I.Onn EFFINCHAM
Des sonnets!
ZABETH, il C allas.
Laclos prête sa femme au duc de Nivernais.
Que dites-vous d'un homme acceptant cet opprobre?
(;.\LLUS , coutinuaiit sa conveisalion coinriie s'il u'eiiteudait pas Zabelh.
Les pléiades, docteur, qu'on voyait en octobre A l'est, sont maintenant à l'ouest. Sans Kepler Cela serait obscur; grâce à lui, c'est très clair.
ZABETH , insislaiil. à Gallus.
Le duc lui prend sa femme.
(;.\LLUS, s'asseyant.
Eh bien! il la conquise.
KSCA. — LA .MAIKJLISK /A IIKT II. 5S1
On est Irrs liicii assis dans vos fauteuils, niiir(|uis(>. Dilcs-iiioi donc If iioiii de vnlrc tapissier.
Il sr Idiiiiir vi'is les pi'lils seigneurs i'|)«rs l'I cuusuiit aussi de lui.
Allons-nous voir ee soir Brizard officier
En jj^rand prèlrt> lia^i(|ue? on dciniK^ Moiitriu Dtc.
Il se reint't ti riiuser avec le douleur.
LK YICOMTK I) K TIIOUAUS, au duc de Muiilbaion. Miiiitraiil /.alu'tli.
Nous sommes tous ici ses amants, je présume. Le duc ne s'aperçoit de rien. Vois comme il rit.
LE DUC DK MO.M'B.VZON.
Il s'aperçoit de tout, mais il a de l'esprit.
LE DUC DE CRÉQUl, au vicomte.
Le crois-tu bête au point d'aimer cette donzelle?
Zabclh prèle l'oreille.
ZABETH, il pari.
Donzelle !
LE DUC DE CRÉQUl, au vicoinle.
Vois-tu bien, celle qu'on paie et celle Qu'on aime, c'est deux.
LE VICOMTE DE THOUARS
Mais d'autres sont fort épris.
LE DUC DE CRÉQUl.
Pas lui.
LE VICOMTE DE THOUARS, montrant la crédencr>.
Vois ces cadeaux.
LE DUC DE CRÉQUI, regardant les dianinnts.
L'écrin est d'un grand prix, Gerte !
l'aBUÉ, flairaiil le bouciuel.
En hiver, des fleurs de serre!
ZABETH, à Gallus.
Votre altesse Est poëte.
GALLUS
Jamais.
ZABETII , lui tendant le pli qu'elle a à la main.
Lisez donc ceci.
GALLUS
Qu'est-ce?
Il prend le papier et y jette un coup d'œil.
Des vers. Fi donc !
ZABETH.
Comment les trouvez-vous?
GALLUS, les parcourant négligemment.
Mauvais.
ZABETH.
Vous les trouveriez bons si vous les aviez faits.
ESCA. — LA .MAUgUlSE ZAUETll. ^28ii
GALLUS
Dieu m'en garde.
ZA IIKTII.
Ces vers sont jolis.
GALLUS
Plais.
ZABKTH.
Vous êtes Conlrarianl.
GALLUS
Des vers d'amour sont toujours bêtes.
L'abbé se remet à flairer les roses de Chine. L ATiBK, se retournant vers Zabeth.
Beau bouquet !
LE DOCTEUR, ii Zalielli.
Qui vous l'a donné?
ZABETH , montrant le bouquet à Gallus.
Qu'en dites-vous?
GALLUS
C'est un de ces. bouquets qu'on a pour trente sous Chez la fleuriste au coin du pavillon d'Hanovre.
L ABBEj admirant les diamants.
Bel écrin !
ZABETH.
Je ne sais qui me l'envoie.
POÉSIE. — XT. 37
GALLUS
Un pauvre Évidemment. Écrin médiocre et fané.
ZABETH.
Vous le trouveriez beau si vous l'aviez donné.
LE MARQUIS DE COCHEP^ILET, à Zabeth.
A propos, des hautbois dans un parc, c'est classique. Les jardins d'aujourd'hui sont faits pour la musique, J'aime les violons dans les bois, et l'écho Des cors de chasse au fond des grottes rococo. Vous ofTre-t-on toujours une aubade?
ZABETH.
Oui.
GALLUS
C'est fade.
Je ne sais de qui peut vous venir cette aubade. C'était joli jadis, mais la mode en passa.
ZABETH.
Si c'était de vous, duc, vous ne diriez pas ça.
GUNIGH, à part, observant Gallus.
Il a bien dépisté Zabeth.
ZABETH.
Moi, je déclare Ces fleurs belles, ces vers charmants, cet écrin rare. L'aubade, comme un chant des anges afTaibli,
LSCA. LA M A Kg LISE ZAliLlii. 2Ul
.Me IxTcc. *'l le malin m apporta un peu d oiiljli. (l'csl aïKiiivmc. Soil. Moi, pour ne v'n'n vous laire, Si jr savais (|ui in'oflVe, avec tant de mystère, Tant de yalaulerie, oui, je pourrais...
(iALLUS.
Eh bien?
ZABETll.
L'aimer.
LOUD EKFIN (; Il AM.
Ils sont plusieurs.
LE DUC UE cm': QUI.
Oh! cela ne fait rien.
A (la II us.
llein? si nous savions qui, les bonnes gorges chaudes!
GALLUS
A part.
Comme ils riraient ! —
Haut.
