‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 16 sur 97 · SUR UN PORTRAIT DE SAINTE · texte numérisé non relu

SUR UN PORTRAIT DE SAINTE

C'est toi, dénaturée! oui, te voilà, c'est toi

Qui fis taire ton cœur pour écouter ta foi,

Qui, pour gagner ton ciel de larve et de chouette,

Foulas ton àme aux pieds, mère sourde-muette,

Et qui, lorsque ton fils se couchait en travers

De ta porte, pleurant et les deux bras ouverts.

Marchas sur ton enfant pour entrer dans le cloître.

Quand l'amour décroissait, tu crus sentir Dieu croître.

Ah! folle! et te voilà, face d'austérité!

Va, la sainteté froide est fausse sainteté.

Croire qu'on plaît au Dieu de lumière et de gloire

Parce que d'âme blanche on se fait âme noire,

Parce qu'on a d'abord soufflé sur son flambeau,

Parce qu'on vient à lui, n'étant plus qu'un tombeau

Où ceux qui vous aimaient d'avance ont dû descendre.

Et qu'on en est le marbre et qu'ils en sont la cendre!

0 morne vision ! mauvais songe que font

Ceux qui désertent Dieu dans le couvent profond !

Dieu, c'est la raison; Dieu, c'est l'amour; Dieu, c'est l'être;

C'est le devoir de vivre après le droit de naître ;

C'est l'immense clarté sur l'immense combat.

Il a voulu que l'homme aimât, conquît, tombât.

Et ne fût pas fantôme et deuil. Le froc de bure

Ne donne point à l'homme une bonne courbure;

Devenir ombre, c'est obscurcir le saint lieu ;

En s'approchant du spectre, on s'éloigne de Dieu.

Pas de cloître; la vie. Un voile couvre un rêve.

Le mérite n'est pas, quand vers Dieu l'on s'élève.

De rejeter, ainsi qu'un vêtement quitté.

Ses parents, sa patrie et son humanité;

De s'enfuir de son cœur ainsi que d'une fange ;

De dire : — Arrachez-moi, Christ, pour que je sois ange,

Mon père, ce lambeau, ma mère, ce haillon ! —

De mettre à la nature elTarée un bâillon;

De crier : — Mes enfants où tout mon sang se mêle,

Mon fils dans son berceau, ma fille à la mamelle,

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Toiil cela, c't'sl la miil, cai- Dieu seul rsl le jour! —

De l'aturoi* 011 s(»i la laiiiillt' cl l'ariKtiir

CiOinine des l'oiilrc-sens (|iii vous cacliciil Ir loxle;

Va (le perdre la ruiine limnaiiie, sous prétexte

Qu'oïl iii(»iile el (|ii"oii s'en va dans le (irinanieni Ideii.

Faisons, tout eu iixaut notre regard sur Dieu,

Tous nos devoirs de lîls ou de frère ou de père.

Soyons l'être penchant, même (juand il espère,

l*ar l'esprit vers le bien, par la ehair vers le mal ;

Sans quitter le réel, conquérons l'idéal;

Restons homme, en montant vers le sépulcre austère.

11 faut aller au ciel en marchant sur la terre.

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