DOCUMENT N° XLV
À Sa Grandeur Monseigneur Edouard Charles Fabre, Archevêque de Montréal et Vice-Chancelier de l'Université Laval.
MOoNSEIGNEUR,
Les soussignés, Professeurs à la Faculté médicale de l’Université Laval à Montréal, désirant faire connaître à Votre Grandeur la manière dont ils comprennent leur position dans les circonstances actuelles, et expliquer l'attitude qu’ils ont prise vis-à-vis le bill que l'Ecole de Médecine a présenté à la Législature, dans le but apparent de faciliter une union entre les deux Facultés, prennent la liberté de présenter à Votre Grandeur les considérations suivantes :
Lorsque l’illustre Pontife Pie IX, par un décret en date du l* février 1876, a déclaré que l’Université
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Laval serait la seule université catholique dans la Province de Québec, mais que cetteinstitution devrait avoir une Succursale à Montréal, pour donner à cette ville tous les avantages d’une éducation universitaire, les soussignés se sont empressés de se soumettre à cette décision du Souverain Pontife, qui leur a paru inspirée par la plus haute sagesse, et dans l'intérêt bien compris de tous les catholiques de la Province. En effet, une université bien établie doit être suffisante pour tous les besoins d’une population qui dépasse à peine le chiffre d’un million ; etsi l’on examine ce qui se passe dans les autres pays et surtout en France, on se convaincra sans peine, que l’existence d’une seconde université ne pourrait qu'être préj udiciable à l’intérèt des catholiques. Aux Etats-Unis d'Amérique, qui comptent plus de dix millions de catholiques, on n’a encore qu'une seule université qui n’est pas même encore complétée; en France, lorsque le gouvernement a permis l'érection d’universités catholiques, on s’est aperçu que, pour réussir, il ne fallait pas qu’elles fussent trop multipliées et on a été obligé d’en réduire le nombre à trois. Cependant la France contient trentesix millions de catholiques. Ceci s'explique assez facilement : pour assurer l'existence et le succès d’une université, il faut des moyens considérables qui ne peuvent s’obtenir que par l’encouragement et le concours d’un grand nombre de personnes.
En fondant plusieurs universités, on divise les sources de revenus, on se trouve en présence d'institutions qui végètent et qui se soutiennent misérablement, tandis qu’en n’en fondant qu’une seule, cette université
recevant l’appui de toute la population devient grande et prospère. Ces quelques considérations démontrent suffisa mment la sagesse de l’immortel Pie IX en décrétant qu’il n’y aurait qu’une seule université catholique dans la Province de Québec. De plus, Sa Sainteté Léon XIII, dont la claivoyance et la sagesse sont universellement reconnues, n’a fait que marcher sur les traces de son illustre prédécesseur ; Elle a toujours marché dans la même voie et Elle a déclaré, chaque fois que les circonstances lui en ont donné l’occasion, que l’Université Laval serait la seule université catholique dans cette province.
L'établissement d’une seule université dans la Province de Québec aura pour effet, non seulement d’assurer l'existence de cette université, mais il entratnera d’autres avantages excessivement précieux. La population catholique de cette province se trouve en contact continuel et mêlée à une population protestante beaucoup moins nombreuse qu’elle, mais qui a pu réussir à établir et à maintenir une université de première classe, et qui fait l'honneur non seulement de la ville de Montréal, mais encore de la Puissance du Canada. Si les catholiques ne veulent pas se laisser devancer dans la voie du progrès, ils doivent rallier toutes leurs forces et employer toutes les ressources qui sont à leur disposition, pour fonder une institution qui puisse rivaliser avec celle de leurs compatriotes appartenant à une autre croyance religieuse.
Mais, il faut bien l’avouer, l’union qui devrait exister entre tous les catholiques de la Province laisse
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beaucoup à désirer; l’esprit de parti, l'esprit de clocher, les préjugés de toutes sortes et d'anciennes rancunes divisent toutes les classes de la société, et cela dans le clergé comme chez les laïques. Or, quand tous les membres des classes dirigeantes puiseront leur instruction dans la même institution qui étendrait ses ramifications dans toute la Province de Québec, ces préjugés, cet esprit de clocher et ces rancunes devront disparaître ; en étant forcés d’aller puiser les connaissances et la science à la même source, on apprendrait à se connaître et à s’esti mer ; l’amour que chacun porterait à son Alma mater s’étendrait plus ou moins à tous les élèves de l'institution. Ces con.idérations auraient dû être suffisantes pour amener tous ceux qui désirent le bien de la religion et du pays, à accepter avec empressement la décision si souvent et si clairement formulée par le Saint-Siège, de soutenir l’Université Laval et la Succursale; mais, malheureusement, il n’en a pas été ainsi.
