‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 56 sur 97 · Z.\BETH · texte numérisé non relu

Z.\BETH

Aucune.

G AL LU s, désignant du doigt le jardin.

Vous pourriez pour ce parc, c'est un conseil, pardon, Commander deux ou trois déesses à Houdon.

ZABETH.

Tout me vient de vous, duc, je dois le reconnaître.

G AL LU s, tout en mangeant et tout en servant Zabeth.

Ce tout n'est rien, madame. Une femme est un être Charmant parce qu'il est tremblant, fort éperdu. Très frêle, et qui doit être en tout temps défendu Contre tout ce qui peut d'une ride être cause. Contre un frisson d'aurore et contre un pli de rose. Il faut sur son alcôve un chant de séraphin, Le nectar à sa soif, l'ambroisie à sa faim ;

KSCA. - LA M A UU LISE Z A BEI 11. i'.r,

De nos joiii'.s, ce progrès csl ^roùtt- de Tiiiliillc,

Le iit'clar est saulcriit' cl I amhroisit' csl Irulle,

Kl (|uaiil au scra[)liiu, il s'appelle Grélrv.

Des iiiilliuiis! sans (pioi, la rcniine, anj^e ineiirlri,

Lan<;-uil, souffre. Hxisler, iiiadaine, est nécessaire.

Il laul tuer le temps (|ui iu)us licnl dans sa serre;

Donc des plaisirs; toujours, sans trêve, hier, aujourd'hui;

Ou ne saurait percer de trop de coups l'ennui.

Avoir froid est ignoble ; avoir faim est étrange ;

Pourtant, dans un plat d'or sans ridicule on mange ;

Et si la cheminée esl un bijou charmant

Du plus beau marbre, on peut s'y chauffer décemment.

La vie enfin doit presque être un conte de fée.

Je la veux de chansons et de joie étoffée;

Phébus, si cet orchestre à ma guise marchait,

Ne serait pas de trop pour en tenir l'archet.

Morbleu ! je n'entends pas que l'ennui vous assomme.

Je vous protège, moi. Marquise, un galant homme

Prend une femme en gré, sans être un songe-creux,

Sans être pour cela forcé d'être amoureux.

Et, gaîment, au-dessus des misères, l'enlève.

Les besoins de la vie et les besoins du rêve

Se tiennent; c'est la robe avec le falbala.

J'ai tâché de comprendre à peu près tout cela.

Et je prétends, c'est là ma façon d'être tendre.

Vous préserver de tout et de tout vous défendre.

ZABETH, regardant Gallus fixement.

Désirez-vous savoir la vérité?

GALLUS

Fort peu.

Je vous ruine.

GALLUS

Après?

ZABETH.

Je vous trompe.

GALLUS

Parbleu !

Il découpe une aile de perdrix et l'offre à Zabelh.

Des amants, c'est de droit. Moi, par-dessus la tète J'en aurais, si j'étais femme, et, comme c'est bète! Ça n'empêcherait pas que je n'aime quelqu'un. Trompez-moi. Je n'ai pas le goût d'être importun Et jaloux, ni le temps d'être amoureux et fade. Et ruinez-moi. J'aime avoir une naïade.

Une femme, cliez moi, qui, d'un air négligent, Penche l'urne d'où coule à grands flots mon argent.

ZABETH.

Monseigneur, vous m'avez de vos bienfaits comblée. Une pauvre âme fauve aux bois obscurs mêlée. C'était moi. Je vivais dans les lieux inconnus, Misérable, et j'étais une fille pieds nus; On m'avait par pitié fait lire une grammaire; Gomme je n'avais plus mon père ni ma mère. Et que je travaillais beaucoup pour gagner peu, J'étais parfois sans pain, j'étais souvent sans feu.

KSCA. l\ MAKUUISK ZAin-:TII. -J!»it

\'A ji" Il avais pas iiit-im" un miroir. Un j<Mir, sire,

Vous vîntes. Vous m'avez, duc, avec un sourire,

Prise en une caltanc cl mise en un palais.

