NUIT D'AUTOMNE
Mais des nuits d'automne Goûtons les douceurs ; Qu’aux aimables fleurs Succède Pomone!
Le pâle couchant
Brille encore à peine ; De Vénus, qu’il mène, L’astre va penchant;
La lune, emportée
Vers d’autres climats, Ne montrera pas
Sa face argentée.
De ces peupliers,
‘Au bord des sentiers, Les zéphyrs descendent, Dans les airs s'étendent, Effleurent les eaux,
Et de ces ormeaux Ranimant la sève :
Comme une vapeur,
La douce fraicheur
De ces bois s'élève.
Sous ces arbres verts, Qu’un vent frais balance, J'entends en silence Leurs légers concerts :
Mollement bercée,
‘La voûte pressée
En dôme orgueilleux
. Serre son ombrage, .
Et puis s’entr'ouvran!, Du ciel lentement Découvre Fimage.
Là, des nuits l’azur Dans un cristal pur Déroule ses voiles
Et le flot brillant -Coule en sommcillant Sur un lit d'étoiles.
POÉSIES
sm À
O charme nouveau! | Dans ces prés émaillés, au doux bruit des zéphyrs, Le son du pipeau | Ton passage offre ici l’image de la vie.
Dans l’air se déploie, | En des vallons déserts, au sortir de ces fleurs, Et du fond des bois | Tu conduis tes ondes errantes :
M’apporte à la fois Ainsi nos heures inconstantes
L'amour et la joie. Passent des plaisirs aux douleurs.
Près des ruisseaux clairs, | Mais si voluptueux, du moins dans notre course, , Au chaume d’Adèle Du printemps nous savons jouir,
Le pasteur fidèle Nos jours plus doucement s’éloignent de ieur source, Module ses airs. Emportant avec eux un tendre souvenir :
Tantôt il soupire, Ainsi tu vas moins {rise au rocher solitaire
Tantôt il désire , Vers ces bois où tu fuis toujours,
Se tait : tour à tour Si de ces prés ton heureux cours
Sa simple cadence Entraîne quelque fleur légère.
Me peint son amour
Et son innocence. | De mon esprit ainsi l’'enchantement Dans son lit heureux Naît et s'accroît pendant tout un feuillage. La pauvre attentive | L'aquilon vient, et l'on voit tristement Écoute, pensive, L'arbre isolé, sur le coteau sauvage, Ces sons dangereux : | Se balancer au milieu de l'orage.
Le drap qui la couvre De blancs oiseaux en troupes partagés Loin d’elle a roulé, 2 Quittent les bords de l'Océan antique : Et son œil troublé Tous, en silence à la file rangés ; Mollement s’entr'ouvre. | Fendent l’azur d’un ciel mélancolique. Tout entière au bruit we J’erre aux forêts où pendent les frimas : Qui, pendant la nuit, ; | Interrompu par le bruit de la feuille
La charme et l’accuse, Que lentement je traîne sous mes pas,
(l SR RU Et rt | Dans ses pensers mon esprit se recueille. Son aveu refuse, se
: ee 06 “Ro Qui le croirait? plaisirs solacieux , | PE Je vous retrouve en ce grand deuil des cieux : | . : L'habit de veuve embellit la nature. | | Il est un charme à des bois sans parure : | ee Ces prés riants entourés d’aulnes verts, |
Où l’onde molle énerve la pensée,
| Où sur les fleurs l’âme rêve, bercée
Aux doux accords du feuillage et des airs;
Ces prés riants que l’aquilon moissonne À Plaisent aux cœurs. Vers la terre courbés,
Nous imitons, ou flétris ou tombés,
L’herbe en hiver et la feuille en automne.