Un grand nombre de personnes, et, ce qui est plus étonnant, un grand nombre de membres du clergé, pour des raisons et des motifs que Vcire Grandeur connaît aussi bien que les soussignés, ne voulurent pas se soumettre, et firent l'opposition la plus acharnés à l'établissement de la Succursale. Ces adversaires de l’Université se servirent de l'Ecole de Médecine comme d’une arme pour contrecarrer les désirs des Souverains Pontifes. Leurs efforts unis à ceux de l'Ecole eurent pour résultat de laisser l’Université Laval à Montréal dans un état assez précaire; et ils commençaient même à espérer de réussir dans leurs
projets, quand le Saïint-Père, qui veille sans cesse aux intérêts de la religion et de la haute éducation, vint par la promulgation de la Constitution Jam dudum déjouer leurs plans et enlever leurs espérances. En effet, toute leur force venait des préjugés qu'ils parvenaient à soulever parmi la population contre ce qu’ils appelaient la domination et le joug de Québec, prétendant qu’en acceptant la Succursale, Montréal, la cité la plus riche et la plus populeuse de la Puissance du Canada, se constituait l’inférieure et l’esclave de la ville de Québec. Mais avec le décret Jam dudum qui donnait à la Succursale une indépendanc: presque complète en lui assurant le contrôle de ses finances, le confectionnement des programmes de ses études, la nomination et la révocation de ses professeurs, les ennemis de l’Université Laval se sentirent désarmés, et ne purent plus faire un épouvantail avec le spectre de Québec dominant Montréal. Le décret, tout en maintenant l'unité de l’Université Laval, donne à la Succursale une liberté si grande, qu’un membre éminent du clergé de cette ville a dit que les deux institutions n'étaient unies que par un fil d’or. La population catholique de la province ecclésiastique de Montréal, doit la plus profonde reconnaissance au Souverain Pontife qui a su trouver, dans sa sagesse, le moyen de donner à la Succursale ia liberté dans l’anité.
Voyant l'impression favorable produite parmi la population par le décret Jam dudum les soussignés profitèrent de son apparition pour faire des propositions d’union à l’Ecole de Médecine, union qui
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aurait eu pour résultat de faire disparaître pour toujours les divisions et les rivalités qui existaient depuis si longtemps et qui étaient la cause d’un si grand malaise parmi le public.
Pour arriver à faire cette union, les soussignés firent les plus grands sacrifices et se soumirent aux plus grande humiliations; Votre Grandeur connaît déjà tout ce qu’ils ont fait dans ce but, ainsi que ce qui en est résulté, de sorte qu’il serait inutile d’entrer dans tous les détails. Maïs, dans les circonstances, les soussignés croient devoir mettre de nouveau sous les yeux de Votre. Grandeur les conditions d’union qui avaient été acceptées par l'Ecole et par la Faculté de Médecine de l’Université Laval à Montréal.
‘ Les deux Facultés devaient donner leurs cours ‘* dans les bâtisses de l'Ecole; les Professeurs de la ‘ Faculté Laval devaient agir comme Professeurs ‘‘ agrégés de l'Ecole, tandis que ceux de l’Ecole deve- ‘ naient immédiatement Professeurs titulaires de ‘ l'Université et s’engageaient à suivre tous les règle- ‘ ments universitaires: cette union provisoire devait ‘{ durer deux ans, au plus, pendant lesquels l'Ecole ‘ pouvait faire tous les actes nécessaires pour conser- ‘{ ver sa charte et son autonomie. Après ces deux ans, “si les Professeurs de l'Ecole ‘voulaient demeurer ‘ Professeurs de l’Université Laval, ils devaient ‘abandonner leur charte et n’agir que comme Pro- ‘{fesseurs de Laval.” Ceux qui ne voulaient pas
accepter cette union ayant soulevé des objections légales contre ce projet, il fut décidé que les Professeurs de l’Ecole favorables à l’union, présenteraient
un bill devant la Législature pour faire disparaître ces objections et pour légaliser les conditions qui avaient été acceptées par les deux Facultés.
