‹ Les querelles religieuses & parlementaires sous Louis XVChapitre 23 sur 134 · L'APPEL · texte numérisé non relu

L'APPEL

Le Régent s'écarta d'abord, dans sa politique religieuse, du système de Louis XIV ; il confia au cardinal de Noailles la présidence du Conseil de conscience, et rappela les exilés. En réalité, il voulait apaiser le différend, et croyait, en protégeant leurs adversaires, intimider les amis de Rohan et de Bissy. Des négociations secrètes eurent lieu à Rome et à Paris ; elles échouèrent devant les exigences du pape qui réclamait la soumission pure et simple des réfractaires, et devant celles des réfractaires qui voulaient obtenir l'aveu que la bulle prêtait à des critiques, et qu'ils avaient eu raison de demander des explications.

L'ACTE D'APPEL (ler MARS 1717)

L'échec des pourparlers enhardit les exaltés du parti ; ils crurent, en prenant l'initiative de la rupture, entraîner les timides après eux : les quatre évêques de Montpellier (Colbert), de Senez (Soanen), de Boulogne et de Mirepoix firent enregistrer à l'officialité métropolitaine de Paris l'acte par lequel ils appelaient de la bulle Unigenitus au futur concile œcuménique. En voici les passages essentiels :

Au nom du Seigneur. Amen...

...Depuis que la Constitution... Unigenitus Dei Filius a paru, lous les gens de bien n'ont pu voir sans répandre des larmes qu'elle est un sujet de joie pour les ennemis de l'Eglise, que le peuple fidèle est exposé aux insultes continuelles des impies et des hérétiques.., qu'elle excite de toutes parts de funestes divisions.., que tous les ordres du Royaume... sont dans le trouble et dans l'amertume...

Tout le Monde chrétien sait que, depuis ^ ans, il n'est point d'efforts, point d'instances, point de supplications que nous n'avons

employées auprès de N. S. P. le Pape... pour l'engagera remédier à ces maux... Mais puisque nous n'avons pu rien obtenir,... et que cependant les scandales croissent de jour en jour, . . . nous sommes obligés d'avoir recours au remède que les,besoins présents rendent aussi nécessaire qu'il est assuré et efficace. C'est pourquoi.... Nous déferons toute cette affaire au jugement de l'Eglise Universelle... ; et bien loin que par là nous ayons intention de faire aucun préjudice ni de déroger à l'honneur de S. Siège Apost., à son autorité, à son unité, nous croyons au contraire que c'est le moyen le plus propre et le plus convenable pour les conserver et pour les défendre.

Ils offrent de prouver :

Que la censure de quelques-unes des propositions condamnées... donne atteinte aux fondements de la hiérarchie ecclésiastique, aux droits sacrés des évêques, aux libertés du royaume, au sentiment unanime des SS. Pères qui enseignent que « c'est l'Eglise qui a reçu les clefs du royaume des Cieux ».

Que de plus, dans toute cette affaire, on a violé en plusieurs chefs l'autorité légitime de tous les évêques et les sacrées libertés du royaume...

Que ladite Constitution condamne des propositions qui n'expriment que le vrai sens et le pur esprit des saints canons sur la Pénitence... scavoir qu'on doit différer la réconciliation aux pécheurs qui 1 n'ont point encore l'esprit de pénitence et de contrition, et qui ne portent pas avec humilité et ne sentent pas l'état du péché...

Que ladite Constitution renverse les plus fermes fondements de la morale chrétienne, et même le premier et le plus grand des commandements, qui est celui de l'amour de Dieu, en condamnant les expressions qui marquent la nécessité de cet amour soit pour opérer la conversion de la volonté, soit pour faire nos actions de la manière qu'il nous est commandé de les faire, c'est-à-dire en les rapportant actuellement ou virtuellement à Dieu comme à notre fm dernière...

Que ladite Constitution condamne... diverses propositions dont les unes ne présentent rien autre que ce que les prophètes, les Apôtres, et les SS. Pères nous ont enseigné touchant la différence de l'ancienne et de la nouvelle alliance ; les autres... que ce qui est compris, suivant saint Augustin, dans le premier article du Symbole, savoir que l'effet de la volonté du Tout Puissant, n'est point empêchée par la volonté d'aucune créature ; d'autres enfin renferment la même doctrine que les Saints docteurs... en particulier sur ce se-

cours qui ^5/ nécessaire pour chaque action et qui tire son efficace de la toute-puissance de Dieu..., secours par lequel... Dieu par J.-C. nous unit efficacement à lui par le don de sa seule grâce qui néanmoins nous laisse le pouvoir libre de ne pas donner notre consentement.

Que ladite Constitution flétrit indistinctement avec les qualifications les plus dures et les plus atroces des propositions dont la plupart sont exprimées dans les propres termes de l'Écriture, des Conciles, des Papes, et des SS. Pères... Que ceux qui ont présenté ces propositions... ont détourné à des sens étrangers les paroles de l'auteur, que ces propositions n'ont pas été traduites en latin avec fidélité, ni extraites du Livre avec assez de bonne foi, qu'on a diffamé par les Notes les plus atroces l'auteur qui n'a point été entendu et n'a pu se défendre quoiqu'il n'ait point cessé de demander à être entendu, qu'on n'a point eu les égards qui étaient dus aux Éminentissimes et illustrissimes Approbateurs de cet ouvrage...

A ces causes,... après avoir fait préalablement des protestations expresses que nous n'entendons jamais rien dire ou même penser de contraire à l'Eglise,... ni à l'autorité du S. S. A..., ni aussi que nous ne nous départirons jamais du respect... dû... à N. S. P. le Pape. ...Nous, tant pour nous que pour ceux qui à nous adhèrent ou adhéreront.;, sommes appelants et appelons au futur Concile Général.

L'acte des quatre évéques eut un grand retentissement; le cardinal de Xoailles, plusieurs évéques, les chapitres de Notre-Dame de Paris, de Reims, de Boulogne, les facultés de théologie de Paris, Nantes, Reims, y adhérèrent. Il fut souscrit avec enthousiasme par un grand nombre de prêtres, de réguliers, de religieuses. Voici quelques-uns de ces appels, qui nous révèlent l'état d'esprit de leurs auteurs.

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