‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 29 sur 43 · SUR UNE PIECE DE MONNAIE · texte numérisé non relu

SUR UNE PIECE DE MONNAIE

Dis-moi donc, d'où viens-tn, vieille pièce d'argent ?, AB-tu parfois séché les pleurs de l'indigent ? As-tu servi d'aumône à la tombe oubliée Qui, sans prières, tient l'âme l'aile pi iée? Du globe tout entier fis-tu souvent le tour,

Que ta date est usée ainsi que ton contour ?

Pour l'envoyer prêcher, as- tu payé le prêtre ? As-tu récompensé la lâcheté d'un traître ?

N'as-tu pas d'un enfant déjà fait le malheur ? N'as-tu jamais tombé dans la main du voleur ? As-tu servi d'appât pour corrompre une femme,

l68 LES QUÉBEGQUOISES

Pour en faire d'an ange un démon, une infâme,

£t la pousser ensuite aux seuils des mauvais lieux Y

Pour bâtir quelque temple, aider les cœurs pieux,

Du pauvre n'a-tu pas été la faible offrande ?

Tu ne peux répondre à ce que je te demande ;

Mais, que tu fus vil ou non, moi je t'aime peu.

Car devant l'argent l'homme est trop petit, bon Dieu !

Pourtant dans ce siècle où triomphe la matière,

Oti la vapeur, de l'aigle, a devancé l'essor,

L'homme n'est rien s'il n'a des sacs de louis d'or.

S'il n'a de grands palais, de brillants équipages.

Des jardins pleins de fleurs, des seuils couverts d'ombrages.

Et l'austère savant, le poète rêveur.

Aux yeux du parvenu savourant son bonheur.

Sont des êtres chétifs dont la présence gène.

Et Rothschild est cent fois plus grand que Diogène.

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