DE L'ÉDITION MONTRÉALAISE
DOCUMENT N° XILVII
Villa della Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 24 juin 1890.
Le Révérend A. Archambault, Vice-Chancelier, Montréal.
Mon cHER MONSIEUR,
Je réponds à votre lettre du 3 courant, aujourd’hui 24 juin, en cette fête de notre saint Patron qui m’apporte quelque loisir, un peu tard il est vrai, mais ‘mieux vaut tard que jamais.” Je vous remercie de
L tout ce que vous avez fait dans votre position qui, dans
D. ces temps agités, est loin d’être une sinécure. Un verre
d’eau froide suffit pour éteindre tout un foyer, pourvu toutefois qu’il ne soit pas trop gros.
Vous me dites: ‘Plusieurs médecins sont mécon-
tents de l’attitude que vous avez prise.” Je le prévoy-
ais bien, dès le commencement. Mes lettres du mois
| | de février, et les avis que je leur faisais parvenir par
, aujouratron qui rai, mais mercie de qui, dans , Un verre 7, POUTVU
nt méconle prévoy- 8 du mois rvenir par
diverses voies, en témoignent assez. Mais que voulezvous ? que faire ? La Fontaine aurait-il raison ?
Parbleu ! dit le monsieur, est bien fou du cerveau, Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Dans tous les cas, ce meunier-là est un sage entêté, à qui cependant je ne voudrais pas trop ressembler :
Je suis âne, il est vrai, j'en con viens, je l'avoue ; Mais que dorénavant on me blâme, on me loue, Qu'on dise quelque chose, ou qu’on ne dise rien, J’ea veux faire à ma tête.—Il le fit, et fit bien.
A mon retour, j'aurai à donner aux Médecins de Laval des explications, qui ont été très bien venues à Rome, et qui, je l'espère, ne le seront pas moins bien auprès d'eux. Mais je ne pouvais les donner avant mon départ, pour la bonne raison que je venais ici justement pour m'’assurer de leur opportunité, que je me sentais le besoin de réfléchir et de consulter avant que de parler, que je voulais prudemment m'assurer du terrain sous mes pas avant que de poursuivre ma route et qu'il ne convenait pas de divulguer, par toute la ville de Montréal, des secrets qui n'étaient pas encore passés dans le domaine des connaissances publiques. Mais aujourd’hui, c’est différent !
Tout de même, en attendant, cela m’a valu des coups de fusil dans le dos. Pendant que je combattais les bons combats, et que j’assurais notre position à Montréal, en particulier pour le plus grand avantage de la Faculté médicale, tout à coup, sans avoir entendu crier feu, je reçois une bordée de mitraille a
tergo. Si ma cuirasse et mes raisons n’eussent pas été
RE red
bonnes, j'étais blessé à mort. Heureusement, le coup a produit un effet tout contraire à ce qu'on devait en attendre naturellement. La bonne Providence, voyezvous ! Comme j'aime à croire que tout a été fait de bonne foi, et comme personne plus que moi ne voudrait être bienveillant envers ses amis, j'excuse volontiers ce mouvement stratégique. On peut être excellent médecin (ces Messieurs le sont tous), et n'être pas adroit tireur.
Déjà vous connaissez quelle est mon opinion sur cette lettre, par les remarques que j’ai envoyées à Monseigneur l’Archevêque, en date du 25mai. Je mecontenterai d'ajouter ceci. Les Médecins signataires, pour prouver qu’ils ne peuvent accepter le projet d'union définitive de qua agitur, disent que ce plan n’est pas nouveau, qu’il doit son origine à Monseigneur Smeulders, et qu’ils ont refusé en 1884 d’entrer dans l'Ecole qui serait devenue Faculté médicale de Laval. Or, je le demande, le cas est-il identique ? En 1884, s’agissait-il de faire amender la Charte de l’Ecole? d’en transformer 12 constitution, de manière à ce qu’elle devint Charte catholique? de la rendre conforme aux décrets romain: ? d’y donner légalement à l’Archevéque de Montréal un contrôle dans la nomination des professeurs et l’orthodoxie de l’enseignement? de l'empêcher d’être un gouvernement dans un gouvernement ? d’en faire une partieintégrante et homogène de l’Université ? s’agissait-il de donner à la Succursale une position civilement meilleure, tandis que, en même temps, on améliorait le sort de l'Ecole au point de vue universitaire? Une comparaison, pour servir
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de preüve, doit porter sur deux cas semblables ; et, dans la circonstance présente, les deux cas ne sonteils pas, sous maints rapports, dissemblables ? si oui, non valet consecutio, ruit ratiocinium,... et procumbit humi bos.
Dans tous les cas, je suis moralement certain que je finirai par m’entendre avec ces Messieurs : j'ai vu d’eux, pendant le cours de l’année dernière, trop de preuves de leur bonne volonté. Ils n’iront pas, dans un moment de mauvaise humeur, jeter à vau-l’eau le fruit d’une longue patience. Dans les difficultés et les divisions, d’un côté comme de l’autre, je crois les hommes meilleurs qu’on ne le dit, meilleurs même qu’ils ne paraissent. Le malentendu joue un grand rôle dans l’histoire des disputes humaines; il suffit de le faire disparaître pour éclaircir une situation, et changer d’anciens adversaires en amis fidèles. La vie est trop courte pour s’amuser à se battre indéfiniment, surtout entre compatriotes, entre coreligionaires. Ah! si jamais, nous dégageant des misères du passé, nous parvenons à consolider une seule Ecole, une seule Faculté de Médecine à Montréal, elle sera la plus belle de la Puissance! Au revoir! et croyez-moi toujours dans les sentiments d’une haute estime,
Monsieur le Vice-Chancelier, Votre très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prétre.