‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 79 sur 97 · LIII · texte numérisé non relu

LIII

Quand Kschylc au vautour dispute Promélhée, Quand Juvénal détend Rome aux tigres jetée, Quand Dante ouvre l'enfer aux tyrans qu'il poursuit, Ces hommes sont pareils à l'antique euménide; Leur face, <|u'illuniine une lueur livide, Semble un masque d'airain qui parle dans la nuit.

On frémit, tant ils sont terribles! leurs pensées, Sur leurs crânes profonds sifflantes et dressées, Mordant le crime heureux et les monstres rampants, Font aux poètes saints d'effrayants diadèmes, Et semblent sur ces fronts sévères et suprêmes Des chevelures de serpents.

Serpents mystérieux des Minerves antiques,

0 dragons presque dieux, gorgones prophétiques,

Mêlant des cris humains à votre sifflement,

Votre anathème était une leçon sublime;

Vous étiez à la fois, pour le peuple et le crime,

La sagesse sereine et le noir châtiment.

Jersey, i" novembre.

0 misérable amas de vanités humaines,

Rêves! au premier vent qui souffle dans les plaines,

Comme tout se disperse et tout s'évanouit!

Puissance, amour, douleur qui brûle dans la nuit,

Orgueils et voluptés, colères enflammées.

Comme cela se mêle à toutes les fumées!

A quoi bon tant d'ardeur et tant d'emportement

Pour arriver si vite à tant d'abattement!

Hommes ! pourquoi ce bruit, et pourquoi faire attendre

Des colosses au monde? On croit, à vous entendre

Rugir dans le brasier des sombres passions.

Au milieu des fureurs et des ambitions.

Autour de ce que Tàme embrasse, craint, désire.

Que vous êtes de bronze, et vous êtes de cire!

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