‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 12 sur 43 · A M. JOSEPH TASSÉ · texte numérisé non relu

A M. JOSEPH TASSÉ

Or, on était alors en seize cent soixante.

Le Canada français frémissait d'épouvante

Au nom de Tlroquois sanglant ; Car, couvrant, de leurs âots, le vaste territoire, Les Peaux Rouges semblaient avoir juré de boire

Dans le crâne du dernier blanc.

En vain sous la forêt Ton traquait la peuplade, En vîiin, en lui tendant mainte et mainte embuscade. On la déchirait par lambeaux,

LES QUÉBECQUOISES ÔJ^

Toujours, comme un serpent, divisé par la hacbe. En rampant clierche en cor ses tronçons qu^il rattache, Elle renouait ses anneaux. .

De tous les cOours vers Dieu montait une prière. A moins que d^écraser la tribu sanguinaire,

La colonie allait mourir ; Mais, pour tenter enfin cette œuvre périlleuse, * Qui donc allait prêter une main généreuse ?

Une âme française, un martyr

Croyant qu'un prompt assaut, dans un endroit propice, Peut réduire à néant les plans et l'artifice

Des insatiables bourreaux, £n attendant bientôt des secours de la France, Des Ormeaux, en avril, sur le fleuve s'élance

Escorté de quelques héros.. (1)

(1) lltid the spirired commaiider deferred the departiire of the expédition, aa he was reqnested to do, the 500 Iroqnoia who had eii- Bcoiiced themselvea ut the islunds of the riTerUichelieii,wouId hâve tîtiie to be joined by the 500 suvages who were couiing dowii the Ottawa, aud the blow whould hâve falieii on Three Uivers and Québec.

J. M. Lkmoine.

Il rencontre aussitôt la bande satanique.

Après un long combat, le soldat héroïque

Défait l'Iroquois infernal ; Mais ce succès lui fait répandre bien des larmes, Car il voit expirer ces trois compagnons d^armes :

D'Avignon, Soulard et Duval.

Cependant il poursuit sa course aventureuse ; £t quand du mois de Mai la brise harmonieuse.

Caressa le sein des forêts, n était retranché dans un vieux fort sauvage Perdu sous les grands bois, tout proche du rivage

Où se déchaîne l'Outaouais.

Là quarante Hurons viennent grossir Pescortè

Que le patriotisme électrise, transporte, Et que brûle un même désir ;

Là, devant une croix, bercé par l'espérance,

Dollard, au nom du Christ, au nom du roi de France,

Jure de vaincre ou de mourir.

Lf:S QUÉBECQUOISES 69

Bientôt les Iroquois^ de sang encore avides,

Comme un torrent fougueux croulant des Laurentides,

De leur cftmp se sont élancés, Contre l'étroit rempai-t se sont rués en foule ; Mais, comme sur le roc vient.se briser la houle,

Ils sont aussitôt repoussés.

La fureur des vaincus atteint son paroxisme } Avec encore plus de féroce héroïsme

Ils rattaquent sans nul succès 5 Mais, au dedans du fort que la mitraille crible, n est un ennemi plus traître et pluâ terrible i

La soif dévore les Français,

Four se désaltérer, ils n'ont qu'âne eau bourbeuse ; £n vain, à la faveur de la nuit ténébreuse,

Ils veulent franchir les remparts Pour se ravitailler aux ^aux de la rivière, Bs tombent foudroyés, ils mordent la poussière,

Sous une avalanche de dards.

Page 1