‹ Les quatre lettres [microforme]Chapitre 5 sur 5 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Ov L’ON ARRIVE À UNE HEUREUSE CONCLUSION A L'AIDE DC Révp. P. Lavar.

—Eh bien, cher lecteur, nous avons assez parlé dos quatre lettres, n'est-ce pas ? Si nous parlions un peu du Rév. Père Laval ?

—Volontiers ; d'autant plus qu’il y à bien des choses à dire sur ce brave homme ; mais, comme il so fait tard, voici tout ce que j'ai à dire pour aujourd'hui. Et d’abord, ne vous semble-t-il pas que c’est bien de lui que l’on pout dire : il faut être aveugle et insensé pour s’imaginer qu’il réussira à nous persuader que la position, qu’il a prise avoc tant d'éclat, est en harmonie avec la vérité, la justice, et l'amour du bien des âmes et de la société catholique de notre cher pays ?

—-Je pense exactement comme vous, cher lecteur ; le P. Laval n’a encore rien prouvé, si ce n’est qu'il a facilement perdu la mémoire, quoiqu'il aità poine atteint l’âge d'homme.

Comment peut-il avoir oublié, ce qu'il à écrit lui-même dans le volumineux Mémoire auquel il réfère dans son

'actum ? Alors, il disait aux Evêques, pour avoir plus aisément leur appui : ‘“ Nous n'avons pas la prétention ‘ d’accaparer le Monopole du haut enseignement ;....… ‘ Nous ne voulons que ce qui pourra être obtenu plus “tard pour d'autres raisons (1)... L'établissement

ti) Lettre de l’Archevêque à l'Evêque de Montréal, 27 Avril 1852.

+ d'une seconde Université deviendra, avant bien'es

«“ années, utile et même nécessaire ; d'autant plus Que “ nous n'avons pas même l'intention de faire de la nôtre

‘ le rendez-vous d’une jeunesse bien nombreuse ;.........

‘ Un peu de patience, le tour de Montréal viendra, non-

‘: sculement sans inconvénient pour personne mais en- ‘ core pour le plus grand avantage de tous.” (2)

Aujourd’hui, le P. Laval chante sur un tout autre ton: [1 réclame comme un droit le Monopole ; le tour de Mon. tréal est oublié; il faut que cette ville se contente de ce qu'il plaira au P. Laval de lui concéder: il met le feu aux poudres pour empêcher Montréal d'avoir son tour: il crie, il se lamente. il menace. il jure qu'on viole son droit, que sais-je encore ? il se démène comme un diable tombé dans le bénitier.

—C'est vrai; mais après tout, n'a-t-il pas un peuraison de se lamenter ? Que de dépenses n’a-t-il pas fuites pour s'installer grandement? Que de dépenses encore pour soutenir le haut rang qu'il a voulu prendre? Quand il est démontré qu'il vivote vaille—que--vaille après vingt ans de travail et de dépenses, et que Montréal l'a tellement pris en aversion qu'il ne veut plus en entendre par: ler; Comment voulez-vous qu'il ne frissonne pas à l’idée d'une Université rivale à Montréal ?—JI1 me fait compassion, et j'ai pitié Qu pauvre Père.

Tout cela est très-juste, et ce n'est pas moi qui bli. A merai votre bon cœur.--Mais il ne s’agit pas de faire ici ‘à du sentiment.

La question est celle-ci : le P. Laval ne peut pas rencontrer les besoins immenses de Montréal. Faut-il donc que cette grande ville, dont l’avenir est plus grand encore, soit sacrifiée parce que le P. Laval eraint de descendre Ge son rang, et de perdre ses écus ? Est-ce une simple question d'argent, ou une question de haute mo. ralité ? Est-ce une question d'intérêts purement humains. ou une question religieuse de la plus haute importance ? voilà ce qu'il faut examiner avant tout.

Il s'agit de l'avenir religieux de Montréal; si le P. Laval vient un jour à faire banqueroute, est-ce la faute de Montréal? Pourquoi a-t-il voulu trancher du grand

(2) Lettre du Recteur à l’Archevêque, 4 Jnin 1859. Or, ce Recteur était l'abbé Tachereau, maintenant Archevêque. ;

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ince, quand il n'était et ne pouvait être qu'un simple articulior ? pourquoi n’'a-t-il été qu'un chétif banquier, incapable de bien administrer sa banque ? Faut-il que Montréal soit condamné à vivre dans la misère, quand il faut s'enrichir loyalement, parce que cela fait pleurnicher le P. Laval ?—Ahl!il vous fait compassion ! vous avez pitié de lui! Et Montréal donc! Et sa belle jeunesse exposée à perdre la foi et les mœurs.