Tout à coup j eus (les gens, des femmes, des valets.

Je vis vers moi monter, avec un bruit de joie,

Moi, fille de la bure, un Ilot d"or et de soie.

Un océan d'azur, de perles, de sapbirs ;

Et j eus à mon service avril et les zépbirs

Kt l'aurore, et l'éden, avec tout ce qui lente

Et charme, et je devins une femme éclatante.

Aujourd'hui, vous m'avez dorée en me touchant.

Loge à la comédie et carrosse à Longchamp,

J'ai tout, et comme au fond du eiel noir, dans les boucles

De mes cheveux, on voit luire des escarboucles;

Je suis superbe, grâce à vous ; je resplendis.

Je brille, je suis riche. — -

Elle se lève.

Eh bien, je vous maudis !

GALLUS

Tiens, ça vous va très bien d'avoir l'air en colère.

A part.

Que veut dire ceci?

ZABETH.

L'àme en tombant s'éclaire.

Ah oui, contre la faim, le froid, vous l'avez dit. Contre tout ce qui presse, étreint, froisse, engourdit Les indigents sur qui tourbillonne la neige. Une barrière d'or me couvre et me protège;

Vous m'entourez de soins, duc, n'importe à quel prix, Et vous me préservez de tout. — Hors du mépris!

GALLUS

Je vous défends.

ZABEïH.

C'est vrai, mais je vous en dispense.

Oui, de ce que l'on dit. Non de ce que l'on pense.

GALLUS

Ce qu'on pense, ah ! vraiment, ce qu'on pense, en effet, Je ne puis l'empêcher.

C'est vous qui l'avez fait.

C'est pour rire, pas vrai? Vous avez des épaules Charmantes.

ZABETH.

La drôlesse insultera les drôles.

Se tournant vers la porte par où tous sont sortis.

Où sont-ils, ces faquins? ah! vil groupe rieur!

A Gallus.

Savez-vous ce qu'il faut à la femme, monsieur? C'est l'amour. Je n'ai pas ce pain sacré de l'àme, Et je me sens haïe et je me vois infâme. Soyez maudit.

Gallus s'accoude sur la table et la considère avec attention. Elle poursuit.

Ces ducs, ces princes, ces marquis !

Tous ! ils sont monstrueux, à foi'ce d'être exquis !

ESCA. LA MAUUUISK ZAIiKTIi. aoi

Ils iiic j^lacciil. Us st)nl joyeux île (|iiiti ? de liaiin-.

Ils ont la liberté fcroeo ; j'ai la cliaîiH'.

Ils ont une patrie, eux, c'esl rimmeiise azur,

C'est le ciel. Dans la nue, ils inarciienl d un pied sur

Ils sont et)uune des dieux, (tu me mêle à la lète.

J'y vais. J'ai l'air d'en être. Et tout luit sur co faite.

Tout ehante. C'est à (|ui rira, boira, vivra.

Mai'»iuis, que donne-t-on ce soii- à lOpéra?

Veux-tu soupei'? Dansons. .Mille louis. Je joue.

Belle, la rose est pâle auprès de votre joue.

Festins. Chasses. On a des lilas en janvier,

On va droit au plaisir sans jamais dévier.

De l'assouvissement on fait sa destinée,

Et je suis la proscrite, et je suis la damnée !

Vous savez bien, les loups et les tigres des bois,

Je les préfère à vous les hommes.

G.\LLUS, à part.

C'est, je crois, Sérieux.

ZABETH.

Pas d'amour et pas d'espoir! je soufTre. J'ai dans le cœur le vide et dans l'àme le gouffre. Monseigneur! inonseigneur ! que vous avais-je fait? Ah ! l'auguste et profond soleil me réchauffait, Ah! j'avais l'innocente aurore pour ivresse! Ah oui, c'est vrai, d'accord, j'étais une pauvresse. Et parmi les vivants, et sous le grand ciel bleu, Et dans tout l'univers, je n'avais rien, — que Dieu !

