‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 25 sur 97 · ILS SONT TOUJOURS LA · texte numérisé non relu

ILS SONT TOUJOURS LA

Baal n'est pas tombé; son temple, Antre 'du vieux crime immortel, Rayonne; et Baal se contemple Et s'adore assis sur l'autel; II triomphe; il a dans sa crypte La vieille Inde et la vieille Lgypte; Baal resplendit au milieu

roÉsiR. — XV.

Entre l'idole et la momie; Et la sombre terre endormie Rêve que ce monstre est son dieu.

Les deux frères de la géhenne,

Phalaris et Torquemada,

Attisent avec de la haine

L'âtre où le bœuf d'airain gronda;

Tous deux, l'un est roi, l'autre est prêtre,

Chantent ; comme le chien son maître

La fournaise vient les lécher;

Et pour ce front, et pour cette âme.

Un panache sort de la flamme.

Une mitre sort du bûcher.

Nemrod vit, et près d'eux flamboie;

Il éclabousse leur brasier ;

Il étale l'horrible joie

De la trompette et de l'acier ;

Il va, splendide, affreux, sonore;

Il frappe, il tue; et l'on ignore.

Quand sur eux le regard descend,

Si la flamme, hydre aux sombres ailes,

Crache sur Dieu plus d'étincelles

Que le fer de gouttes de sang.

Midas, docteur, est dans sa chaire; Sur le champ, sur l'être hébété, Il souffle la nuit, la jachère,

ILS SONT T(H'.hM'I{S LA. io.>

Le sommeil, l'imltécillilr;

l'rès (Je lui, pemlaul (|u"il ciisei^'iie,

Un géant aveu<^le (|iii .sai<fue

Suit ù làlons un noir cliemin;

Car l'ombre éloulle lespéranee,

(lar dans ses deux mains l'ij^noranee

Tient les deux yeux du genre luimuin.

Cham est vivant, le fils infâme;

Il brille, il est jeune, il est beau;

11 noie aux débauches son àme;

11 rit de son père au tombeau;

11 n'a même plus de mémoire;

Un flot sourd croît dans la nuit noire,

11 n'en sait rien; et sans ennui.

Sans peur, sans chercher de refuge.

Il entend le bruit du déluge

Qui remonte derrière lui.

Judas n'est pas mort; il trafique;

11 travaille aux pièges tendus;

11 est le marchand magnifique

Des Christs livrés, des dieux vendus;

Sa drachme est un astre ; il partage

Son àme avec Londre et Cartha^e;

Judas domine les vivants;

Debout sur la terre, heureux, blême,

Fier, les mains pleines d'or, il sème

De la trahison dans les vents.

Dracon, juge, emploie au supplice

Du divin esprit Légion

Quatre forces saintes, Justice,

Famille, Ordre, Religion;

Sous son fouet la Vérité râle;

11 torture cet ange pâle

Sur l'horrible échafaud vermeil;

Et, front d'airain et cœur de pierre,

Fait écarteler la Lumière

Aux quatre chevaux du soleil!

Messaline n'est pas levée;

Elle est toujours là dans son lit;

C'est à peine, la réprouvée,

Si, quand vient l'aube, elle pâlit;

Toujours belle, calme, effrontée.

Elle éclate d'un rire athée

Sans pudeur, sans peur, sans ennui;

La prostituée éternelle

A changé de nom et s'appelle

Conscience humaine aujourd'hui.

Le vieux Gain, aïeul prospère.

S'est fait un trône de l'affront; Les crimes lui disent : mon père!

Il baise les vices au front.

Il rit de voir partout le glaive, Et, sur toutes les croix qu'élève A tous ses étages Babel,

ILS SONT TOli.KM KS LA. i:.

Aux <^il)('Is (|ii'oii liail on i'(''vèi'e, A Moiiiraiteoii cuiniiu' au (lalvuirc, l/iniiucnso caduvrf (I'AIk'I.

Ils sont lihres, joyeux, superbes; Les vils ehantent les meurtriers; Tous ont les uiains pleines de gerites, De fleurs, de rayons, de lauriers; Qui ne voit qu'eux cesse de croire; Toute la honte est de la gloire, Et c'est Dieu (jui semble puni; Sous le firmament qui s'efl"are.

Ils passent, comme la fani'are Du néant devanl linlini.

A l'autre extrémité du monde, Satan, le sinistre oublié, Satan, le responsable immonde.

Seul, farouche et triste, est lié :

Au-dessus de ses fils sans nombre, Satan rêve, adossé dans l'ombre Au poteau de l'immensité; Et, debout sous les cieux funèbres.

Il a ce masque, les Ténèbres, Et ce carcan, rÉternilé.

28 avril 187o.

FULGUR

L'océan me disait : 0 poëte, homme juste,

J'ai parfois comme toi cette surprise auguste

Qu'il me descend des cieux une immense rougeur;

Et je suis traversé tout à coup, ô songeur,

Par la foudre sublime, irritée et haïe,

Comme toi par l'esprit sinistre d'Isaïe;

Les éclairs sont mes cris, les foudres sont ma voix;

Je gronde sur l'écueil comme toi sur les rois;

Je suis l'avertisseur brusque, horrible et céleste.

L'énorme bras de feu m'associe à son geste

Quand il menace l'ombre et le bagne infernal.

On est beau par Virgile et grand par Juvénal,

Et mon gouffre le sait aussi bien que ton âme;

J'ai, comme toi, l'azur, une douceur de femme.

Une gaîté d'enfant', des vagues pleines d'yeux,

Des aurores où rit le ciel pi'odigieux,

Des écumes parfois blanches comme les cygnes;

i:(H:f:.\.\ me djsmï .- o l'oi/n: vm

Les astres par-dessus mes llols se foui des si^nu's,

Kl se (lisent ; Viens donc le niii'cM- dans la mer.

.le snis le nivcan |iiir, le précij>ice clair;

J'ollVe mes goulles dCan nnit et jour aii\ !)riris dlicihc

Mais je fais peu de cas de tout ce bien superbe,

De ce vaste sourire épanoui sur tout,

De celle grâce où l'ond»re en clarté se dissout.

De ces llols de cristal, de ces ondes de moire;

Et le passage alïVeux du tonnerre est ma gloire.

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