‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 36 sur 43 · UN RAYON DE SOLEIL · texte numérisé non relu

UN RAYON DE SOLEIL

Traduit de Longfellow.

Arrête, mon coursier !... J^ veux revoir la place

Où jadis j'ai passé, Reconstruire en esprit la forme qui s'efface

Des ombres du passé.

Voici la route qui mène encore à la ville ;

Voici l'étroit chemin Où, rêveur, je marchais avec la jeune allé.

En lui donnant la main,

IÇO LES QUÊBECQUOISES

Sons ces mêmes tilleals; tous les deux, à la brane, Nous allions noas asseoir^

Pour ouïr les oiseaux, pour voir lever la lune Dans les rougeurs du soir.

L'âme de cette enfant était candide et pure.

Débordante de foi.

C'était un ange qui sur la molle verdure

Cheminait avec moi.

Les arbres, à sa vue, abaissaient leur ombrelle,

Comme pour l'épier.

Et les trèfles en fleur levaient leur tête grêle

Pour baiser son soulier.

Mais aujourd'hui dormez, ô futiles pensées !

Toi, mon cœur, songe à Dieu !...

Quand le Sabath venait, les mains entrelacées,

Nons allions au saint lieu.

LES QUÉBECQUOISSS ICI

Le soleil^ à Pheare où le calice s'élève Rayonnait sur l'autel.

Comme l'échelle d'or que Jacob daus Bon rêve Vit descendre du ciel.

Lourd des senteurs du foin, à travers les giillages.

Le vent du mois de mai Toujours de nos psautiers tournait les folles pagesy

De sou souffle embaum^

Long était le sermon du pasteur plein de flamme, Mais il me semblait court,

Car, en«parlant de Ruth la belle, dans mon âme n excitait l'amour.

Longs étaient les versets, longue était la prière Que nous disions tout bas,

Mais moi; d'elle rêvant, le front dans la poussière, Je ne me lassais pas.

LES QUÉBEGQUOISES

Mais maintenant la place où je passe est changée.

Depuis qu'elle m'a fui :

Le soleil qui brillait sur la route ombragée

A fait place & la nuit.

Mais, malgré mes regrets, tous ces souvenirs roses

Dorent mon cœur éteint.

Tel l'astre d^or, au sein de nuages moroses,

Empourpre le lointain.

Mai 1876,

Leprinti la veut L'oiseau' Seqnere Mille bn S'élèven Mille pft

194 LES QUÊBEGQUOISES

La nature, en robe de noces, Fête le mois de mai vainqueur, Et les primevères précoses Etalent partout leur couleur.

Uoreille entend au bois bruire Des voix, des ailes palpiter.

Dans chaque buisson une lyre Chanter.

Le ciel est bleu, la plaine est verte.

Les coteaux sont éblouissants, De fleurs la vallée est couverte, Et les flots sont voilés d^encens.

Tout est musique et poésie.

Tout, bois, oiseaux, ruisseaux et monts, Dit cette suave harmonie :

Aimons !

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