‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 39 sur 97 · NELL.V · texte numérisé non relu

NELL.V

Parfaitement.

LE DUC GALLUS

Vous êtes?...

NELLA

Sa petite-fille.

Elle salue le portrait avec gravité, puis se redressant.

Oui. Les tambours, les trompettes L'annonçaient. Maintenant, il dort dans son linceul. Les autres généraux l'admiraient. Mon aïeul Étant le plus prudent était le plus terrible. 11 était infaillible, il était invincible. Et l'empereur, présent, voulait qu'il commandât.

LE DUC GALLUS

Et son fils, votre père?...

NELLA

Est un simple soldat.

Elle salue le portrail, puis se retourne vers le duc.

Mon père est le baron d'Holburg. La destinée

L'avait brisé déjà que je n'étais pas née.

On n'apprend point l'histoire aux femmes, c'est pourquoi

Je ne vous dirai pas si ce fut pour le roi

Ou l'empereur, si c'est pour la Prusse ou l'Autriche,

Qu'étant noble, il donna son sang, et qu'étant riche,

MARCAUITA. ^iir;

Il (Idiiiia s(»ii iii'jifont JHscjuaii dernier écu ;

Je sais (|iril ciil le lorl drlrc jxhii- le vaincu.

Le vain(|nem' le iVappa. L'on mit sous le séquestre

Ses fiels seiji^neuriaux rayés de l'ordre équestre.

Puis on le lit soldat, (^e hnrg fui son exil.

Tout paysan pour lui devint un algua/Jl ;

Les murs tombent, hélas, et les cœurs dégénèrenl.

Ceux qu'il avait jadis nourris, l'espionnèrent.

Mon père n'eut plus droit de porter l'éperon.

Défense de lui dire excellence et baron.

11 laboure son champ. Lui, cousin des margraves.

Quoiqu'il fût le plus brave au milieu des vieux braves.

Les jeunes officiers n'ont pas l'air de le voir.

Il fait le blé, je fais le pain. Calme, le soir,

Il s'en revient, traînant le soc parmi les plaines,

Tandis que le soleil descend dans les grands chênes.

Nous buvons l'eau du ciel qui remplit le fossé.

Il ne parle jamais de ce qui s'est passé ;

Si quelqu'un par hasard lui fait une demande,

II répond : J'ai servi la patrie allemande.

Et se retire, un peu plus fier qu'auparavant.

Il songe volontiers dans les bois pleins de vent.

Il a le front pensif de l'homme qui persiste.

Il est vieux, seul, vaincu, proscrit. Il n'est pas triste.

On sent qu'il porte en lui la cause juste. II croit.

A mesure que l'ombre autour de lui s'accroît

Je vois dans sa prunelle augmenter la lumière.

Son donjon lentement devient une chaumière.

Il regarde souvent ce portrait, son trésor ;

L'épaulette de laine à répauletle d'or Raconte son histoire et parle de la guerre, Et je vois mon aïeul qui sourit à mon père. N'ayant point de quoi mettre une tuile à son toit, Mon j)ère dans sa chambre en ruine reçoit L'averse quand il pleut et le froid quand il vente, Et moi je suis sa fille et je suis sa servante. Et c'est ce qu'on appelle être un homme déchu.

LE DUC GALLUS, à part.

En entrant je voulais chiffonner ce fichu;

— Maintenant, — est-ce donc le sol qui se dérobe? -

Je suis prêt à baiser le bas de celte robe.

Haut à Nella.

Je ne suis pas très fort en histoire non plus. Votre père appartient aux âges révolus.

Mais, voyons, qu'a-t-il fait?

NELLA

De ce qu'a fait mon père, Je ne sais rien du tout, sinon que j'en suis fière.

LE DUC GALLUS

L'empereur pourrait, tout étant calme aujourd'hui. Lui faire grâce.

NELLA

Hein? lui faire grâce! à lui!

le droit de faire De qui donc croyez-vous parler?

