‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 32 sur 97 · G U NIC H · texte numérisé non relu

G U NIC H

Et de qui?

LE DUC GALLUS

D'elle!

De lui!

Vous allez vite en besogne. Comment, \ ous avez vu de loin cette belle, un moment, Prince, et voilà le feu qui prend à votre altesse!

pof.siE. — XV. 25

LE DUC GALLUS

Être vite amoureux, c'est de la politesse.

Et puis, chacun son genre, ami. C'est ma façon,

A moi, de me hâter de perdi'e la raison.

GUNICH.

Faites.

n rit.

LE DUC GALLUS

Quoi! l'on m'indique en ce donjon sinistre Une belle! j'accours, — et tu ne veux pas, cuistre. Dadais, triple crétin, qu'en ce pays de loups J'enrage et que je sois furieux et jaloux! — Je trouve mon neveu qui courtise la dame!

GUNICH.

Vous usurpez le trône, il usurpe la femme. Carambolage.

LE DUC GALLUS

11 a la bride sur le cou.

N'étant pas roi, qu'a-l-il besoin d'un garde-fou? En fait de liberté jamais je ne lésine. Il est étudiant ici près; il voisine.

Il était sur la piste avant moi. C'est llagrant. Mais, bah! je lutterai. Sais-tu qu'il est fort grand, Ce petit?

GUNICH.

C'est un homme.

.MAil(,AKIiA. 1!);

UK Dl'C (;am.us.

Kii uiilrc il a l'usluce

hrlrc hcaii.

(iUMCll.

l'it'loiulanl à deux Irtinchanls.

Avec un souriru.

Je l'eusse Supprimé.

LE DUC (l.VLLUS.

Ce garçon est deux lois mon rival.

Droit, mince, il doit avoir bonne mine à cheval.

LE UUC GALLUS.

En politique il a son droit, et près des femmes Sa ligure.

(lUNlCH.

U fallait, lorsque nous triomphâmes, En linir de l'enfant. Certe, ainsi nous eussions Dans leur source extirpé les révolutions. L'obscure pression des successeurs possibles Trouble un règne; un amas d'incidents invisibles Se forme, et le pouvoir ne peut se maintenir. Qui veut régner doit faire eunuque l'avenir. Monseigneur, on verrait du fait qui vous tracasse Rire Machiavel.

LE DUC GALLUS

Et plus encor Boccace.

Oh! ce George! abuser de ce qu'il n'est pas roi Pour aimer, profiter de son retrait d'emploi Pour me prendre ma place ici. Quelle canaille! Dois-je persévérer? faut-il que je m'en aille? Conclusion : je suis dans un bois et volé. Cupidon à Jupin escroque Sémélé.

George est dans le réel, moi je suis dans le rêve. Satan, jadis, prit-il Adam? Non, il prit Eve. Adam, c'est la puissance, Eve est l'amour. Satan, Entre les deux façons qu'on a d'être sultan. Choisissait la meilleure en s'adjugeant la femme. Moi, j'ai fait le contraire. A présent je réclame. Trop tard. Empanaché, bardé d'un grand cordon, Je suis Mamamouchi battu par Céladon.

Mon neveu rit, je règne; il vit, je me lamente, Et j'enrage. Et je vois dans ses mains mon amante Au pillage. J'ai l'ombre, il a la proie. Et moi, Morbleu, je me sens dupe à force d'être roi!

Prince, vous êtes l'aigle, et vous planez.

LE DUC GALLUS

Sans joie.

Le prince est un niais puissant; l'aigle est une oie. Les palais, la fanfare, et les arcs triomphaux. L'amour des sujets, l'or, le faste, c'est du faux; Le trône nous enferme en son cercle héraldique; Celui qu'on aime est roi; celui qui règne abdique. Donc, voyant le garçon, beau, jeune, épris, pas vieux.

MAIKiAUlTA. l'J-

Vous en êtes jaloux.

LE UUC CALLUS.

Non. J'en suis envieux!

Vois-lu, l'heureux c'est lui, nu>i je suis i'iniljéeile. Je ehanijerais.forl bien avee lui.

GUNICH.

C'est facile.

LE DUC GALLUS

Non, s'il est aimé.

GUNICH.

Quoi! vous tremblez, vous!

LE DUC GALLUS

GUNICH.

Vous, prince!

LE DUC GALLUS

On prend un trône, on ne prend pas un cœur. Pourtant je lutterai.

GUNICH.

Mais il est d'autres femmes.

LE DUC GALLUS

Non.

Surprenant un ric;uu'iiienl de Gunich.

Sous ta flatterie on sent tes épigrammes.

Moqueur !

Tu penses que je suis inepte. Je te dis

Que mes aïeux livraient bataille un contre dix,

Qu'étant grison, je dois affronter ce jeune homme,

Que j'ignore comment celte fille se nomme,

Que j'ai marché dans l'herbe et bu dans les ruisseaux,

Que depuis ce matin j'entends un tas d'oiseaux

Qui font l'amour dans l'ombre au-dessus de ma tête,

Que George est bien plus fort que moi puisqu'il est bête.

Du moins je le suppose en voyant son succès.

Que je devrais m'enfuir si je réfléchissais.

Que, puisque cette fille habite une masure.

Elle rêve un palais, qu'elle est vaine, peu sûre,

Coquette, pauvre, avec des fleurs dans ses cheveux.

Et que c'est pour cela, butor, que je la veux!

Je te dis qu'il n'est pas d'autre femme sur terre.

Le couple se croit seul en ce burg solitaire, Observons-les. J'entends dans l'escalier des pas. Ce sont eux. Les voilà de retour ici-bas.

LE DUC GALLUS

Que de choses seront à la mort révélées! On saura le secret du vent, des giboulées. Des roses, de l'instinct féminin et viril. Des madrigaux dont est formé le mois d'avril!

L'œil tourné vers l'escalier.

Ils descendent du ciel en effet. Quelle ivresse. Être deux amoureux! Que Chloé soit traîtresse.

MARUAlUiA. l!Mt

Qu'imporU'! Dapliiiis Ix-lc csl un lifiiiciix Ixirgcr.

l'iiriiissont CrorRO vl Ncllii. Ils ilcscciuluiit l'usoiilior île la louri'llo, (icopge li' pruiiiii-r (iDiiiiiiiit Iji inaiii îi NkIIii. Lo duc (inlliis et (iunich se retirent i-ii nrrii're de la tourelle, d« fav"" h n'iMrc pas apurons. De ce recoin, le duc ne voit que (ieorge. .N'eji» reste sous la |>orlc de la Idun-lle debout sur lu dcrniiTc iiiurchc de l'escalier. Le duc contemple la horiiii' iiiiiir île fieorge.

Docidôinenl, viiij,;! ans, c'est charmant. C'est léger. Vinjft ans, cela se porte au croc de la moustache. Klle, je ne peux pas hi voir, le mur la cache, ('opernic n'a jamais prévu, j'en suis bien si'ir, Celle occultation d'un astre par un mur. Georije est beau !

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