‹ Les Quatre StuartsChapitre 14 sur 39 · CHARLES IL · texte numérisé non relu

CHARLES IL

De 1660 à 1665.

S'il était possible de supposer que la corruption des mœurs répandue par Charles IL en Angleterre fût un calcul de sa politique;

MR, M. SU en agi hate. 5 "St RE Axtell, anabaptiste et agitateur, fut convaincu d’avoir obligé les

il faudrait ranger ce prince au nombre des plus abominables monarques; mais il est probable qu il ne suivit que le penchant de ses inclinations et la légèreté de son caractère. Assez souvent les hommes se font un plan de verlu, rarement un système de vice: la faiblesse emprunte un appui pour marcher ferme : elle n’a pas besoin de secours pour l'aider à tomber. Entre son père décapité et son frère qui devait perdre la cduronne, Charles ne se sentit jamais bien assuré au pouvoir. [l voulut du moins achever dans les plaisirs une vie commencée dans les souffrances.

Les fêtes de la restauration passées , les illuminations éleintes, vinrent les supplices. Charles s'était déchargé sur le parlement

de toute responsabilité de cette nature, et celui-ci n’épargna pas

les réactions et les vengeances. Cromwell fut exhumé; Richard son fils émigra au continent: à la vérité, il fuyait moins devant son roi que devant ses créanciers. Il alla se faire insulter par le prince de Conti, qui, ne le connaissant pas, lui demanda qu'était devenu ce sot et poltron de Richard ? G

Se souvient-on aujourd'hui qu'il exista un Thomas Cromwell, comte d’Essex, et qui, favori d'Henri VIII, fut décapité par le bon plaisir du tyran son maitre? Olivier Cromwell tue son nom chez les hommes qui le précédèrent, et le fait vivre chez les hommes qui l'ont suivi et le suivront : une grande gloire obscurcit le passé et illumine l'avenir.

Une commission de trente-quaire membres s’assembla ;-le 9 octobre 1660, à Hichs’s-hall, pour commencer le procès des régicides : vingt et un jurés composaient le grand jury. On remarque dans la liste des juges plusieurs fauteurs de la révolution, entre autres Monk, qui, humble serviteur du régicide Cromwell, était devenu chevalier de la Jarretière et duc d’AIbermarle. Lorsqu’au tirage de la grande loterie des révolutions .

chacun ouvre son billet, il se fait une amère et ironique distri | bution des dons de la fortune : un homme se couvre d'honneurs

et de cordons, un homme monte à l’échafaud; tous deux ont fait

lélité. ; CRU nr pauvre Harrison , traduit devant ses juges, leur dit : «Plu- « sieurs d’entre vous, mes juges, furent actifs avec moi dans les « choses qui se sont passées en Angleterre... Ce qui a été fait l'a « été par l’ordre du parlement, alors la suprême autorité. »

L’excuse était de bonne foi, mais mauvaise. Il suffirait qu'un pouvoir légal nous commandât une action injuste, pour que nous fussions obligés de la commettre. La loi morale l'emporte en certains cas sur la loi politique; autrement on pourrait supposer uné société constituée de sorte que le crime y fût le droit commun. Enfin le rump n'était pas le vrai parlement, le parlement légal. £

Harrison était un homme simple d'esprit et de cœur, une espèce de fou fanatique de la cinquième monarchie; franc républicain , il s'était séparé de Cromwell, oppresseur de la liberté. Ce fut à propos d'Harrison qu’un juge appliqua au peuple anglais le bel apologue de l'enfant devenu muet, qui recouvre la parole en apercevant le meurtrier de son père (1). Tout criminel qu'il était, Harrison élait plus estimable que beaucoup d’autres hommes; mais il y a des fatalités dans la vie : tel, d’un caractère noble et pur, tombe dans une impardonnable erreur ; chacun le repousse : tel, vil et corrompu par nature, n’a point eu l’occasion de faillir ; chacun le recherche. L'un est condamné au tribunal des hommes; l’autre au tribunal de Dieu.