Lui seul aurait le droit de faire grâce aux autres.

maiu;auita. «ii-

D'un seigneur.

i.r, dim: r. .\i,Lirs.

De riiii (les noires.

NELLA

Les seigneurs sont aussi eourlisans.

Poinl. Nous sommes, mon père et moi, des paysans. Mou père est un soldat, je suis une vachère. Notre chute profonde et haute nous est chère. Ah! lui peut s'appuyer aussi sur mon honneur! Mon père est en dépôt dans mes mains. Son bonlieui' Est mon devoir. Je sais que je dois être forte. Je suis le seul débris de sa famille morte; 11 n'a que moi. Vivez, vous les hommes dorés! Oui, mes vaches, je vais les traire dans les prés. J'aime leurs grands yeux bleus qu'on dirait pleins d'un rêve; Elles donnent leur lait à vous tous ; je me lève De grand matin, je cours, je saute les fossés. Je me mouille les pieds dans l'herbe; je ne sais Si le roi Frédéric combat l'empereur Charle ; Mais elles, dans les champs, m'attendent; je leur parle; Chacune semble heureuse et gaie en m'écoutant ; Elles lèchent mes mains, et j'ai le cœur content Dans la grande nature, et loin de vos chimères, Moi bonne fille, avec toutes ces bonnes mères.

LE DUC GALLUS, à part.

Je ne sais pas pourquoi je tremble comme un sot, Serais-je un honnête homme à mon insu? L'assaut!

POÉSIE. — XV. g(j

Vite! donnons l'assaut.

Haut à >ella.

Que diriez-vous, madame, D'un prince qui voudrait vous apporter son àme, Son rang, ses millions, son nom grand et vainqueur?

NELLA

Le nom est quelquefois le contraire du cœur;

Nom auguste, esprit vil; nom obscur, âme illustre.

Parfois le pâtre est prince et le monarque est rustre.

Ici c'est l'ombre. On n'a pas vu, dans ce manoir.

De princes, et l'on trouve inutile d'en voir.

Et j'ai toujours pensé, quant à moi, qu'une altesse,

C'était de la grandeur, mais de la petitesse.

LE DUC GALLUS, à part.

Brusquons.

Haut.

Vous devez, car il faut bien être heureux. Avoir un amant.

NELLA, le regardant fixement.

Moi!

LE DUC GALLUS

Pardon. Un amoureux.

NELLA

De quoi vous mêlez-vous? Venez-vous des étoiles Pour oser reafarder l'âme à travers ses voiles ! Si j'aime, mon amour s'ajoute à mon orgueil.

M A lu; A lU TV. Ji'.t

Il ol pur-, ij^nivc fl lii-r, t-l ma iiirri' an (•crcinij

Le sail. (Il altciulaiil (|ii(' mon jure le sache.

I, iinioceiico se voile cl la l'aille se cache.

.1»' ne me eaelie pas. Aimer est ma grandeur.

Mon secret est sans honte et n'est pas sans pudeur.

Mon cœur cherche la nnil, mais ne craint pas le blâme.

L'œil (le Dieu reste ouvert dans l'ombre de mon àme.

Le duc veut |)arlcr. Elle lui impose silence du geste.

,Ie comprends. Une fille est chez un paysan. On se dit : .VUons-v.

Klie lui uiunlrc la porte.

C'est bien. Allez-vous-en.

Le duc se lève.

Ch» n'entre pas ici par une ligne courbe. Ah! je sais distinguer le cœur vrai du cœur fourbe. L'ange et le tentateur n'ont pas la même voix ; Le loup n'est pas le chien fidèle ; et dans les bois Le chant du rossignol n'est pas le eri du merle.

LE DUC GALLUS

Je cherche un grain de mil, et je trouve une perle. Attrapé.

NELLA

Sortez.

LE DUC GALLUS

Mais...

A part.

Je suis chassé!

Entre George par la brècte, essoufflé, sans voir le duc.

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