‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 20 sur 97 · L. K F. inv · texte numérisé non relu

L. K F. inv

Muse, un nommé Ségur, évêque, m'est hostile; Cet homme violet me damne en mauvais style ; Sa prose réjouit les hiboux dans leurs trous. 0 Muse, n'ayons pas contre lui de courroux. Laissons-lui ce joujou qu'il prend pour un tonnerre, Sa haine.

Il est d'ailleurs à plaindre. Au séminaire. Un jour que ce petit bonhomme plein d'ennui Bêlait un oremus au hasard devant lui.

d06 LE LIVRE SATIRIQUE.

Comme glousse loison, comme la vache meugle,

Il s'écria : — Mon Dieu! je voudrais être aveugle! —

Ne trouvant pas qu'il fît assez nuit comme ça.

Le bon Dieu, le faisant idiot, l'exauça.

L'insulte est aujourd'hui très perfectionnée.

On prend un peu de suie en une cheminée,

Un peu d'ordure au coin d'une borne, à l'égout

De la fange, et cela tient lieu d'esprit, de goût.

De bon sens, de syntaxe et d'honneur; c'est la mode.

Bons ulémas, tel est le procédé commode

Que votre zèle met au service du ciel,

Et c'est avec la bouche écumante de fiel,

Avec la diatribe en guise de sourire.

Que vous venez, damnant ceux qu'on n'ose proscrire,

Nous faire vos gros yeux, nous montrer vos gros poings,

Nous dire vos gros mots, ô nos chers talapoins !

On vous pardonne. Eh bien, quoi, Ségur m'exorcise. Après?

Il me maudit d'une façon concise ; Il me peint de son mieux, et voici le pastel A peu près :

— « Monstre Jiorrible. On n'a rien vu de tel. « Informe, épouvantable et ténébreux. Un homme « Qui brûlerait Paris et démolirait Rome. « Voluptueux ; un peu le chef des assassins ;

MlJSK, US yoMMi': sf:i;i is m:

« I5i('l, capaMc tic toiil. I'"(»iiliiiil aii\ pieds les sainls, 11 l.os lois, réjflisc el Dieu. Iltiiiiaiil son lihraire. »

Faisons chorus. Ilmlt'i- avec le l()ii|). cl hraire

Avec r«''vè(|ii(', cil l)icn, cesl un droil. Usons-eii.

J'aime en c»> noble ahhé ce style paysan.

C'est poissard, c'est exquis. Bravo. Gela vous plonge

Dans une va^ue extase où l'on sent le mensonge.

Doux prêtre! On entend rire aux éclats Diderot,

Molière, Rabelais, el l'on ne sait pas trop,

Dans celle vision où le démon chuchote,

Si l'on voit un évè(jue ayant au dos la hotte

Ou bien un cliiHonnier ayani la mitre au front.

L'antienne, quand un peu de bave l'interrompt,

A du charme ; on est prêtre et l'on a de la bile.

D'ailleurs, Muse, chacun sur terre a son Zoïle,

Kt Voltaire a Fréron comme Dante a Cecchi.

Et puis cela se vend. Combien? Six sous. A qui?

Aux sots. C'est un public. Les mâchoires fossiles

V eulent rire ; le clan moqueur des imbéciles

Veut qu'on l'amuse ; il est fort nombreux aujourd'hui ;

N'a-t-il donc pas le droit qu'on travaille pour lui?

Depuis quand n'est-il plus permis d'emplir les cruches?

Tout a son instinct. Comme un frelon court aux ruches,

Comme à Lucrèce au lit court Alexandre six.

Comme Corydon suit le charmant Alexis,

Comme un loup suit les boucs, et le bouc les cytises,

Comme avril fait des fleurs, Ségur fait des sottises.

11 le faut.

m LE LIVRE SATIRIQUE.

Muse, il sied que le sage indulgent Rêve, écoute, et devienne un bon homme en songeant, Qu'il regarde passer les vivants, qu'il les pèse, Et qu'au lieu de l'aigrir, ce spectacle l'apaise. Ainsi-soit-il.