On découvrit au procès des juges de Charles Le", que les deux bourreaux masqués élaient un nommé Walker et un nommé

Hulet, tous deux militaires : Hulet était capilaine. Garlland, qui

occupait le fauteuil dans le meeling régicide, fut accusé par un

lémoin d'avoir craché à la figure du roi; Axtell, monstre de

cruaulé, qui tuait, dit le procès, les Irlandais comme /a vermine;

CAT (1) J'ai cité ce Passage du procès de Harrison dans le chapitre 11 des Réflexions politiques.

soldats de crier justice, exécution ! de les avoir pressés de tirer sur la tribune de lady Fairfax, de leur avoir fait brûler de la poudre au visage de l'auguste prisonnier, Tous ces hommes soutinrent que leur cause était celle de Dieu. Thomas Scott montra

le plus de fermeté. Il avait déclaré dans le parlement « qu’il ne

« se repenlirait jamais d’avoir jugé le roi, et qu'il voulait que « l’on gravât sur sa tombe : Ci-git Thomas Scott, qui condamna « le feu roi à mort. » Il ne démentit point ce langage au milieu des plus cruels supplices. La sentence prononcée à tous était ainsi CONÇUE : | MATE « Vous serez traîné sur une claie au lieu de l’exécution; là « pendu, et étant encore en vie, on coupera la corde. Vous « serez mutilé (your privy member to be cut off); on vous arra- « chera les entrailles (et vous vivant); elles seront brûlées devant vos yeux. Voire tête sera coupée, vos membres divisés la disposition du roi, et Dieu ait merci de votre âme. » De quatre-vingts régicides qui restaient en Angleterre au 10ment de la restauration, cinquante et un se présentérent à la proclamation du roi, se reconnurent coupables, et jouirent de l'amnislie ; vingt-neuf furent mis en jugement; dix soulinrent qu’ils n’étaient pas criminels, et volèrent martyrs au supplice. Le prédicant Hugh Peters partagea leur sort. John Jones à la potence déclara le roi innocent de sa mort ; Charles IT ne faisait, selon la conscience de Jones, que remplir les devoirs d’un bon fils envers un père. | caofe :

C'est ainsi que des exhumations et des exécutions ouvrirent un règne que des échafauds devaient clore. Vingt-deux années de débauche passèrent sous des fourches patibulaires; dernières années de joie à la façon des Stuarts, et qui avaient l'air d'une

orgie funèbre.

Dans les premiers jours de la restauration, on chercha com-

la même chose , ont risqué le même enjeu. Pierre est plongé dans | ment on pourrait jamais être assez esclave pour expier le crime la richesse, c'élait un ennemi; Paul dans la misère, c’étaitun | pe

ami. Celui-ci est récompensé de sa trahison, celui-là puni de sa

dance : c'était une émulation domestique qui débar-

‘ind

| rassait : maître des actes de rigueur; le clergé et le parlement se chargeaient de tout. Les communes passèrent un acte afin

d'établir ou de rétablir la doctrine de l'obéissance passive. Le

bill des convocations triennales fut aboli ; une espèce de longpar-

lement royal dura dix-sept années pour la corruption, l'impiété et la servitude, comme le long parlement républicain en avait existé vingt pour le rigorisme, le fanatisme et la liberté. Tout

prit le caractère d’une monarchie absolue dans uné monarchie représentative : on copia la cour de Louis XIV sans en avoir la”

grandeur; on cabala pour être ministre ; il y eut des influences de maitresse à Windsor comme à Versailles; les intérêts publies étaient traités comme des intérêls privés; ce ne furent plus les révolutions, mais les intrigues qui élevèrent les échafauds.

La peste et un vaste incendie ne troublèrent point la vie voluptueuse de Charles. A l’instigation de la France et par les séduc-

tions d'Henrielte, duchesse d'Orléans, il fit la guerre àla Hollande,

dans l’unique but de détourner au profit de ses plaisirs les subsides du parlement,

