‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 40 sur 43 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

Ah ! c'était vraiment une âme en détresse !

Màdami Lèorib D'AU5R.

C'était un soir de juin. L'ombre sur la cité Déroulait les replis de son immense écharpe.

Lie firmament avait tonte sa majesté.

Et la brise tout bas chantait comme une harpe.

206 LES QUEBEGQUOISES

Et les petits oiseaux, ivres de liberté, Eparpillaient dans Tair leurs notes inspirées, Et sur ses rocs moussus le grand fleuve indompté Brisait sans bruit les flots de ses ondes dorées.

Et les derniers lambeaux de l'angelus du soir Semblaient flotter encore égrenés dans l'espace ; Et moi j'allais rêveur, mêlé, sans le savoir, Aux bruyants tourbillons de la foule qui passe.

J'errais depuis longtemps, l'œil vers le ciel levé. Tout à coap; au tournant d'une étroite ruelle, J'apperçus étendue ivre sur le pavé Une femme en baillons mais qui me parut belle.

Je m'approchai..... Des pleurs baignaient son œil en £»a. EUe'parlait : 9a vois était entrecoupée.

Parfois elle levait son poing vers le ciel bleu. Alors un nom tombait de sa lèvre crispée.

C'était encore un coup de la fatalité \j

Devant qui si souvent le front de Fliomme ploie :

autrefois elle aimait mais l'infidélité

De son amant l'avait faite fille de joie.

Devant ce noir tableau qui me faisait sonfift-ir,

Qui rouvrait dans mon cœur des blessures nombreuses,

Etouffant un sanglot, je me hâtai de fuir,

Mais j'eus, toute la nuit, des visions affreuses.

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