Je ne l'ai plus. Abîme! Oui, j'avais pour ressource De cueillir une mûre et de boire à la source, J'étais libre, el j'avais pour ami le rocher. Quelle idée eiites-vous de venir me chercher? Ce Gunich vous aida, votre digne ministre. Vous fîtes ce jour-là, prince, un complot sinistre Contre l'inconnu. Mettre un piège dans les cieux ! Saisir une àme au vol pour lui crever les yeux! Ah! ce qu'on tue au ciel, pour 'l'enfer on le crée. 0 monseigneur, j'étais l'ignorance sacrée. Qu'avez-vous fait de moi? L'aveugle, mal conduit. Maudit son guide traître. Hélas ! j'étais la nuit. Et vous avez été la mauvaise lumière.

Vous fûtes l'incendie, et j'étais la chaumière. Sans doute je penchais vers la faute, mettons Que j'étais coquette, oui, mais j'étais à tâtons, J'hésitais, un conseil honnête m'eût sauvée. Ah ! duc ! vous m'avez fait une affreuse arrivée Dans la chute par l'acre et fausse ascension, Et par l'enivrement dans la perdition!

Oui, j'étais l'alouette. Est-ce un crime? Hélas, être, Moi la pauvre aile folle, et vous le miroir traître. Ce fut notre destin. Moi, vaine et sans effroi; Vous, sans frein et frivole ! A quoi bon être roi Si l'on n'a dans le cœur quelque haute chimère? Duc, laissant, au-dessus du vil peuple éphémère, Votre esprit souverain flotter dans l'absolu, Vous rêviez un grand rêve, altesse ; il vous a plu D'essayer de jeter une âme dans ce moule;

ESC A. — LA MAItolJISE ZAIJKTII. .m

Dcvaiil les viMix (I lin roi I iiilini >c déroule;

(a't^er, rien n'est plus licau ; vous avez, (lue féal,

Voulu réaliser enfin eet idéal,

Le l)ul n()l)le où le e(eur d'un }j[rand prince s'appli(|ue,

Kl e'est poui'(pioi je suis une HUe publique.

Un, c'est le paradis, et l'enfer c'est plusieurs.

Qu'est-ce que j'avais l'ail, eiel juste, à ces messieurs!

.l'ignorais; ils savaient. Un jour, tremblante, nue,

.le me suis vue au fond de l'opprobre, ingénue!

Ah! c'est un crime, c'est un sombre outrage à Dieu,

Ah! c'est l'assassinat d'une àme, et c'est un jeu!

.lusqu'à quel point c'est noir, vous l'ignorez vous-même!

On ne sait pas toujours quel est le grain qu'on sème.

On s'imagine avoir le droit de s'amuser.

Et que, puisqu'on nous dore, on peut bien nous briser!

Vous n'êtes pas méchant pourtant, mais vous vous faites

De nos chutes à nous, tristes femmes, des fêtes !

Ah! la fille du peuple est prise, et le seigneur

L'emporte, éblouissant et louche suborneur.

Et les voilà tous deux dans la même nuée.

Folle, et sa chevelure éparse et dénouée,

La malheureuse rit, et lui l'entraîne au fond

D'une ombre où le démon avec Dieu se confond.

Et l'on s'enivre ensemble, on s'égare, et l'on erre.

Et de ce noir baiser sort un coup de tonnerre !

L'atome, on peut marcher dessus. Non. Je crierai.

Duc, vous êtes le char du triomphe doré.

Mais savez-vous de quoi vous êtes responsable?

C'est de l'écrasement du pauvre grain de sable.

Il cassera ce char dont l'orgueil est l'essieu.

La prostitution, c'est l'hymen malgré Dieu.

Vous n'avez vu dans moi qu'une esclave qui ploie,

Une chair misérable, un vil spectre de joie,

Acceptant ce veuvage éternel, l'impudeur.

Vous vous êtes trompé, monsieur. J'étais un cœur.

