LES
POÉSIE. — XT.
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L K. ïoiji-nior inv
Je vis les quatre vents passer,
— 0 vents, leur dis-je, Vents des cieux ! croyez-vous avoir seuls un quadrige? Autans ! masques hagards, tumultueux démons, Croyez-vous pouvoir seuls aller des mers aux monts? Ci'oyez-vous seuls pouvoir quitter pour la montagne Les vagues que l'écume éternelle accompagne. Fuir, puis, d'un coup de tête effrayant, revenir A l'ombre où l'on entend ces cavales hennir,
Et vous en retourner soudain, brusques méduses,
Aux cimes dans l'aurore éclatante diffuses.
Et de là crier gloire! aux quatre coins du ciel?
Ces allures d'éclair, ce vol torrentiel,
L'esprit humain les a comme vous, vents tragiques;
Comme vous le printemps, il a ses géorgiques ;
11 est l'acre Archiloque et le Hamlet amer;
11 gonfle l'Iliade ainsi que vous la mer.
L'homme peut de l'abîme effarer la prunelle.
L'âme a comme le ciel quatre souffles en elle ;
L'âme a ses pôles ; l'âme a ses points cardinaux.
Vents ! dragons qui sur nous tordez vos bleus anneaux,
Et qui vous dispersez avec tant de furie
Depuis le hurlement jusqu'à la rêverie,
L'esprit humain n'est pas moins aquilon que vous.
Comme vous il est vie, amour, joie et courroux.
Ses strophes ne sont pas plus vite exténuées
Dans leur vol à travers l'azur que vos nuées ;
Un vers court par-dessus les tours et les remparts
Mieux que l'enfante bise aux longs cheveux épars ;
Et le poète, ouvrant ses intègres registres.
Ne met pas plus de temps que vous, ô vents sinistres.
Pour essuyer sa bouche et changer de clairon.
Comme vous sur la peste, il souffle sur Néron ;
Il parle bas aux saints pensifs au fond des grottes ;
11 donne une attitude inquiète aux despotes ;
La pensée est un aigle à quatre ailes, qui va
Du gouffre où Noé flotte à l'île où Jean rêva;
Et chacun de ses grands ailerons. Épopée,
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Drame, Ode, ImuiIk' ardciil, cdiipe «'ominc ré(t«''('.
Le }j[énie a sur lui. dans sa f^iierre aii\ IL'-aiix.
Toute r(''elal)()us.siire allVeiise du ( liaos,
iMMime, laii^fe, sang, bave, et pas une taehe.
Il est un et divers. I/id(''al se ratlaehe
Comme une eroix immense aux (juatre angles des eieux.
Le grand ehar de l'esprit roule sur quatre essieux.
Notre àme eomme vous, ô vents, groupe sonore,
A son nord, son midi, son couchant, son aurore ;
Car c'est par la clarté (pi'en ce monde âpre et beau
L'homme linit, son aube étant dans le tombeau.
Le poëte est pasteur, juge, prophète, apùtre;
En quatre pas, il peut aller d'un bout à l'autre
De l'art sublime, ainsi que vous de l'horizon ;
Et comme vous, s'il est terrible, il a raison ;
Sa sagesse et la vôtre ont un air de délire.
L'ombre a tout l'ouragan, l'àme a toute la lyre.
Je vis Aldebaran dans les cieux. Je lui dis :
— 0 toi qui luis ! ô toi qui des clairs paradis Ou des hideux enfers portes la torche énorme,
Toi seul connais ta loi, je ne vois que ta forme;
Car d'une énigme à l'autre on ne peut traverser.
Tout est sphinx ; quand on voit la comète passer
Farouche, et sans qu'aucun firmament l'ose exclure,
Sait-on ce qu'elle essuie avec sa chevelure?
Dans cette mer de l'Ltre où tout sert, où tout nuit.
Qu'es-tu? fanal peut-être, ou cap noir de la nuit.
Peut-être feu de proue à l'avant d'un navire.