Les soussignés, confiants dans la bonne foi des Professeurs de l’Ecole, se mirent à donner leurs cours et ne s’occupèrent aucunement du bill; mais ils furent bien surpris, quand un ami leur fit parvenir une copie de ce bill qui était déjà devant la Législature, et qui demandait pour l'Ecole l’autorisation de faire l’union avec la Faculté Médicale de l’Université Laval à Montréal sur des bases tout à fait différentes de celles qui avaient été acceptées. Par la clause quatre du bill, l'Ecole demandait purement et simplement de devenir la Faculté Médicale de l’Université Laval à Montréal. Comme Votre Grandeur peut le voir, ce n’est plus les Professeurs de l'Ecole qui entraient dans Laval et qui abandonnaïent leur charte, mais ils voulaient devenir la Faculté même de Laval, tout en conservant leur autonomie et leur indépendance. C’était une affiliation déguisée, affiliation qui avait toujours été refusée par l’Université Laval. Il est vrai qu'ils disaient qu’ils voulaient faire entrer dans l’Ecole tous les professeurs actuels de la Faculté Médicale de l’Université Laval, et que c'était pour cette raison que, dans une des premières clauses du bill, ils demandaient l’autorisation d'augmenter le nombre de leurs professeurs jusqu’au chiffre de vingttrois; mais ceci n’était nullement mentionné, et si le bill avait été adopté, l'Ecole aurait parfaitement pu nommer qui elle aurait soulu pour remplir ses cadres. Au reste, dans toutes les transactions qui ont
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eu lieu entre l'Ecole et l'Université Laval, depuis s’établissement de la Succursale, elle n’a pas beaucoup brillé par sa fidélité à remplir ses engagements, qu’elle rompait sous les prétextes les plus futiles. Dans cette circonstance, son manque de bonne foi a été le même que dans une foule d’autres occasions; car malgré l’entente la plus formelle que les deux Facultés auraient le même nombre de professeurs, si l’union se faisait, elle a consenti à l’insertion d’une clause, par laquelle elle s’obligeait à nommer Professeurs titulaires deux de ses professeurs agrégés avant d’en nommer d’autres.
De plus, l’Ecole, en consentant à retrancher du bill la clause qui la forçait à faire approuver la nomination et la révocation de ses professeurs par l’Archevêque de Montréal, a voulu éluder une des prescriptions les plus importantes du décret Jam dudum. En effet, si elle était devenue la Faculté Médicale de l’Université Laval, tous ses professeurs auraient été ipso facto professeurs de Laval, et comme elle n'aurait pas été obligée de faire approuver leur nomination comme professeurs de l'Ecole, il s’ensuit nécessairement qu’ils seraient devenus professeurs de l’Université Laval sans l'approbation de l’Archevêque. Pour perpétuer cet état de choses, si l’union s'était faite d’après les bases du bill, et pour garder sa charte indéfiniment, l'Ecole avait eu le soin d’y insérer une très petite clause dans laquelle il était déclaré qu'il fallait le consentement unanime de ses membres pour annuler cette charte. Or, il est évident que sur vingt-
trois professeurs, il y en aurait toujours eu plus d’un qui aurait tenu à la conserver. Aujourd’hui, sur neuf professeurs, il y en a trois qui ne veulent pas accepter l’union, parce qu’ils veulent conserver la charte.
Ce plan de constituer l'Ecole, Faculté médicale de l’Université Laval à Montréal n’est pas nouveau; il doit son origine à Monseigneur Sraeulders, Commissaire Apostolique envoyé au Canada par le Saint-Siège en 1884, pour régler la question universitaire. Pour démontrer à Votre Grandeur que les soussignés ne peuvent pas accepter aujourd’hui des conditions d'union qu’ils ont refusées alors, ils croient ne pouvoir mieux faire que de citer ici les réponses qui ont été données par plusieurs d’entre eux à Son Excellence le Commissaire Apostolique. En voici quelques-unes :
1.—‘ Nous sommes élèves de l’Ecole de Médecine ‘et de Chirurgie de Montréal. Après notre admission ‘à la pratique, nous avons compris l’infériorité de ‘“ l’enseignement de cette institution. Pour nous mettre ‘‘en état de remplir les devoirs de notre profession ‘‘ consciencieusement et avec profit pour nos patients ‘‘ et pour nous-mêmes, et pour nous mettre au niveau ‘ scientifique des confrères qui avaient fait leurs études ‘ dans d’autres institutions, nous avons été obligés ‘ de recommencer complètement nos études médicales, ‘‘ et de consacrer tous nos moments de loisir ainsi que ‘ nos veilles et nos nuits à acquérir les connaissances ‘“ qui nous manquaient.