Les vers, les Heurs, les émeraudes, Et les aubades, peuh!
Il hausse les épaules et pirouette sur ses taloas. ZABETII.
Toujours vous me froissez.
Monseigneur. On dirait que vous me haïssez.
Non.
ZABETH.
Mais ça m'est égaL
LE DUC DE MONTBAZON, à Zabelh.
La haine, c'est province.
l'abbé, il Zabelh.
Ne point aimei", ne point haïr, c'est être prince.
LE MARQUIS, au duc de Créqui.
Duc, en raillant iestoc dont tu nous éblouis, Elle éclabousse un peu ta croix de Saint-Louis.
LE DUC DE CRÉQUI
De sa boue.
Il ril et regarde Zabelh.
LE MAUyUIS.
Elle entend. Prends garde. Tu la blesses.
LE DUC DE CRÉQUI
Qu'est-ce que ça me fait, ces drôlesses?
ZABETH, au.\ écoules, à pari.
Drôlesses !
Ricaiieiueuts autour de Zabelh. lîalhis l'ail un signe. Tous s'approcheDl de lui. Zabelh reste seule à l'autre coin du boudoir.
GALLUS, à demi voi.\, au groupe des gentilshommes.
Je n'ai pas le travers, qu'ont les gens fatigués, D'empêcher, étant vieux, les jeunes d'être gais. Riez. —
ESCA. - LA MAKgUlSE ZAliETll. -m
Au iliii' lie (!ri''<|>M.
Pourvu, UKUi-sicur le tluc cl pair de l'raiicc, Que eela uuillc pas jusqu'à la li'unsparencc. Les feiniiies! y compris la reine, j'ai souci De toutes ces margols autant «jue de ceci;
Il Tuit claquer ses doigts.
Mais, une étant chez moi, l'on ne doit pas en rire. Nous sommes bons amis. Je ne trouve à redire Qu'à de certains clins d'yeux railleurs. Messieurs, milords, C'est compris, n'est-ce pas? car, autrement, alors 11 faudrait voir un peu la pointe des épées.
Il s'approche de Zabeth et lui montre le paysage nocturne au dehors.
Ah! madame, admirez ces belles échappées De clair de lune au fond de ces arbres ! La nuit Kst un profond concert que gâte notre bruit. Ce monde, riiomme ôté, serait beau.
Il revient vers le groupe des gentilshommes.
Mais, j'y pense.
Messieurs, la comédie à huit heures commence.
LE DOCTEUR, tirant sa montre.
Neuf heures.
GALLUS
Hàtons-nous, si nous voulons la voir.
N'y venons-nous pas tous?
ZABETH, il Gallus.
Pas vous. Pas moi. Ce soir Vous soupez tête à tête avec moi.
ïête à le le !
La surprise est charmiinte, et c'est toute une fête. Messieurs, vous entendez. Je vous laisse partir.
A Zabeth.
Je reste.
LE DUC DE MONTBAZON
Comme il va s'ennuyer!
LE DUC DE CRÉQUI
0 martyr!
Tous saluent Gallus et sortent.
Zabeth va à la cheminée et sonne. La porte de droite s'ouvre à deu.\ battants. Entre Sillette, suivie de quatre laquais portant une table à deu.\ couverts sur laquelle est servi un en-cas. Gibier. Vins. Cristau.v. Xu centre, un surtout de table en vermeil avec deu.\ girandoles allumées.
Les valets posent la table au centre du boudoir, et placent un fauteuil devant chacun des couverts qui se font vis-à-vis.
Zabeth l'ait signe à Sillette et au.x valets de sortir. Elle ùte et jette sur un sofa sa pelisse de soie et de martre, sous laquelle elle est décolletée, avec un collier et des bracelets de pierreries.
Elle montre à Gallus un des deu.\ fauteuils et s'assied sur l'autre.
ESCA. - LA MAUnUISE ZABKTII. 2!».-;
SCKNE IV
r..\LLi:S, ZA If Kl II.
OALLUS.
Vous renvoyez vos gens. Solitude complète. C'est tout à fait aimable.
Il s'assied.
Moiitraiil un ^Tand Iruincau à glace derrière Zabetli.
Ah! ce trumeau reflète Des appas, qui feraient tourner la tète...
ZABETH.
A qui?
Pas à vous.
CxALLUS.
Je suis vieux. Mais ce petit Créqui...
ZABETH.
A lui pas plus qu'à vous, prince. D'ailleurs, qu'importe! Je crois qu'il vient un peu de vent par cette porte.
Elle va à la porte du fond, comme pour s'assurer que personne n'écoute, l'entr'ouvre,
puis la referme.
Gallus prend une bouteille, emplit le verre de Zabeth, puis le sien. Zabeth revient s'asseoir.
GALLUS, regardant le couvert.
Joli dessus de table.
Il boil, tout en examinant rorfi'vrcrie.
Oui, j'aime ce sommeil Des nymphes sous des rocs sauvages, en vermeiL
Il prend une pièce de gibier et la découpe.
Le râle de genêt. Fin gibier. Ça patauge Tout l'été dans le thym, la lavande, la sauge, La mauve, et ça devient exquis, surtout avec La choucroute tudesque et le bon vieux vin grec.
II offre une aile a Zabeth, met de la choucroute dans son assiette, et se verse à boire.
Dites-moi, trouvez-vous ici quelque, lacune Dans l'hôtel, dans la table ou le service?