dès qu'elle apparut :

« (Juelle bonne amie vous êtes, Joî Avez-vous été bien maltraitée? ajouta-t-il en riant.

— Non, Laurie ; votre grand-père est meilleur que vous, meilleur que nous tous; s'il a l'air moins aimable, au fond il F est plus.

— Vous pourriez bien avoir raison, Jo! Ma foi, je wiis aller l'embrasser, le remercier même de sa bourrade, et bien dîner.

— Vous ne pouvez rien faire de mieux, lui répondit Jo. Vous serez tout à fait remis lorsque vous aurez mangé. Messieurs les hommes crient toujours lorsqu'ils ont faim. »

Et, voyant que tout allait bien se passer, elle s'enfuit.

Laurie alla résolument rejoindre son grand-père; leurs bras s'ouvrirent en même temps, et M. Laurentz fut tout le reste du jour d'une humeur charmante.

Chacun pouvait certes regarder la chose comme finie; le gros nuage était à c< m p sur envolé. Mais, d'un autre côté, un mal avait, été fait : ce mie d'autres avaient oublié, Meg s'en souvenait. Elle ne fit plus jamais allusion à mie certaine personne, mais elle y pensa peut-être davantage, et, une fois, Jo, fourrageant clans te pupitre de sa sœur pour y chercher un timbre, tiouva une feuille de papier sur laquelle elle put lire,

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