‹ Les querelles religieuses & parlementaires sous Louis XVChapitre 9 sur 134 · LA SÉANCE DU 2 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA SÉANCE DU 2 SEPTEMBRE

Le duc prononça d'abord l'éloge du feu roi ; puis il aborda la question de la régence.

Après avoir reçu le viatique, il [Louis XIV] m'appela et me dit : « Mon neveu, j'ai fait un testament où je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance ; je vous recommande le Dauphin : ... s'il vient à manquer, vous serez le maître, et la couronne vous appartient... » Il finit en me disant : « J'ai fait les dispositions que j'ai cru les plus sages; ... s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien, on le changera... » Je suis donc persuadé que, suivant les lois du royaume, suivant les exemples de ce qui s'est fait dans de pareilles conjonctures, et suivant la destination même du feu roi, la régence m'appartient; mais je ne serai pas satisfait, si, à tant de titres qui se réunissent en ma faveur, vous ne joignez pas vos suffrages et votre approbation, dont je ne serai pas moins flatté que de la régence même. Je vous demande donc, lorsque vous aurez lu le testament que le feu roi a déposé entre vos mains, et les codicilles que je vous apporte, de ne point confondre mes différents

LES aUERELLES RELIGIEUSES ET PARLEMENTAIRES

titres, et de délibérer également sur l'un et sur l'autre, c'est-à-dire sur le droit que ma naissance m'a donné, et sur celui que le testament y pourra ajouter. Je suis persuadé même que vous jugerez à propos de commencer par délibérer sur le premier; mais, à quelque titre que j'aie droit à la régence, j'ose vous assurer, messieurs, que je la mériterai par mon zèle pour le service du roi et par mon amour pour le bien public, surtout étant aidé par vos conseils et par vos sages remontrances...

Puis il réclame l'ouverture du testament et des codicilles. Les gens du roi ayant remis des conclusions conformes, le premier président va aux voix et demande successivement « leur avis à M. Le Nain, doyen, puis à M. Le Meusnier et à M. Robert, aux conseillers d'honneur, maîtres des requêtes et conseillers de la Grand Chambre, qui étaient en haut derrière messieurs les présidents, aux présidents et conseillers des enquêtes et requêtes, à messieurs les pairs en remontant depuis le dernier jusqu'à l'archevêque duc de Reims sans ôter son bonnet , et les nommant tous par le titre de leurs pairies; à messieurs les princes du sang en leur ôtant à tous son bonnet et leur faisant une profonde inclination, finissant par M. le duc d'Orléans... et enfin à messieurs les présidents, son bonnet à la main sans les nommer. »

Les conclusions adoptées, lecture est donnée du testament du roi.

M . le duc d'Orléans, prenant la parole, a dit que. . . il ne pouvait pas n'être point touché de voir que l'on ne lui déférait pas un titre... dû à sa naissance, et dont il avait lieu de se flatter par les dernières paroles que le feu roi lui avait dites... ; que comme la Compagnie avait ordonné qu'il serait statué séparément sur les droits de sa naissance après la lecture du testament, il insistait... à ce que la Cour opinât sur la régence, avant qu'il fit ses observations sur quelques articles du testament et sur le commandement des troupes.

Les gens du roi appuyent cette demande et un arrêt donne la régence au duc. Mais celui-ci voulait le pouvoir total et l'abaissement du duc du Maine. Il reprend la parole et dit :

dii Que le conseil, tel que le Roi l'avait formé par son testament, aurait pu suffire à un prince expérimenté dans l'art de régner..., mais qu'il avouait avoir besoin de plus grands secours... ; que jusqu'à présent une seule personne avait été chargée d'une seule matière ;... mais qu'il croyait devoir proposer d'établir plusieurs conseils pour discuter les affaires qui seraient ensuite réglées au conseil de la régence, où l'on pourrait peut-être faire entrer quelques-uns de ceux qui auraient assisté aux conseils particuliers; que c'était un des plans qui avaient été formés par M. le Dauphin, dernier mort...,

LES AFFAIRES PARLEMENTAIRES SOUS LA RÉGENCE

que... il en ferait un projet qu'il communiquerait à la Compagnie, dont les avis seraient toujours d'un grand poids sur son esprit ;... qu'il connaissait trop son peu d'expérience pour prendre sur lui seul la décision d'affaires aussi importantes... qu'il se soumettait volontiers à la pluralité des suffrages, mais qu'il demandait la liberté d'y appeler telles personnes qu'il estimerait convenables...