Les malheureux cavaliers, ces royalistes qui avaient tout sacrifié à la cause des Stuarts, oubliés maintenant, languissaient dans la misère ; les tétes rondes jouissaient des biens et des honneurs qu’ils avaient acquis, en s'armant contre la famille Jégitime, Waller, conspirateur poltron sous lelong parlement, poëte adulateur de l’usurpation heureuse, faisait les délices de la légitimité restaurée , tandis que le fidèle et courageux Butler mourait de faim. Charles savait pourtant parcœur el se plaisait à répéler les vers d’Hudibras. Celte satire pleine de verve contre les personnages de la révolution charmait une cour où brillaient La débauche de Rochester et la grâce de Grammont : le ridicule était une espèce de vengeance tout à fail à l'usage des courtisans. Au surplus les républiques sont-elles plus reconnaissantes que les monarchies? Charles IL a-t-il oublié ses amis plus que ne l'ont fait les autres rois? Il y à des infirmités qui apparliennent aux

en quatre quartiers. Votre tête et vos. membres seront mis à

couronnes, quels que soient d'ailleurs les qualités et les défauts des hommes couronnés. « Entrez dans la basse cour du château « (de Henri IV), » dit l’ingénieuse duchesse de Rohan dans son apologie ironique, « vous oyrez des officiers crier : Ll y a vingtcinq et trente ans que je fais service au roi sans pouvoir estre « payé de mes gages : en voilà un qui lui faisoit la guerre iln'y € à que trois jours, qui vient de recevoir une telle gralificalion. « Montez les degrés, entrez jusque dans son antichambre, vous « oyrez les gentilshommes qui diront : Quelle espérance y a-t-il « à servir ce prince? j'ai mis ma vie tant de fois pour son ser- « vice, j'ai esté blessé, j'ai eslé prisonnier , j'y ai perdu mon « fils, mon frère ou mon parent : au partir de là il ne me con- « noît plus, il me rabroue si je lui demande la moindre récom- « pense. Tout beau, messieurs, aurez-vous tantost tout dit? « Écoutez-moi un peuà mon tour; sachezque ce prince est doué « de vertus surnaturelles ; il diten bon langage : Mes amis, of- « fensez-moi, je vous aimerai; servez-moi, je vous haïrai..…… « O valeureux prince, etgénéreux courage ; qui neserend qu'aux « généreux, qui ne se laisse forcer que par la seule force! »

Quelques souvenirs, quelques ambitions privées, quelques réveries particulières à des esprits faux qui s'imaginaient pouvoir faire revivre le passé, fermentèrent dans un coin, sous la protection de Jacques, alors duc d’York et catholique de religion. Ces ambitions, ces rêveries, ces souvenirs pris mal à propos pour une opinion possible ou applicable, donnèrent à la nation la crainte d’un règne opposé au culte établi et à la liberté des peuples. La correspondance diplomatique nous apprend le rôle odieux que joua Louis XIV alors , et la funeste influence qu’il exerça sur la destinée de Charles et de Jacques : en même temps qu’il encourageait lesouverain à l'arbitraire, il poussait les sujets à indépendance, dans la petite vue de tout brouiller et de rendre l’Angleterre impuissante au dehors. Les ministres de Charles et les membres les plus remarquables de opposition du parlement étaient pensionnaires du grand roi.

L'église épiscopale se méêlait de toutes les transactions : proscrite durant les derniers troubles par des fanatiques, l'intérêt et la vengeance l'avaient rendue à son tour fanatique, Infecté de cet esprit de réaction , le parlement voulait l’uniformité du culte, et persécutait également catholiques et presbytériens, bien qu’un bon nomb,e des membres de ce parlement n’eûtaucunecroyance. Sous le règne de Charles I+', la polilique n’avait été que l'instrument de la religion; sous le règne de Charles II, la religion ne - fut que l'instrument dela politique. Les principesavaient changé de place, et par la manière dont ils s'étaient coordonnés, ils conduisaient plus directement à la liberté civile, tout en opprimant la liberté de conscience. Les indépendants avaient disparu : la cour était déiste ou athée. ;

En 1673, le parlement passa l'acte du test, précaution prise dans l'avenir contre le duc d'York, comme papiste. Effet miraculeux, et toutefois naturel de la marche des siècles! ce fameux acte, qui servit à précipiter les Stuarts et qui devint la sauvegarde d’une nouvelle dynastie, s’abolit au moment même où je trace ces mots. L’abolition n’est pas encore pleine et entière, mais elle ne peut tarder à le devenir. Si la race des Stuarts n’était pas éteinte , elle ne trouverait plus dans sa religion d obstacle à remonter sur le trône : en trouverait-elle dans sa politique ? Tout est là aujourd’hui pour les peuples et pour les rois.