Et puis allons au fait. Voyons, Suis-je correct? L'hostie avec tous ses rayons M'éblouit-elle autant que le soleil? Ce prêtre Me voit-il le dimanche à sa messe apparaître? Ai-je même jamais fait semblant de vouloir Lui conter mes péchés tout bas dans son parloir? Quand suis-je allé chez lui, reniant ma doctrine, Me donner de grands coups de poing dans la poitrine? Je suis un endurci. Ségur s'en aperçoit. Je suis athée au point de douter que Dieu soit Charmé de se chauffer les mains au feu du diable, Qu'il ait mis l'incurable et l'irrémédiable Dans l'homme, être ignorant, faible, chétif, charnel. Afin d'en faire hommage au supplice éternel, Qu'il ait exprès fourré Satan dans la nature, Et qu'il ait, lui, l'auteur de toute créature. Pouvant vider l'enfer et le fermer à clé, Fait un brûleur, afin de créer un brûlé ; Que les mille soleils dont là-haut le feu tremble Se mettent un beau jour à tomber tous ensemble, J'en doute ; et quand je vois, au fond du zénith bleu. Les sept astres de l'Ourse allumés, je crois peu

ML SE, LA .\U)LHL SL(jLn lu'j

Que Jamais le |)lafuii<l rélc-sle se «l(lal)r('

Jiis<|irà ne |)(tiiv()ir plus porter ec can(lélal)re,

.le sais (jiie dans la hihie on trouve ce eliehc,

Lu lin du monde ; mais la seience a marché.

Moïse est vieux ; esi-il sur terre un quatlrumanc

Qui lève au ciel les yeux pour voir j)leuvoir la manne?

Je trouve par moments plus d'esprit, je le dis,

Aux singes d'à présent qu'aux hommes de jadis.

Pape, Dieu, ce n'est pas le même personnage.

J'aime la cathédrale et non le moyen âge.

Qu'est-ce qu'un dogme, un culte, un rite? Un objet darl.

Je puis l'admirer; mais s'il égare un soudard,

S'il grise un fou, s'il tue un homme, je l'abhorre.

Plus d'idole! el j'oppose à l'encens l'ellébore.

Quand une abbesse, à qui quelque nonne déplaît,

Lui fait brouter de l'herbe à côté d'un mulet.

J'ose dire que c'est mal nourrir une femme;

J'admire un arbre en fleurs plus qu'un bûcher en flamme;

Je suis peu furieux ; j'aime Voltaire enfin

Mieux que saint Cupertin et que saint Cucufin,

Et je préfère à tout ce que dit saint Pancrace,

Saint Loup, saint Labre ou saint Pacôme, un vers d'Horace.

Tels sont mes goûts. Je suis incorrigible. Et quand

Floréal, comme un chef qui réveille le camp.

Met les nids en rumeur, et quand mon vers patauge.

Éperdu, dans le thym, la verveine et la sauge.

Quand la plaine est en joie, et quand l'aube est en feu,

Je crois tout bonnement, tout bêtement en Dieu.

En même temps j'ai l'àme âprement enivrée

Du sombre ennui de voir tant d'hommes en livrée,

Tant de deuils, tant de fronts courbés, tant de cœurs bas,

Là, tant de lits de pourpre, et là, tant de grabats.

Mon Dieu n'est ni païen, ni chrétien, ni biblique;

Ce Dieu-là, je l'implore en la douleur publique ;

C'est vers lui que je suis tourné, vieux lutteur las,

Quand je crie au milieu des ténèbres : — Hélas !

Sur la grève que bat toute la mer humaine,

Grève où le flux apporte, où le reflux remmène

Les flots hideux jetant l'écume aux alcyons.

Qui donc apportera dans l'ombre aux nations

Ou l'éclair de Paris ou le rayon de France?

Qui donc rallumera ce phare, l'espérance? —

Donc j'ai ce grave tort de n'être pas dévot; Je ne le suis pas même au parti qui prévaut ; Je n'aime pas qu'après la victoire on sévisse ; C'est afTreux, je pardonne, et je suis au service Des vaincus; et, songeant que ma mère aux abois Fut jadis vendéenne en fuite dans les bois, J'ose de la pitié faire la propagande; Je suis le fils brigand d'une mère brigande. Être clément, c'est être atroce ou pour le moins Stupide. Je le suis, toujours, devant témoins, Partout. Les autres sont les vautours; je suis l'oie. Oui, quand la lâcheté publique se déploie, 11 me plaît d'être seul et d'être le dernier. Quand le vaî victis règne et va jusqu'à nier

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La (|ii:iiitili' (le di'nil (|iii nslc à cciix (|iii lniiilx'iil, Quand, mil iic |)r(tk',slaiil, les |>riiici|)i's siwcuinhciil, (Nielle iuilc de tous m'allirc. Me voilà.

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