‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 75 sur 97 · EXIL · texte numérisé non relu

EXIL

Si je pouvais voir, o patrie, Tes amandiers et tes liias, Et fouler ton herbe fleurie.

Hélas !

Si je pouvais, — mais, à mon père, 0 ma mère, je ne peux pas, — Prendre pour chevet votre pierre, Hélas !

Dans le froid cercueil qui vous gène.

Si je pouvais vous parler bas.

Mon frère Abel, mon frère Eugène, Hélas !

Si je pouvais, ô ma colombe.

Et toi, mère, qui t'envolas, M'agenouiller sur votre tombe, Hélas !

Oh! vers l'étoile solitaire, Comme je lèverais les bras!

Comme je baiserais la terre, Hélas !

Loin de vous, ô morts que je pleure, Des flots noirs j'écoute le glas; Jo voudrais fuir, mais je demeure.

Hélas 1

Pourtant le sort, caché dans l'ombre, Se trompe si, comptant mes pas 11 croit que le vieux marcheur sombre Est las.

XWYTir

0 mon âme, en cherchant l'azur, ton vol dévie. Restons dans le devoir ; le devoir, c'est la vie. Rentrons au noir foyer des hommes ; essayons La chaîne des captifs; fais-loi, dans ce lieu sombre,

La servante de l'ombre,

0 fille des rayons !

Reprenons le labeur des saintes délivrances; Faisons la fonction divine des souffrances; Remettons notre lèvre à l'éponge de fîel ; Continuons les pleurs, les deuils, la lutte austère;

Revenons à la terre

Pour retourner au ciel!

POÉSTE. — XV. 54

Tant qu'on veri'a l'amour pleurer, la haine rire,

Le mal régner, Le dogme errer, l'auteur mentir, Néron proscrire, Jésus saigner,

Tant qu'on aura des rois, des églises athées.

D'affreuses tours, Des peuples que la chaîne étreint, des Prométhées

Sous les vautours,

Tant que je sentirai, cœur où rien ne mutile

Le fier devoir.

Que le vol d'une strophe irritée est utile

Dans le ciel noir.

Je combattrai ! Je sais que je serais un lâche

D'être autrement; Je ne me laisserai détourner de ma tâche,

0 firmament !

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l'ar rii'ii, ni |i;ii' aviil. ni par lOnihri- in^rénuc

Des viM'Is taillis, .Ni par les prés en llcui', ni par la j^orj^c nue

DAinaryllis.

lin [)ri'si'nci' de lanl ilc nations <|iii pleurent

Sous le ciel bleu, Des tyrans (jui, blanchis p&r le prêtre, Jemeurenl

Noirs devant Dieu,

Et de vous tous, vivants, en proie aux vils mensonges.

Aux rois voleurs.

Qui lloltez dans un rêve, et n'avez hors des songes

Que les douleurs;

En présence des maux, des crimes et des fautes,

Des longs combats, Des hontes, des orgueils, de tant de têtes hautes

Et de cœurs bas ;

France, tant qu'il faudra qu'une lueur éclaire

L'affreux récif.

Je resterai fidèle à la sombre colère,

Au deuil pensif;

Je dirai sans relâche et redirai sans trêve

La vérité ; Je serai dans l'écume obscure de la grève

Une clarté ;

Je serai ce fantôme, un juge; et ma voix triste

Sera l'écho De ce clairon farouche à qui rien ne résiste

Dans Jéricho ;

Je ne quittei-ai point, grande France trahie.

Mon trihunal!

Avant que je me taise, ô tragique Isaïe,

0 Ju vénal,

0 Dante, Ézéchiel à l'œil visionnaire,

Fier d'Aubigné, On verra dans les cieux s'arrêter le tonnerre

Époumonné.

2 décembre.

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