II.—‘ Nous avons laissé l'Ecole de Médecine pour ‘“ entrer dans la Succursale de l’Université Laval pour ‘ les raisons suivantes :
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1° ‘A cause de la faiblesse des études qui se font à ‘“ l'Ecole ; 20 tt À cause de la facilité avec laquelle cette École ‘“ confère le titre de docteur à ses élèves, sans égard à ‘ Ja capacité et à la moralité des candidats ; 8° ‘‘ Parce que dans l'Ecole il n’y a pas d’autorité ‘‘ supérieure exerçant un contrôle sur les professeurs ‘‘et les élèves, ni sous le rapport scientifique, ni sous ‘ le rapport moral.
4° ‘‘ Parce que des professeurs de l'Ecole abusant ‘“ de la liberté absolue dont jouit chacun d’eux, en “ont profité pour enseigner du haut de leur chaire ‘ l'immoralité la plus éhontée, et pour déverser le ‘ ridicule sur les ministres de la religion, sur les re- ‘ ligieux et les religieuses ; 5° ‘ Parce que, dans l’Ecole, il n’y a personne qui ‘ait mission de surveiller la conduite morale des ‘ élèves, et que cette liberté absolue chez des jeunes ‘“ gens de vingt à vingt-cinq ans, qui sortent pour la ‘“ plupart des collèges après y avoir été renfermés ‘ pendant sept ou huit ans, est dangereuse. Comme ‘“ médecins, nous avons cru que l'établissement de la ‘ Succursale était un moyen que la Providence nous ‘ offrait de sortir de l’ornière de la routine dans la- ‘“ quelle nous tenait depuis longtemps l’Ecole de ‘ Médecine qui avait le monopole de l’enseignement ‘“ médical dans cette partie de la province de Qué- ‘ bec. Nous avons cru, et nous croyons encore, qu'avec ‘“ la Succursale, nous pourrions marcher de pair avec ‘nos concitoyens d’autres origines dans la voie du ‘ progrès scientifique.
IIT.—‘ Nous n’entrerons jamais dans l'Ecole quel- ‘ que-modification qu’on lui fasse subir, tant qu'elle ‘ conservera son autonomie. Car cette autonomie ‘ constituerait une menace continuelle contre le nou- ‘“ vel état de chc3es que l’on établirait. Le passé peut ‘ nous faire connaître d’avance ce qui arriverait dans ‘ l'avenir, les mêmes causes produisant toujours les ‘ mêmes effets. Son Excellence Monseigneur Conroy ‘avait fondé la Succursale en laissant à l'Ecole son ‘autonomie, et l’on sait ce qui est arrivé. Si l'Ecole ‘“ tient tant à conserver son autonomie, c'est qu’elle a ‘une arrière-pensée.
‘Nous n’entrerons pas dans l'Ecole devenue ‘ Succursale de l’Université Laval parce que ce serait ‘ consacrer et accepter une injustice faite aux profes- ‘“ seurs de la Succursale actuelle. Par dévouement ‘aux autorités religieuses et sur la foi des décrets du ‘“ Saint-Siège, ces Professeurs ont fait les plus grands ‘ sacrifices pour fonder la Succursale ; ils ont donné ‘ l’enseignement gratuitement, ils ont fondé un hôpi- ‘ tal, ils ont lutté contre tous les préjugés soulevés ‘ par leurs adversaires parmi la population ; et, dans ‘ l'hypothèse où l'Ecole deviendrait la Succursale, ‘ ils seraient la risée du public, et leur position, dans ‘ la société deviendrait presque intolérable. Ce serait “le triomphe de ceux qui ont résisté aux autorités ‘ religieuses et l’humiliation de ceux qui s’y sont ‘soumis généreusement, Dans ces circonstances, ‘“ notre dignité professionnelle nous défendait d’en- ‘“ trer dans l’Ecole. ” Lorsque les soussignés ont fait ces réponses à Mon-
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seigneur Smeulders, la position de la Faculté n'était pas brillante ; se3 adversaires lui faisaient ne geurre violente, le nombre de ses élèves était très restreint, l'opinion publique lui était défavorable, ses professeurs enseignaient gratuitement, et cependant ile n'hésitèrent pas à refuser d’entrer dans l'Ecole qui serait devenue la Faculté Médicale de l’Université Laval à Montréal. Maintenant, la Faculté se trouve dans n°: osition beaucoup plus avantageuse ; depuis le décret Jam dudum ses ennemis n’osent plus lui faire une guerre ouverte, l’opinion publique lui est beaucoup plus favorable, le nombre de ses élèves augmente rapidement, et ses professeurs reçoivent des émoluments qui peuvent être considérés comme satisfaisants pour le présent. Votre Grandeur doit donc comprendre facilement qu'aujourd'hui il pe peut plus être question de faire entrer les Professeurs de la Faculté dans l’Ecole et de faire de celle-ci la Faculté Médicale de l’Université Laval.
