‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 21 sur 97 · IDOLATRIES ET PHILOSOPHIES · texte numérisé non relu

IDOLATRIES ET PHILOSOPHIES

La philosophie ose escalader le ciel.

Triste, elle est là. Qui donc t'a bâtie, ô Babel?

Oh! quel monceau d'etîorts sans but! quelles spirales

De songes, de leçons, de dogmes, de morales!

Ruche qu'emplit de bruit et de trouble un amas

De mages, de docteurs, de papes, de lamas!

Masure où l'hypothèse aux fictions s'adosse,

Ayant pour toit la nuit et pour cave la fosse;

Rleus portiques béants sur les immensités,

De tous les tourbillons des rêves visités;

Vain fronton que le poids de l'infini déprime,

Espèce de clocher sinistre de l'abîme

Où bourdonnent l'elTroi, la révolte, et l'essaim

De toutes les erreurs sonnant leur noir tocsin !

Et, comme, de lueurs confusément semées,

Par les brèches d'un toit s'exhalent des fumées,

Les doctrines, les lois et les religions.

Ce qu'aujourd'hui l'on croit, ce qu'hier nous songions,

Tout ce qu'inventa l'homme, autel, culte ou système,

Par tous les soupiraux de l'édifice blême,

À travers la noirceur du ciel morne et profond.

Toutes les visions du genre humain s'en vont,

Éparses, en lambeaux, par les vents dénouées,

Dans un dégorgement livide de nuées.

Temple, atelier, tombeau, l'édifice fait peur.

On veut prendre une pierre, on touche une vapeur.

Nul n'a pu l'achever. Pas de cycle ni d'âge

Qui n'ait mis son échelle au sombre échafaudage.

Qui donc habite là? C'est tombé, c'est debout;

C'est de l'énormité qui tremble et se dissout;

Une maison de nuit que le vide dilate.

Pyrrhon ,y verse l'eau sur les mains de Pilate ;

Le doute y rôde et fait le tour du cabanon

Où Descartes dit oui pendant qu'Hobbes dit non;

Les générations sous le gouffre des portes

Roulent, comme, l'hiver, des tas de feuilles mortes;

IIHU ATIUKS KT l'IlILOSOI'HIKS. ii:.

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