Ah ! vous le croyez donc, vous avez fait ce songe

D'être ma providence, et moi je dis : mensonge !

Vous m'avez tout donné? Vous m'avez tout volé!

Vous m'avez pris l'honneur, le nom immaculé.

Le droit aux yeux baissés, la paix dans la prière.

Et la gaie innocence, et cette extase fière

De pouvoir confronter, quel que soit le destin.

Sa conscience avec l'étoile du matin!

Vous m'avez pris la joie et donné l'ironie.

Duc, j'avais le sommeil, je vous dois l'insomnie.

Mon père, ma mère! oh! j'y songe avec remords,

Et je sens la rougeur venir au front des morts.

Vos bienfaits, vos bontés, prince, sont des sévices ;

Vos dons sont des soufflets. Qu'est-ce que j'ai? Des vices.

Par ces hideux passants mon cœur sombre est troublé.

GALLUS

Mais...

ZABETH.

Oh! sarcler dans l'herbe! oh! glaner dans le blé! M'éveiller, m'en aller, sereine et reposée, L'âme dans la candeur, les pieds dans la rosée, J'avais cela! j'avais la sainte pauvreté!

ESC A. LA MAUnUlSK ZAIJKTII. :Kt:

Miiiiilciuml je vois croîlrc autour de moi, Trlt',

I, hiver, sans lin, sans cesse, un luxe énorme, (''Iran^e,

Kail (le plaisir, de |)onr|ire et d'or^fueil, — et de lan^c!

.It> n'ai |»lns rien, je râle, et tout me man(|U(> enliii!

Le mépris, c'est le froid; l'eslimc, c'est la l'aim.

.le dois cette indigence à vos tristes manœuvres.

Monseigneur.

Klli' arnulir sci pariircs.

0 colliers et bracelets, couleuvres!

0 diamants hideux et vils! joyaux méchants! Bijoux traîtres!

Elle les fuule aux pieds.

Où donc ètes-vous, fleurs des champs?

Se retournunt vers (iallus.

Mais, direz-vous, avoir ce lourd fermier pour maître

Meut froissée, et j'aurais eu quelque amant? Peut-être.

.l'eusse pu rencontrer, oui, pourquoi le nier?

Quelque âpre aventurier des bois, un braconnier,

Que sais-je? un voleur! oui, dans l'antre et dans l'ortie,

Un homme commençant, prince, une dynastie.

Un bandit, le fusil sur l'épaule, un rôdeur

Demandant aux monts noirs, pleins d'ombre et de grandeur.

Aux bois, où le soleil dans l'or sanglant se couche,

Une épouse, et j'aurais pris cette âme farouche.

Et j'aurais laissé prendre à cette âme mon cœur!

11 eût été mon chêne et j'eusse été sa fleur.

Et je vivrais ainsi, pauvre avec l'homme sombre,

Habitant le hallier, la fuite, le décombre.

Aussi hors de la loi que l'aigle et le vautour,

POÉSIE. — xv. 39

Nue, en haillons, sans gîte... — Eh bien! j'aurais l'amour!

Et j'entendrais peut-être en cette vie amère

Une petite voix qui me dirait : ma mère!

Et mon voleur aurait de l'estime pour moi.

II serait tendre et bon, n'étant pas encor roi.

Et nous serions tous deux honnêtes l'un pour l'autre.

Tenez, duc, et voyez quelle soif est la nôtre !

Vous êtes prince et vieux, deux choses que je hais.

Eh bien, pourtant, peut-être, hélas ! nos vains souhaits

Gardent au fond de l'ombre une porte fermée.

Je vous aurais aimé si vous m'aviez aimée !

GALLUS

Mais...

ZABETH.

C'est fini. Silence! Avoir rêvé le ciel, Et s'éveiller avec l'arrièi-e-goût du fiel, Et de tous les affronts sentir qu'on est la cible! Hélas ! vous m'avez fait le cœur noir et terrible, Soyez maudit.