Les soussignés sont d'autant plus fermes dans la position qu’ils ont prise sur ce sujet que l'Ecole ne paraît pas s'être améliorée depuis 1884, surtout, si l’on en juge d’après ce qui s’est passé l’automne dernier lorsqu'on a tenté de faire l’union. Votre Grandeur doit avoir conservé la mémoire de la manière indigne dont les élèves de l'Ecole se sont conduits envers Elle et plusieurs membres éminents du clergé, lors de l’ouverture des cours dans le mois d'octobre dernier; Votre Grandeur doit se rappeler qu’Elle a versé des larmes amères ce jour-là, en se trouvant en butte à des outragez et des insultes si peu mérités.
Votre Grandeur se rappelle, aussi, sans doute, la faiblesse impardonnable du Président de l'Ecole dans cette circonstance, qui a laissé passer ces insultes sans faire la moindre protestation. La conduite subséquente des élèves n’est pas non plus inconnue à Votre Grandeur; Elle doit avoir appris la manière dont ils ont accueilli les professeurs de l’Université Laval; elle doit aussi avoir appris que, non contents de causer du désordre dans les salles de l'Ecole, ils se sont promenés dans les rues de la ville, drapeau en tête, chantant la Marseillaise et criant : ‘Pas de prêtraille !” La conduite de ces élèves n’a rien de surprenant, quand on sait que quelques Professeurs de l’Ecole prêchent ouvertement l’éducation laïque, sans contrôle religieux. La faiblesse de l’enseignement de l'Ecole, l’inconduite de ses élèves, les principes hétérodoxes de quelque-uns de ses professeurs, tout indique que c’est une institution vermoulue jusque dans ses fondations; il est complètement impossible de l’améliorer, de la consolider, parce qu’elle manque de bases solides. Il faut qu’elle s'écroule ; et les matériaux qui en resteront pourront à peine être utilisés dans un autre édifice bâti sur de bonnes fondations. Avec les fautes de son passé et celles de son présent, l'Ecole ne peut échapper au sort qui l’attend qu’en s’unissant à l’Université Laval; sans l’union, elle doit péricliter sans cesse et finir misérablement, et cela dans un avenir assez prochain. L’Université Laval à Montréal ayant été établie par la plus haute autorité qui existe sur la terre, le Saint- Siège, représentant l’ordre, la discipline, la moralité
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et le progrès scientifique, se trouve assise sur des bases solides et ne peut manquer de réussir; pour elle l'union offre peu d'avantages. Cependant, les Professeurs de la Faculté Médicale de l’Université ne sont pas hostiles à toute idée d’union ; ils sont disposés à ouvrir leurs 1angs et à recevoir chez eux les Professeurs de l'Ecole, pourvu que la chose puisse se faire sans trop de sacrifices de leur part, et pourvu surtout que la charte de l’Ecole disparaisse pour toujours. L'existence de cette charte a été la cause de toutes les difficultés qui sont survenues entre l'Ecole et l’Université Laval: c’est elle qui a empêché le fo..ctionnement de la Faculté, telle qu’organisée par le regretté Monseigneur Conroy ; c’est elle qui a empêché l’union l’automne dernier, et tant qu’elle continuera à exister, elle constituera toujours un danger et une menace pour l’Université.
