I.c iKv. (Ml l'ail', au loml de hiulc chose assis
Où lu vois des ^éanls, je vois des raccourcis.
Ce (juc lu vois luonlei", moi, je le vois descendre.
Tu Tois la Hamme aux fronts, je vois aux pieds la cendre.
Tout lient à la façon donl nous sommes placés.
ZKNITH.
Le bleu malin dorait l'iierhe dans les fossés;
Les froids tombeaux, devant le porche de l'église,
Dormaient. Au coin du bois Pierre rencontra Lise,
El lui dit : — Viens. — Où donc? — Au bois. — Je ne veux pas.
Les moissonneurs prenaient à l'ombre leur repas ;
Les gais pinsons jouaient sur les pierres des tombes.
— Oh! là-bas, sur ce loit, vois toutes ces colombes! Dit-elle; et Pierre dit : — C'est chez moi qu'on les voit. Viens les voir. J'ai ma chambre au bord de ce vieux toit. J'ai chez moi la colombe et sa sœur l'hirondelle.
Tu pourras dans tes mains les prendre. — Vrai? dit-elle, Dans mes mains? ^ — Dans tes mains! Viens-tu? — Je n'ose pas. Le sentier, complaisant ou traître, pas à pas, Les mena tous les deux, pensifs, vers la chaumière. Tout le long du chemin Lise avait peur de Pierre. Pierrfe dit : — C'est ici. — Dans l'escalier étroit Leurs souffles se mêlaient. Les colombes du toit. Les entendant venir, fuirent à tire-d'aile.
— Où donc est la colombe? où donc est l'hirondelle? Dit Lise; et Pierre dit tout bas : — 0 ma beauté,
Les oiseaux sont partis, mais l'amour est resté. Des roses emplissaient ce nid d'une odeur d'ambre; Elle entra rougissante... —
NADIR
A l'angle de la chambre, Le vieux Satan riait dans sa barbe de bouc. Lise en ôtant ses bas chantait l'air de Malbrouck.
ZKN ITII.
Jacque, après son travail, las, brûlé par le hàle, Rentrait chez lui, son pain sous son bras. Maigre et pâle, Une femme passait son enfant à la main.
— Du pain! ci"ia lenfant. — La mère dit : — Demain. L'enfant ploya son front comme loiseau son aile.
— Je ne crois pas en Dieu; mon fils a faim! dit-elle. Le pauvre doux enfant dit : — Mère, ce n'est rien. — Jacques donna son pain. 0 Jacques, tu fis bien.
Pour que la mère croie, il faut que l'enfant mange.
NADIR
Le mioche était horrible et monstrueux. Cet ange
Louchait ; il ressemblait vaguement à Dupin ;
Et, pendant qu'il mangeait, son nez noyait son. pain.
ZÉNITH
L'œil de chair ment. L'esprit c'est l'unique prunelle. Les prophètes muraient leur grotte solennelle, Et, dans l'ombre engloutis, vivaient dans la clarté. L'âme ignore la nuit comme la cécité.
/KM TH. — NADIll. «73
I/àiiu' voil M Irnvcrs les paiipii-ros formées. 0 piii'rs visions des choses imiommL'cs! Mujoslô (lu voyant (pio rcsjHMl seul condiiil, Qui n'a |»lus i^uc son àiiic ouverte dans la nnil ! Millon elail aveugle.
i\ Al>l II.
Et Camoëns t'nl borgne.
ZÉNITH
0 Dieu, je suis heureux! je contemple.
>.VUlll.
Je lorgne.
Platon conleniple, et Juan lorgne; il a l'teil battu, El Vénus dit tout bas à don Juan : Montes-lu?
ZÉNITH
Silence !
NADIR
Mon don Juan, mon beau faquin robuste, Dit Vénus, ce Platon n'est bon qu'à faire un buste.
ZÉNITH
Tout est bien, tout est beau.
NADIR
Hein? Plaît-il? S'il vous plaît?
J'ai tant cherché le beau que j'ai trouvé le laid. Tout est mal.
ZÉNITH
L'idéal rayonne, astre immobile.
N A D I li .
Satan m'a fait cadeau de l'âme de Zoïle ;
Je me la mets dans l'œil en guise de lorgnon.
ZÉNITH
Tout olorilie...
NADIR
A bas!
ZÉNITH
Et tout affirme...
NADIR
Non!
ZÉNITH
Le sage, inaccessible à vos vices funèbres, Hommes, est votre pbare au milieu des ténèbres.
NADIR
Socrate était ivrogne et Thaïes libertin.
Croyez.
NADIR
Le vrai pas plus que le beau n'est certain. Qui semble un singe aux grecs semble un homme aux osages.
ZÉNITH
Démocrite, Heraclite étaient les deux visages Du genre humain.
Zr.MTII. - NADIi;.
.N Alll K.
Ccsl Jean (|iii pli'iirc cl .Icaii i|iii l'il, r/osi loi, ZiMiilIi, cl moi, .Nadir.
ZKNll 11.
Sinistre esprit, Nappi'Ofho pas ton nom du mien.
N.VDIU.
Bah!
ZÉNITH
Tais-toi^ fange!
NADIU.
.Monsieur, je suis un iliable et vous êtes un ange ; Mais quand vous vous tachez de la gaîté que j'ai, Je rêve que quelqu'un vous a pris voire g.
ZÉNITH
Qu'Eve, par loi perdue et dont lu fis la honte, T'écrase sous son pied !
NADIR
Que Balaam vous monte !
ZÉNITH
0 Dieu vivant, pardonne au rire immonde et noir,
Pardonne au rire misérable, Toi qu'adore, incliné comme larbre du soir,
Le juste sombre et vénérable!
Le rire hurle, et mord le bas du lirmamenl;
Il déchire, il souille, il écume, Trouble la tombe, et crache, avec un grincement.
Sur le monde, encensoir qui fume.
Regarde sans courroux le rire furieux.
Le rire que rien ne désarme,
Dieu, vie, abîme, espoir! grand œil mystérieux D'où tombe l'homme, cette larme I
23 novembre 1833.
LE LIVRE DRAMATIOUE