Une prétendue conspiration découverte par L infâme Tilus Oates compromit la reine, dont le parlement alla jusqu à demander l'exil, et envoya au gibet quelques jésuites. Shaftesbury , flatteur de Cromwell ét instrument de la restauration ; homme d’un esprit, d'un caractère et d’un talentassez semblables à ceux dû cardinal de Retz; Shaftesbury, père d’un fils célèbre, passait d’une intrigue à l'autre. Un bill, ouvrage de son antipathie plus que de sa conviction » fut présenté à la chambre des communes pour exclure le due d’York de la succession à la couronne; la chambre des pairs repoussa lé bill. Les communes s’indignèrent ; Charles casse le parlement, en convoque un autre à Oxford :

celui-ci, plus séditieux, que l'autre, représente le bill rejeté. Charles brise de nouveau le parlement, dépouille Londres et quelques villes municipales de leurs chartes, règne jusqu’à sa mort en maître, et, par les conseils de son frère, devient cruel et per=" séculeur. es De là les conspiralions opposées et mal conçues de Monmouth;" bâtard de Charles , des lords Shaftesbury, Essex, Grey, Russel, de Sidney, et d'Hampden, petit-fils du fameux parlementaire: Ces trois derniers sont célèbres : lord Russel est la seule victime de ces temps qui ait mérité l'estime complète de la postérité. Hampden fut misérable dans le procès: il eut de moins ce que son aïeul avait de trop. Quant au républicain Sidney, il recevait de l'argent de Louis XIV : il s’était arrangé de manière à vivreà son aise par le despotisme, età mourir noblement pour la liberté: L'inquiétude croissante du règne futur, les prétentions de Marie, fille du duc d’York et femme du prince d'Orange, la

| profonde et froide ambition de ce gendre de Jacques, autour du-

quel les mécontents de tous les partis commençaient à se rallier, empoisonnèrent les derniers jours d'une cour frivole. Charles mourut subitement le 46 février 4683 d'une apoplexie, suile assez commune de la débauche , dans le passage de l’âge mûr à la vieillesse. Les plaisirs de ce prince lui rendirent ce service; ils l’enlevèrent à une nouvelle révolution, où LA u dernier acte de la révolution, puisque les Stuarts ES r voulu jouer eux-mêmes ce dernier acle, et prendre à GA Fe 5 ce que Guillaume sut recueillir. Les uns ont cru que a avait été empoisonné; il est plus certain qu il mourut catholique, si toutefois il était quelque chose en religion. ec E Ce fils de Charles Ie* fut unÿde ces hommes légers, spirituels, insouciants, égoiïstes, Sans attachement de cœur , sans conviclion dot ui Jacent quelquefois entre deux périodes histori- FES UE l’autre, pour amortir les ques pour finir june et commencer !'a | | ressentiments, sans être assez forls pour étouffer les principes; u de ces princes dont le règne sert comme de passage ou me sition aux grands changementsd institutions, de mœurs à : a chez les peuples; un deces princes tout exprès ee ge po: 7. les espaces vides qui, dans l’ordre politique, séparen cause de l'effet. Ne. .

L'intelligence humaine avait marché en raison la science sociale. La poésie brilla du plus vif éclat. que de Milton, de Waller, de Dryden, de Butler, d'Otway, de Davenant, les uns admirateurs, les aulre :: 30 ciateurs du génie de Cromwell , et tous plus où moins SOUMIS 8, Charles. « Nourrie dans les factions , exercée par lous les + « tismes de la religion, de la liberté et de la poésie, celle me «-orageuse etsublime (Milton), en perdant le spectacle du nu « devait un jour retrouver dans ses souvenirs le modèle des p 4 « sions de l'enfer, et produire du fond de sa rêverie; LE « réalité n’interrompait plus, deux créations également idée Fe. « également inattendues dans ce siècle farouche, la félici “4 « ciel et l'innocence de la terre. » Nous empruntons cette. pe, ture admirable à l'Histoire de Cromwell par M. Villemat# Tillotson, Burnet, Shaftesbury, Hobbes, Locke et Newton avaient paru où commençaient à paraître : les sciences, selon temps, sont filles ou mères de la liberté.

des progrès de C’est l’épode Cowley, dépré-

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