Monseigneur, si les négociations viennent à se rouvrir pour faire l’union, les soussignés désireraient être traités avec un peu plus de délicatesse qu’ils ne l’ont été dans certaines circonstances ; car des personnes bien intertionniées, mais ne compreuant pas sans doute toute la portée de leurs paroles, ont essayé d'employer auprès d'eux des moyens de persuasion qui leur ont été très pénibles. On n’a pas craint de leur dire que si l’union se faisait, les Professeurs se-
raient convenablement payés, et qu’on trouverait tout l'argent nécessaire pour le bon fonctionnement de l’Université, mais que s’il n’y avait pas d'union, il n’y aurait pas d'argent. Quoique la plupart des soussignés ne soient pasriches, Votre Grandeur doit demeu-
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rer convaincue que, dans toutes les transactions qui pourront se faire à l’avenir, chez eux, la question de dignité personnelle passera toujours avant la question d'argent. De plus, il est difficile de comprendre comment on peut avoir tout l’argent nécessaire avec l’union, tandis que sans elle on ne pourrait s’en procurer. L'union n’augmenterait pas les ressources de la Faculté d’une manière notable; le revenu provenant des élèves de l’Ecole serait absorbé par les dépenses additionnelles que nécessiterait la nomination d’un plus grand nombre de Professeurs, et, pour combler le déficit, les autorités devraient voir ailleurs. Pendant plus de trente ans, l’Ecole a eu le monopole de l’enseignement médical dans cette partie de la province et a eu tous les élèves catholiques ; cependant les revenus provenant de ces élèves n’ont jamais pu lui permettre de se procurer des musées, des bibliothèques et tout le matériel nécessaire au bon fonctionnement d’une institution de ce genre. De plus, les professeurs n’ont jamais reçu des émoluments convenables ; ce qui prouve que l’union avec l’Ecole ne sera pas de nature à augmenter les ressources de la Faculté.
Les soussignés, Monseigneur, ne désirent pas rompre le fil d’or quiles unit à l’Université Laval de Québec, et cela pour plusieurs raisons. En premier lieu, la rupture de ce fil ferait disparaître l’unité qui est si avantageuse sous tous les rapports et qui est si vivement désirée par le Souverain Pontife ; en second lieu, les soussignés sont satisfaits de la liberté que leur accorde le décret Jam dudum et de la position qu’il leur donne; en troisième lieu, ils n’ont aucune répu-
y qui n de stion com- > lurocude la enant enses d’un mbler . Penole de a prondant ais pu biblioiction- 8, les convee sera aculté.
s rome Quér lieu, i est si vivehd lieu, he leur pn qu’il B répu-
gnance à porter le nom de Laval, ce rom étant un des plus glorieux que l’on rencontre dans l’histoire de la Nouvelle-France ; en quatrième lieu enfin, la rupture de ce fil par les soussignés constituerait de leur part un acte évident d’ingratitude. Votre Grandeur doit se rappeler, sans doute, que c’est le Séminaire de Québec qui est venu aux secours de la Faculté et s’est chargé du paiement des émoluments des Professeurs et des dépenses de l’administration sans y être obligé, vu que le décret du 1‘ février 1876 mettait tous les frais de l’établissement de la Succursale à la charge du diocèse de Montréal. Il est vrai que ces honoraires ont été très modiques au commencement, mais ils n’ont pas moine contribué à encourager les membres de la Faculté et à les faire travailler à la consolidation de l’Université Laval à Montréal.