Gallus veut parler. Elle l'arrête du geste.

Silence! Il me reste, et c'est beau.

Contre vous, votre ennui, ma haine — et le tombeau.

GALLUS

Mais que voulez-vous donc? dites-le!

ZABETH.

Ne plus vivre.

Elle lire de son sein quelque chose qu'elle approche de ses lèvres.

ESCA. - LA AlAlinUlSK ZAUKTIl. ;i(i7 Qu'u-l-elk' ilaiis la iiiaiii? m'aii(l Dii'ii !

Z.VUKTH.

Ce qui délivre.

Une iiiiil, v(iii> étiez ivre, usajje des grands. ,1e vous ai pris eeci.

Klle iiiuiitrv il Gullus une- bugue.

GALLIIS.

L'anneau !

Zubuth iiiurd viveiiieiit le chaloii, et, paie, tend l'uiiueuu à Gullus. Z.VBETH.

Je VOUS le rends.

Ciel! mais c'est un poison! la mort terrible et prompte!

ZABETH.

Boire la mort n'est rien quand on a bu la bonle.

Elle s'affaisse sur un fauteuil.

Adieu. Je prends mon vol, triste oiseau des forêts. Personne ne m'aima. Je meurs.

Elle expire.

GALLUSj se jetant à ses pieds.

Je t'adorais!

NOUS

Nous sommes les proscrits; nous habitons l'abîme;

Nous assistons dans l'ombre au vil bonheur d'un crime;

Nous regardons l'esprit vaincu par l'animal,

Et l'infâme baiser de la fortune au mal;

Nous voyons des heureux qui sont des misérables ;

Nous parlons entre nous des choses vénérables,

De la liberté morte et du peuple trahi;

Nous sommes les éclairs du char d'Adonaï ;

Nous jetons des lueurs sur les foules fécondes ;

Notre clarté noyée apparaît sur les ondes,

Disparaît, puis revient, et surnage toujours;

Un sombre amour remplace en nous fous les amours;

Nous adorons la France et vivons dans les bagnes.

Ne nous demandez pas d'ébranler les montagnes

Ou de saisir au vol ces noirs alérions.

Le tonnerre, le bruit, le vent, nous l'essaierions!

Nous raillons le forfait qui prétend nous absoudre;

Nous attendons, avec un grondement de foudre.

Graves, roulant en nous l'analhème rêveur,

Que le droit soit la loi, que Dieu rentre en faveur,

Et que le genre humain ait des moments lucides ;

312 NOUS

Nous secouons sur eux qui sont les parricides

Le noir trousseau de clefs de l'enfer entr'ouvert;

Pas plus que le sapin ne cesse d'être vert,

Pas plus que le soleil ne renonce au solstice,

Nous n'oublions l'honneur, le droit et la justice ;

En présence du mal que les despotes font

Nous prenons à témoin le firmament profond ;

Nous écrivons avec une plume de bronze;

Philippe deux, Sylla, Tibère, Louis onze,

Sont là sous notre œil fixe, et tremblent; les saisons

Passent, que nous importe! indignés, nous laissons

S'envoler dans les vents des pages redoutées ;

Si l'empereur est Dieu nous sommes des athées ;

A de certains moments, voyant Satan debout,

Nous nous exaspérons au point de nier tout.

Et l'indignation dans nos cœurs se hérisse

Jusqu'à mordre parfois notre àme, sa nourrice ;

Mais Dieu permet la plainte au juste qui le sert ;

L'été, quelle que soit l'âpreté du désert,

Nous rêvons, écoutant le chant de la cigale ;

Nous avons des petits ; notre table frugale

Est offerte à quiconque arrive et dit : J'ai faim.

Nous contemplons le ciel, nous attendons la fin;

Nous murmurons : Viens, toi, Némésis, qui délivres!

Nous écrivons au bord des mers d'austères livres,

Et ce que nous disons, faisons et publions

Ressemble à la colère énorme des lions.

LE LIVRE LYRIOTÏE

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