‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 74 sur 97 · ENTREE DANS L'EXIL · texte numérisé non relu

ENTREE DANS L'EXIL

J'ai fait en arrivant dans 1 île connaissance

Avec un irais vallon plein dombre et d'innocence,

Qui, comme moi, se plaît au bord des flots profonds;

Au même rayon d'or tous deux nous nous chauffons.

J'ai tout de suite avec cette humble solitude

Pris une familière et charmante habitude.

Là deux arbres, un frêne, un orme à l'air vivant.

Se querellent et font des gestes dans le vent

Comme deux avocats qui parlent pour et contre;

J'y vais causer un peu tous les jours, j'y rencontre

Mon ami le lézard, mon ami le moineau;

Le roc m'offre sa chaise et la source son eau;

J'entends, quand je suis seul avec cette nature,

Mon âme qui lui dit tout bas son aventure;

Ces champs sont bonnes gens, et j'aime, en vérité.

Leur douceur, et je crois qu'ils aiment ma fierté.

Liminense Ktre im-onnu sourit. L'aube réveille Le ciroii, la l'ourmi, la fleur des prés, l'abeille,

Les nids chuchotants, les hameaux, La lorêt aux profonds branchages, les campagnes, L'océan. le soleil derrière les montagnes.

Mon âme derrière les maux.

L'htre rêve. Il construit le lys dans le mystère; Son doigt aide la taupe à faire un trou sous terre;

Il peint les beaux rosiers vermeils ; Et la création, sur son travail courbée. Contemple; il fait, avec l'aile d'un scarabée,

L'admiration des soleils.

Hommes, vos grands vaisseaux qui vont sous les étoiles. Embarrassant les vents dans leurs gouffres de voiles,

Monstres qui s'imposent aux mers, Fatiguant de leur poids la brise exténuée, Et traînant dans leurs flancs chacun une nuée

Pleine de foudres et d'éclairs.

Vos canons, vos soldais, dont la marche olympique D'un coin de terre obscur fait une plaine épique,

Vos drapeaux aux plis arrogants, Vos batailles broyant les moissons, vos tueries. Vos carnages, vos chocs, et vos cavaleries,

Aigles de ces noirs ouragans,

Vos régiments, pareils à l'hydre qui serpente, Vos Austerlitz tonnants, vos Lutzen, vos Lépante,

Vos léna sonnant du clairon.

Vos camps pleins de tambours que la mort pâle éveille. Passent pendant qu'il songe, et font à son oreille

Le même bruit qu'un moucheron.

<>li! ([iioi([uo je sois, sur la grève, Le lïocon d'écume qui fuit.

Quoique je n'aie en moi qu'un rêve, Quoique je sois poussière el nuit,

Quoique je sois un peu de boue.

Un ver parmi les vers humains, Écrasé par ces tours de roue Qu'on appelle les lendemains,

Quoique le mal m'ait dans sa serre, Quoique je sois nu, faible, obscur, Quoique je sois fait de misère Et que tu sois faite d'azur.

Sans fléchir dans ta confiance, Sans te rebuter dans ta foi.

Sainte servante, conscience, Tu vas dans l'ombre devant moi!

Tu vas devant moi, toujours prête, Et tu me montres le chemin ; Le voile du sort sur ta tête, La lampe de Dieu dans ta main !

Tu me dis : — Ta croix te réclame.

Debout! c'est ailleurs qu'on s'assied. — Tu me dis : — Cache ici ton âme.

Tu me dis : — Pose ici ton pied.

Tu dis : — La tristesse est meilleure. L'ombre et le deuil sont nos amis. — Et tu souris lorsque je pleure, El tu chantes quand je gémis.

Tu m'éclaires, calme et ravie, Marche à marche, avec ton flambeau, Toutes les douleurs de la vie.

Sombre descente du tombeau.

XXWFT

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