Votre Grandeur, Monseigneur, qui s’est toujours montrée si empressée non seulement d'exécuter les ordres du Saint-Siège, mais de se conformer à ses désirs, doit voir avec joie l'établissement de l’Université Laval à Montréal se consolider. La Faculté de Médecine dont le fonctionnement est le seul qui ait rencontré des difficultés, se trouve aujourd’hui dans des conditions qui font prévoir son succès final: ses Professeurs sont tous dévoués, le nombre de ses élèves augmente rapidement, le meilleur esprit règne parmi eux, et son enseignement est généralement reconnu pour être excellent et ne le céder en rien à celui des autres universités. Tout ce qu’il faut maintenant pour assurer définitivement le triomphe de l’Université Laval à Montréal n’est pas l’union avec
l'Ecole, mais le concours actif et efficace de toutes les forces catholiques, ainsi qu’un secours annuel de quelques milliers de piastres, secours que les autorités religieuses ne manqueront pas de donner; car c’est pour elles le seul moyen de conserver le contrôle de la haute éducation. Le clergé, en prenant sous sa protection puissante l’Université Laval à Montréal, ne fera que continuer ses traditions passées ; il sauvegardera par là les intérêts de la religion et de la science ainsi que ceux de la nationalité canadienne-française. Il est de la plus haute importance que le clergé ne laisse pas échapper cette occasion de conserver le contrôle de l'éducation universitaire. Plus tard la chose sera peut-être impossible. Car, il faut bien l’avouer, Monseigneur, l’idée de la laïcisation de l’enseignement fait un chemin rapide parmi la population; et les Professeurs de l’Ecole qui se sont opposés à l’union parce qu'ils veulent avoir une université laïque ont un plus grand nombre d’adhérents qu’on ne pourrait le croire. Le fait que le député qui a voulu réinsérer, dans le bill de l’Ecole, la clause demandant l’approbation de l’Archevêque pour la nomination de ses professeurs, n’a pu trouver de secondeur dans la chambre d’assemblée, est une preuve évidente du courant des idées sur ce sujet. De plus, il existe dans la ville une université protesta”te forte, puissante, riche de plusieurs millions qui verrait avec plaisir se. fonder une Faculté française de Médecine à qui elle donnerait ses diplômes, soit en faisant une affiliation, goit en reconnaissant, comme partie intégrante d’ellemême, cette Faculté française. Comme Votre Gran-
es les deur peut le voir, la situation n’est pas sans danger, quel- et si les autorités religieuses ne prennent pas imméobttéé diatement les moyens d'établir d’une manière conveso'ebt nable, à Montréal, l'Université catholique voulue par ble de le Saint-Siège, les conséquences les plus graves peuns 64 vent en résulter.
ot: té Le tout respectueusement soumis.
sé 1 regar- Signé :
cience À. DAGENAIs, N. FAFARD, açaise. J. À. LARAMÉE. À. A. Foucxer,
/ 6° n6 À. T. BRosseau, J. B. A. LAMARCOHE, Ce S. DuvaL, SÉV. LACHAPELLE,
chose
H. E. Desrosiers, Secrét.
vouer, eigne- Pour copie conforme.
on; et H. E. DEsrosiers, M. D., Secrétaire.
l’uni- ; ;
| Montréal, 17 avril 1890.
laïque > pour- je lu réandant DOCUMENT N° XLVY ion de ans la nte du ROME, 25 mai 1890.
e dans Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, ssante, Archevêque de Montréal.
aisir 8e.
à MoONSEIGNEUR, ui elle liation, J'avais d'abord pensé vous envoyer, au complet, , d’elle- mes remarques sur la lettre que neuf Professeurs de la
, Gran- Faculté de Médecine de l’Université Laval à Montréal
ont adressée à Votre Grandeur, en date du 17 avril 1890. Mais, réflexion faite, j’ai cru devoir en remettre l’exposé à mon retour au Canada. La parole écrite est toujours moins flexible que la parole. parlée; et je ne voudrais pas m’exposer, sans y être forcé en quelque sorte, à faire de la peine à ces Messieurs, dont je connaïis le dévouement aux intérêts de la profession médicale, les hautes aptitudes d'enseignement, et le bon vouloir vis-à-vis de moi dans le passé. Que, dans ce tourbillon detiraillements divers, ballottés eux-mêmes depuis si longtemps par la tempête, ils aient pris temporairement, sur quelques points, une direction qui ne mène pas droit au but où ils aspirent, je suis plus porté à regretter leur démarche qu’à la blâmer vertement.
Cependant, pour aujourd’hui, je ne puis taire, auprès de vous, Monseigneur, ce qui suit.
Premièrement, une grande partie de ce document est consacré à démontrer ‘‘la sagesse de l’immortel Pie IX en décrétant qu’il n’y aurait qu’une seule université catholique dans la Province de Québec,” et le désir qu'ont les neuf Médecins signataires de ne pas rompre le fil d’or qui les unit à l’Université Laval de Québec” : thèse, dans la circonstance, pour le moins inutile; car, l’unité d’Université, c’est là une proposition, c’est là une nécessité dont Votre Grandeur n’a jamais douté : et c’est justement pour en assurer la réalisation que nous travaillons, à travers tant de difficultés, à l’union des deux Ecoles de Médecine; car, pour l’enseignement médical, nous avons à Montréal, en pratique dans l’élément catholique, deux foyers universitaires,
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l’enseipratique rsitaires,
l'Université Laval, et l'Ecole de Médecine affiliée à l’Université de Cobourg. L'union, pour me servir des expressions de la lettre elle-même, rallierait toutes les forces des catholiques, emyploierait toutes les ressources qui sont à leur disposition pour fonder une grande institution et iln'y aurait plus qu'une seule Alma mater qui étendrait ses ramifications dans toute la Province de Québec. Maïs, je le répète, ces grands bienfaits seront produits, non par le triomphe d’une institution sur l’autre, quelque complet qu’il puisse être, mais par l’union et des institutions, et des esprits, et des volontés. Avec de la persévérance, avec de la modération, avec du calme nous y arriverons.
