QUÉBEC
Ce cap à la mine hardie et hautaine ; cette fière citadelle avec son air de touch me not, comme dit l'anglais, qui s'entend en fierté : ces murailles avec leur ceinture de canons et leurs fossés du moyen âge ; ce vaste bassin d'un port rival de celui de Naples; ce paysage grandiose et sévère ; l'ampleur de cet horizon borné au loin par le cap Tourmente ; et que d’autres beautés qu'il serait trop long d'énumérer ! voilà une faible idée de la vieille Capitale de la Nouvelle-France, sur laquelle à flotté glorieusement le drapeau fleurdelisé de Saint- Louis. Là cependant, se rencontre le type de la domination, de la supériorité arrogante, de l'autocratie impérieuse et arbitraire, d'un froid dédain mal déguisé pour toute autre supériorité, d’une odieuse et basse jalousic de toute autre grandeur que la sienne, d’une crainte malsaine de descendre de cette hauteur. Aussi, la Métropole ne doute de rien, et se croit encore au temps où Louis XIV disuit : l'Etat c'est moi ! et où Bossucet avec une vingtaine d'Evêques courtisans, répondaient :
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C'est vrai, Sire, et nous sommes fiers de vous obéir avant d'obéir au Pape ; Aussi la fièro Métropole entond bien! que porsonne ne soit assez osé pour douter d'elle, qu’on ne cesse de l'admirer avec tous ses beaux atours anciens et nouveaux ; qu'ons'incline humblement devant elle; même devant ses parvenus incapables de soutenir son antique gloire; qu'on s’honore d’être admonesté par elle, instruit par elle, gouverné par colle, jugé par elle 4 bref, que no veut-elle pas, que 1atavtlle pas comme étant son droit inaliénable ?
Aussi, commo cette couleur locale est profondément empreinte sur la lettre Qubecquoise !
u haut de ses fortifications, et d’un ton sec et bref comme le commandement militaire, la lettre de Québec nous signifie, ‘“ qu'elle a toujours été en faveur du Mono- «“ pole Laval; en preuve ses deux voyages à Rome dans “ ce but: que deux Décrets forme/s du Saint Siégo l'ont “ confirmée, à tout jamais, dans cette opinion ; qu'il faut « êtro aveugle et insensé pour nier ces Décrets; que le ‘ enfreindre, c'est vouloir renverser toutes les notions de ‘“ Ja hiérarchie catho!ique ; enfin, que c’est là son humble “opinion.
‘ Pormission d'imprimer cet ukaso.ot au revoir. ”
Or. il advint qu'un certain lecteur, sans s’effrayer de cette décharge du gros canon de la citadelle, osa s’approcher humblement de la lettre Québecquoise;et lui dire : Illustrissime Seigneuresse, plairait-il à Votre Excellence de daïigner me donner une preuve, une seule preuve logique et concluante de la vérité des déclarations contenues dans votre ukase? Sur ce, avec un visage sévère et pâle d'indignation elle dit: ‘“ Vous connaissez déjà mes sentiments, Allez ! *’--O naïf lecteur ! vous méritiez d'être planté là !
— Ainsi donc, Québec fait un Décret sub gravi de son droit au monopole ?
—C'en a bien l'air; en attendant, ce qui est sûr, c’est que c’est son humble opinion.
—Pauvre humilité! quelle piteuse figure elle fait là,
—N'allez pas le dire, au moins.
—Et la charité! et la modestie ! ot les convenances ! et le respect pour un saint vieillard, Doyen de l’Episcopat Canadien !
—Taisez-vous donc, bavard, on pourrait vous entendre. D'ailleurs, il est bien question de tout cela quand on tire lu canon.—Allons ! soyez sage et discret.
C'est bon, c'est bon; pas tant do morale. Voyons! cette lottre ab iato, ne dit-elle pas encore qu’elle a été confirmée dans son opinion à tout jamais ?
C'est vrai; et même elle l’affirme avec emphase. A la bonne heure.
—Mais qu'arrivera-t-il si Rome so prononce contre le Monopole Laval ?
— Ce n’est pas notre affaire; mais je suppose que cet à fout jamais sera renfermé dans l'Enfer de l’Université, avec quantité d’autres mauvaises productions originales ou acquises.
—EÆt pourtant, quand on pense à tout ce que Québec : écrit à ce sujet, à l’époque de la fondation de l’Université !— En vérité c'est surprenant, qu'on puisse se contredire ainsi soi même, et tromper les autres si. effrontément !
—Nullement, cher lecteur ; soyez sûr que cela ne suirprendra personne, comme le dit fort bien la lettre ; c’est son humble opinion.
—Soit ; mais elle déplaira à quelques-uns.
—Que nous importe : cette humble opinion vaut ce qu'elle vaut ; tenez pour certain qu’on s'en consolera plus vite à Montréal qu'à Québec.
—Mais, beaucoup la partageront.
—C'est selon ; les gallicans, les catholiques libéraux qui tromblent de perdre bientôt le peu d'influence qui teur reste, oui: Mais les catholiques—romains qui ne désirent que l'exaltation de l'Eglise, le salut de notre jeunesse, et le bien de la société repousseront cette opinion avec horreur, parce qu'elle est mauvaise à tous les points de vue ; ils diront : Vade retro.
— Tenez, savez-vous ce que je pense maintenant de ces quatre lettres ? j'hésite à vous le dire ; parfois vous me reprenez si durement,
—-N'ayez pas peur ; dites toujours.
—%h bien! puisque vous craignez d’être entendu, je vais vous le dire à l'oreille; je pense que ce n’est pas le diable.
— N'est-ce que cela ?
—Kh bien ! moi je vous dirai tout bas: je pense que c'est le diable à quatre.
—Et dire qu’on a imprimé cela !—à quoi bon ?
—Et la signature donc !
—Ah !—j'oublie toujours ; Kvidemment c’est tout ce quo désirait le Factum.
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