SCÈNE II
Lks MftMF.s, NKLLA, OEOROE.
GEORGE
Nella!
NELLA
George! — Ami, je vous renvoie.
GEORGE
NELLA
A bientôt.
Oui. Prenez garde qu'on ne vous voie.
Quel malheur que je sois fille noble!
Et que moi
GEORGE
Je sois roturier!
NELLA
George !
GEORGE
Oh! je ne sais pourquoi, Mais je fais en moi-même un roman. J'imagine Que je ne connais point au vrai mon origine. J'ai le pressentiment d'un destin inconnu. Mais non, je ne suis rien que le premier venu. J'ose vous adorer, Nella.
LE DUC GALLUS, à part.
Quelle bravoure !
NELLA
Profitez du moment où mon père laboure Au fond de son enclos, et fuyez par le bois.
LE DUC GALLUS, à Gunich.
Son père? est-ce un soldat, ou bien un villageois?
Par la fenùlrc il montre à Gunich quelqu'un au dehors.
C'est ce bon vieux là-bas courbé sur sa charrue.
GEORGE
Vous êtes sur ma cendre une flamme apparue ;
Sans vous je ne vis pas. Quand pourrai-je, à genoux.
Vous épouser?
MAKGAIUTA. -Joi
Ilélas! je lie sais. Cachoz-voiis.
Mon père (*st ciicor |il('iii d'orgueil nobiliaire.
GEOUOi:.
Le donjon vieillissant n'a pas honte du lierre. Pouniuoi ee vétéran me repousserait-il?
Mon chaste amour ressemble à son farouehe exil. Nous serions là, devant son front que l'âge ploie, Nous aimant, et quel mal lui ferait notre joie?
NKLLA.
11 est bon. Attendons. Dieu nous aidera.
GEORGE
Non.
J'accuse Dieu. Pourquoi suis-je un homme sans nom?
NELLA
Ami !
GEORGE
Mon âme est franche et mon destin est louche.
George !
NELLA
Le duc Gallus fait des efforts pour voir >'ella sans y parvenir. LE DUC GALLUS, à part.
Entendre la voix, c'est presque voir la bouche. C'est égal ! maudit mur !
poftsiE. — XV. 2G
GEORGE
Ah ! sort infortuné !
Pourquoi suis-je puni? parce que je suis né. Il fallait naître noble. Hélas, le grain de sable Est-il de son néant coupable et responsable? Ah! quel accablement! j'aime au-dessus de moi.