Puis les signataires récitent toutes les objections qu’ils ont contre le bill présenté à la Législature de la Province de Québec par l'Ecole de Médecine. C’est leur droit ; seulement il me semble qu'ils se sont trop pressés d’en user. Leurs adversaires ne manqueront pas d'utiliser contre eux cet empressement, et ce manque de tactique. Le bill pouvait être très incomplet, très imparfait, je n’ai pas à entrer sur ce terrain. Mais il y a un point qui me paraît n'être pas très bien saisi par ces Messieurs, c’est que par l’acte de la Législature ipso fucto, l'Ecole de Médecine ne devenait pas la Faculté médicale de l’Université Laval. Après que la Charte aurait été amendée, bien ou mal, il restait un arrangement, à être fait par les Evêques de la Province de Montréal qui n'auraient pas sacrifié les décrets apostoliques, à être ratifié dar le Conseil Universitaire qui aurait veillé sur les droits de l’Université, pour la confection et la conclusion duquel arrangement les mem-
bres de la Faculté de Médecine de l’Université à Montréal auraient été consultés, comme on s’est toujours fait un devoir et un scrupule de ne pas y manquer, du moins depuis un an, chaque fois qu’il s’est agi d’affaires regardant leur faculté; car il était bien entendu que, dans cet arrangement, seraient respectés les intérêts des anciens professeurs de la Succursale de l’Université à Montréal. (Voir document N° III.)
Je regrette le ton acerbe de certaines expressions que renferme cette lettre, le vinaigre n’a jamais adouci les plaies, sans compter que cela prête flanc à la critique, inutilement. J’ignore quelles sont ces personnes qui ont employé, auprès des membres de la Faculté de Médecine, des moyens de persuasion pénibles à leur dignité personnelle.
Ces Messieurs se réjouissent, à bon droit, de ce que la Faculté se trouve dans une position beaucoup plus avantageuse, de ce que les Professeurs reçoivent des émoluments qui peuvent étre considérées comme satisfaisants pour le présent, et de ce que le nombre de leurs élèves augmente rapidement. Très bien! mais il est important de ne pas se départir de la politique de conciliation et de modération, qui a tant contribué à amener cet heureux résultat.
Ces Messieurs sont dans la conviction que ‘‘ avec les fautes de son passé et celles de son présent, l’Ecole de Médecine... doit péricliter sans cesse, et finir misérablement, et cela dans un avenir assez prochain.” Le proverbe dit qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Dans tous les cas, serait-il possible d’amener l’effondrement violent de l’Ecole, le
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mériterait-elle, que je suis d'avis qu’il vaudrait mieux lui tendre la main jusqu’au bout, et ne jamais cesser tout en assurant la prospérité et la supériorité d’enseignement de la Faculté médicale, de travailler à amener une union large, généreuse, à l'amiable. Il ne s’agit pas ici de triompher sur des ruines, mais bien d’extirper du champ universitaire des germes dangereux pour l'avenir, et de réunir autour d’une grande œuvre le concours de toutes les énergies catholiques. Quand il y a eu des torts des deux côtés, devrait-il être si difficile d’user réciproquement d’indulgence et de bienveillance!
Du reste, quand le moment sera arrivé de cimenter la paix d’une manière définitive, ces Messieurs ne resteront pas inférieurs à leur tâche: je connais trop leur esprit de foi et leur patriotisme. Ils sauront, comme ils l'ont déjà prouvé en plus d’une circonstance, s'élever au-dessus de ce qu’ils stigmatisent avec tant de force, “ l'esprit de parti, l'esprit de clocher, les préjugés de toutes sortes et d'anciennes rancunes. . .”
Plein de confiance dans l'avenir que la Providence nous réserve, de respect pour les droits de la Faculté de Médecine de l’Université, de bienveillance pour les aspirations de l'Ecole de Médecine, et d'affection filiale pour votre personne vénérée, je me souscris avec la plus haute considération,
De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très dévoué serviteur,
J.B. PROULX, Prétre