‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 11 sur 43 · LES AIGUILLONS D'UNE ROSE · texte numérisé non relu

LES AIGUILLONS D'UNE ROSE

Qni n'a pleuré ses premiers ans Y LaFox Labatdt.

L^antre solr^ je mafchaîs sur la plage déserte, Perda aoos Pexnbve âe» beulewt.

Le regard dans les cieia, et Poreiile rouverte Aux bruits harmonieux des flots.

La mer alors montait : ses vagues étoilées Berçant des milliers d'alcyonS; .

Venaient sans bruit lécher les grèves dentelées Comme des gueules de lions.

LES QUÉBEGQUOISES 63

Depuis longtemps jurais Tout À coup je m'arrête. . .

Tout près quelque chose a frémi.

Sous Parceau d'un buissou je vis la blonde tête

D'un petit enfant endormi.

jPauvre amour 1 il était couché sous le feuillage^ Tenant dans sa main un hoc!) et :

Un rayon de la lune empourprait son visage :

Sa lèvre entr'ouverte riait.

Pour régaler mes yeux^ pour admirer à l'aise

Ce sublime tableau vivant Qn^eut admiré Titien ou Guide ou Verronèaei

Je m'assis auprès de l'enfant*

Longtemps je contemplai cette tête candide^

Encore ignorante du mal; Où les soucis n'avaient pas encor mis leur ride.

Les remords leur sillon fatal.

64 LES QUÉBEGQUOISES

L'aspect de cet enfant que mon regard caresse Béveillaît plus d'an soavenir

Enfoni dans mon cœur navré par la tristesse; N'espérant rien de l'avenir.

Et, pensif; je songeais aux jours de mon enfance,

A cet âge où tout est serein, A mon printemps rose, où, le cœur plein d'espérance,

Je me moquais du lendemain^

Descendant le sentier de mes jeunes années

Où de rêves je m'enivrai.

Je foulais sous mes pieds bien des roses fanées.

Soudain, ému, je m'écriai :

'^ Oh ! il fut un temps où j'ignorais les alarmes,

" Où tout chantait à mon foyer ; ^' Mais, maintenant, hélas ! je répands plus de larmes

" Qu'il n'en faudrait pour me noyer! "

J'allais coutinuer, mais, ouvrant sa jirunelle, Le petit enfaut s'éveilla

Il allait fuir de moi, comme fait rbirondelle. - Ma voix bientôt le rappela.

En me reconnaissant, il secoua la tête, £t me parut tout étonnée

Le prenant par la main, à sa mère inquiète £n rêvant je le ramenai.

Mais, depuis ce soir-là, de plus en plus je souffre Sous Fongle des regrets cuisants :

La nuit je vois en songe au fond d'un vaste gouffre Crouler des cadavres d'enfants.

mai 1876.

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