La compassion est une excellente chose et la pitié aussi. Mais encore ne faut-il pas culbuter en chemin lu justice et le devoir pour arriver jusqu'à elles. Le P. Laval fait pitié, dites-vous ; soit. Mais Perette aussi fait pitié quand on lit dans La Fontaine sa triste aventure. Cependant, ce n'était qu'après tout qu'une petite sotte, rêvant des Châteaux en Espagne, quand elle aurait du ne s'occuper que du panier d'œufs qu'elle portait sur su tête. Qu'avait-elle besoin de sauter, et surtout de sauter si haut ? Sa voisine qui passait en ce moment, pressée d'aller au Marché, non pour y vendre, mais y acheter des œufs, pour le diner de sa nombreuse famille, devaitelle s'arrêter à écouter les jérémiades de Perrette, et négliger sa famille et son devoir parceque Perrette poussait des cris lamentables ?

Or, malgré son chagrin, Perrette parlait aux passants et leur disait : Eh, mes amis ! je vous en prie, n’allez pas acheter des œufs chez Marie, ma voisine, 1l est vrai que je ne puis pas vous en vendre en ce moment ; mais ayez patience, votre tour viendra. Je vais m'amancher de telle sorte que vous n'aurez pas à souffrir. Surtout, je ne veux pas que Marie fasse concurrrence. C’est mon droit exclusif de vendre les œufs sur le marché. Je vous assure qu’il y a des ordonnances qui me concèdent co Monopole. Vous vous passerez d'œufs pendant quelque temps, mais peu importe, mon droit avant tout. O mes bons voisins ! Ayez pitié de moi; jo serai ruinée si Marie ouvre une autre boutique ; et voilà Perrette qui recommence à gémir, à pleurer, à crier, c’est mon droit, c’est mon droit ; non, je ne veux pas que Marie ait sa boutique, car elle va me supplanter, et bientôt je ne serai plus qu’une vendeuse ordinaire. A la fin, fatigué de tous ses cris, un passant brutal lui dit: Assez pleurnicher comme ça. Ton orgueil et ton ambition sont la cause de ta mésaventure ; d’ailleurs, depuis longtemps tu conduisais mal ton commerce, et tu vendais pas mal d'œufs pourris.

Nous sommes mécontents de toi ; va té" Dromener ton droit prétendu et tes ordonnances en l'air ; Mio aura sa boutique et nous espérons bien qu'elle réussira mieux que toi. Voilà.

Qui peut blämer ce brave homme ? Son ton est rude, sans doute, mai: enfin il ne dit que lu vérité; et l’on peut supposer qu'il connaissait Poerrette, et qu'il savait quel ton lui convenait.

Eh bien |! cher lecteur ; croyez-moi ; mettez la pitié en poche, pour le quart d'heure, et dites au P: Laval qui sait un peu de latin : Zntelligenti pauca; il vous coniprendra. Sur ce, laissons-le crier ot gémir à son aise et ne 80yons pas si tendre envers lui; son Monopole ne vaut pas celui de Perrette.

—C'est bien, la commission est faite, et ma foi, le P. Laval faisait une laide grimace, quand je l'ai quitté. Mais, ou en étions-nous de notre conversation, avant cette tirade à l'adresse ‘lu pauvre Père ?

—Vous disiez qu'il fallait un miraclo pour sauver Montréal.

—C'est cela. Or, je dis qu'un miracle 8e fera, et un grand, à la suite de cette longue lutte, si fermement soutenue par notre venérable Evêque.

J'ai cette confiance ; ce n’est pas on vain que Montréal s'appelle Marianopolis. Oui, un jour viendra, en Canada, comme en Europe, où la Vérité Romaine chassera l’enseignement gallican-libéral. . .w54#}) -:1 ©

Cette joie et cette gloire sont résorvéeg # l'Université Ville-Marie, fondée par notre Illustre Evêque Ignace Bourget, que Dieu conserve.

Credidi, propter quod locntus sum.

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