‹ Les querelles religieuses & parlementaires sous Louis XVChapitre 64 sur 134 · L'AFFAIRE DE VERNEUIL · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE DE VERNEUIL

Des scènes analogues se produisirent en province ; la plus importante se produisit à Verneuil et provoqua l'intervention du Parlement de Rouen qui « effrayé ... du danger de laisser introduire dans la province un schisme qui déjà causait tant de troubles », décréta l'évêque d'Evreux d'ajournement personnel. Le roi ordonne de faire biffer cet arrêt et charge un haut commissaire, le marquis de Fougères, d'exécuter ces ordres. Et voici ce qui se passa.

« Parti à pied de l'hôtel de la première présidence, escorté du grand prévôt, accompagné de tous les officiers du Royal Dragons qui marchaient devant lui deux à deux, il avait tenté de faire entrer tout ce monde avec lui dans la Grand'Chambre. Repoussé si vivement et tout d'une voix, dans une prétention si nouvelle, du moins se voulait-il asseoir sur les fleurs de lys, au-dessus du doyen des conseillers, et comme le Parlement se mettait en devoir d'en déli-

L'AFFAIRE DES BILLETS DE CONFESSION

bérer, il avait témoigné vouloir en être à toute force ; on eut toutes les peines imaginables à l'en empêcher, et l'on n'y était parvenu qu'en lui déclarant que tous les magistrats allaient sortir, si luimême, il ne se hâtait de le faire ; à quoi se décidant, il était allé attendre dans le cabinet doré, d'où on le fit bientôt revenir, pour lui signifier qu'il n'aurait séance qu'au banc des rapporteurs. Cette place ne lui agréant point, il retourna derechef au cabinet doré... ; à un quart d'heure de là, il revint dire tout bien réfléchi qu'il acceptait la place offerte, mais sans tirer à conséquence, et à condition qu'au registre il serait fait e.xpresse mention de ses réserves...

Montrant... des ordres du roi qui lui avaient enjoint de biffer lui-même, ces arrêts sur la minute, il demandait qu'on lui apportât incontinent les registres « résolu à exécuter, même par force les ordres du monarque. Or ces ordres n'étant point scellés, c'était une question de savoir si l'on y devait obéir. Mais le Parlement en voulant délibérer, le marquis défendit au nom du roi de faire aucune délibération. « Apportez les registres, disait le premier président Pontcarré. . . — Ne les apportez pas, criaient tous les conseillers des enquêtes... » Vovant qu'il lui était défendu de délibérer, le Parlement se leva tout entier, se disposant â quitter la chambre du conseil. Le marquis... aurait voulu empêcher les magistrats de sortir, et osa... leur défendre impérieusement de le faire. Mais, vivement interpellé d'exhiber les ordres du roi, il n'eut plus qu'à se taire, et se vit contraint de laisser sortir toute la compagnie, qui le laissa là avec le greffier en chef Auzanet qu'il avait retenu par force, et le premier président Pontcarré qui y était demeuré de bonne grâce... Au reste il allait lui venir du renfort... C'étaient tous les officiers de Roval Dragons qui, sortant avec empressement du cabinet]doré, leur colonel en tête, envahirent fièrement la Grand'- Chambre, prêts à venir en aide au marquis... Le greffier en chef Auzanet, sommé au nom du roi de représenter les minutes des arrêt cassés, montrant sur un bureau les minutes des arrêts qu'on veut détruire : «"Vous pouvez, dit-il, exécuter les ordres de S. M. » On cherchait des huissiers, pour opérer les radiations prescrites. Mais ils avaient tous quitté le palais. En leur absence, le marquis, la plume à la main, se mettant à l'œuvre, bâtonne, biffe, cancelle les arrêts ; les dragons, comme lui armés de plumes, lui viennent diligemment en aide, on est par\'enu à découvrir dans les couloirs un commis du greffe, qui, aidé par un clerc de procureur, transcrit en marge des arrêts bâtonnés les délibérations du Conseil qui les ont

cassés. Auzanet, témoin passif de cette scène toute militaire... délivre au marquis sur sa demande un acte attestant à S. M. la pleine exécution des ordres qu'elle a donnés, puis il se retire '.

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