La vie autour de toi naît, meurt, flotte, chavire.
Astre ! quand l'univers naquit, fauve et sacré,
Tu ne fus pas le jet le moins démesuré
De ces convulsions terribles et de l'onde
Du chaos frémissant de devenir le monde.
Tu fais partie, ainsi que l'hydre et l'alcyon,
Du rhythme monstrueux de la création ;
Tu complètes l'horreur sidérale, et tu scelles,
Comme une strophe ardente et faite d'étincelles,
L'immense hymne étoile qu'on appelle le ciel.
Pan, le grand tout fatal ou providentiel.
T'accepte stupéfait comme on accepte un rêve.
Aldeharan! clarté de l'insondable grève.
Tu n'es pas seulement, dans les gouffres vermeils,
Un de ces inconnus que nous nommons soleils.
Tu n'as pas seulement, comme le kéroubime,
Une face splendide et sombre sur l'abîme,
0 spectre, ô vision, tu n'es pas seulement
Au fond du ciel sinistre un éblouissement;
Ta merveille, c'est d'être une roue inouïe
De lumière, à jamais dans l'ombre épanouie,
,//:• VIS l.l.S ni- AT ni: VESTS PASSEli.
Une n|)|)ai'ili()M irflcriu'l toiiriioiiMiu'iil, Tour il Idiir jx'ilc, iiiiyx, sapliii' cl iliuiiiiiiit. Un enVavaul l'-clair sur loi sans cesse rôde El le l'ail de l'uhis devenii- <iii('raii(lt', Kl jadis lu trouldais le uiaj^c libyen, Monde sur (|ui se lord un ai'c-en-ciel !
Eh bien, Tu n'es pas seul à luire ainsi sans fin, sans voile ! L'ànie est comme loi, sphère, une (juadruple éloile. Ton prodige esl en nous. Aslre, nous le l'offrons. L'anlique poésie avec ses qualre fronts, Orphée, Homère, Eschyle et Juvénal, t'égale. Quand le soir tombe, à l'heure où chante la cigale, Ou quand l'aube sourit aux oiseaux éperdus. En tous lieux, sur l'Arno, sur l'Avon, sur l'Indus, La muse, qui connaît nos maux, en fait la somme. Et qui tient cette lampe en main, l'esprit de l'homme, La muse est là, toujours, partout, et n'est jamais. Même dans l'hiver triste, absente des sommets. Tour à tour Galliope, Érato, Polymnie Et Némésis, elle est l'éternelle harmonie Qui, sauvage et joyeuse, allant de l'antre au nid. Commencée en idylle, en tonnerre finit.
Astre ! elle a son amour, son i-ire, sa colère. Et son deuil, comme toi, grand tourbillon stellaire ; Rayon, verbe, elle est douce aux hommes asservis, Donne aux passants, tyrans ou peuples, des avis. Chante pour les bons cœurs, luit pour les cœurs funèbres.
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Parle, et sur la clarté renseigne les ténèbres ;
Elle est l'humanité debout, changée en voix.
Elle ôte les césars de dessus les pavois,
Les découronne, et met à leur place l'idée.
Elle est France, Italie, Hellénie et Chaldée.
Satire, elle flétrit; drame, elle aime; chanson
Ou psaume, elle a du sort le lugubre frisson;
Épopée, elle peut montrer aux rois tragiques
La tyrannie aveugle et toutes ses logiques,
L'efl^rayante moisson des noirs semeurs du mal,
Et le carrosse d'or du sacre triomphal
Dans l'ombre accompagné par l'invisible roue
D'un tombereau hideux que le pavé secoue;
Elle fait, sur ce globe où pleure Adam banni,
La même fonction que toi dans l'infini ;
Et quoique, fixe et calme au fond du ciel immense,
Tu ramènes au but la comète en démence
Et remettes l'étoile errante en son chemin.
Tu n'es pas lumineux plus que l'esprit humain
Qui montre Dieu, l'enfer, les bonheurs, les désastres,
0 phare à feux tournants de l'océan des astres !