Que l'éducation du roi était remise en de très bonnes mains, puisqu'elle était Sonnée à M. le duc du Maine; mais qu'il avait sur cela deux réflexions à faire faire à la Cour. La première, qu'il ne pouvait voir déférer à un autre qu'à lui, régent, le commandement des troupes de la maison du Roi ; que la défense du royaume résidait en la personne du régent, et qu'il devait... être le maître... de faire marcher les troupes et même celles de la maison du roi partout où le besoin de l'Etat l'exigerait, qu'ainsi il demandait le commandement entier des troupes, même de celles de la maison du roi ; — que la seconde réflexion qu'il avait à faire... était qu'il n'était pas convenable que M . le Duc fût dans la dépendance de M . le duc du Maine pour ses fonctions de la charge de grand maître de la maison du Roi.

Le duc du Maine réplique, mais en vaincu :

J'avais bien senti, et j'avais même pris la liberté de le représenter au Roi... que le commandement continuel de toute sa maison militaire était fort au-dessus de moi ; mais il me ferma la bouche en me disant que je devais respecter toujours ses volontés. Je ne crois donc pas avoir la liberté de m'en désister ; j'assure cependant que c'est sans aucune peine que je vois discuter cet article, que je sacrifierai toujours très volontiers mes intérêts au bien et au repos de l'Etat, et que je ne ferai point de difficulté à me soumettre à ce qui sera décidé...

Les gens du roi, visiblement embarrassés, peut-être en désaccord, demandèrent l'ajournement du débat à l'après-midi, et la séance est remise à 3 heures. Le duc d'Orléans, pressentant une résistance, voulut la prévenir par de nouvelles concessions. Il déclara :

Qu'après des réflexions plus sérieuses, il était bien aise de s'expliquer sur l'établissement des divers conseils dont il avait parlé le matin;... qu'outre le conseil de régence où se rapporteraient toutes les affaires, il était nécessaire d'établir un conseil de guerre, un conseil de finance, un conseil de marine, un conseil pour les affai'res étrangères, et un conseil pour les affaires du dedans du royaume ; qu'il jugeait même important de former un conseil de

conscience composé de personnes attachées aux maximes du royaume, et qu'il espérait que la Compagnie ne lui refuserait pas quelquesuns de ses magistrats qui, par leur capacité et leurs lumières, pussent y soutenir les droits et les libertés de l'Eglise gallicane.

Qu'à l'égard du conseil de régence, il était dans la résolution de se soumettre à la pluralité des suffrages... ; mais du moment qu'il s'assujettissait à cette condition,... la compagnie voudrait bien lui donner la liberté de retrancher, d'ajouter et de changer ce qu'il lui plairait dans le nombre et le choix des personnes dont ce conseil serait composé ; qu'il demandait encore que l'on exceptât de ce qui serait soumis à la pluralité des voix la distribution des charges, emplois, bénéfices et grâces ; qu'il voulait être indépendant pour faire le bien, et qu'il consentait qu'on le liât tant qu'on voudrait pour ne point faire le mal.

Que pour ce qui regardait les autres conseils, il demandait aussi la liberté de les former et qu'il offrait d'en communiquer le projet... Qu'il ne pouvait absolument se départir d'un droit... inséparable de la régence, et qui regardait la sûreté de l'Etat, qu'on ne pouvait pas même en excepter le commandement des troupes employées chaque jour à la garde du roi ; que l'autorité militaire devait toujours se réunir dans une seule personne... ; que les officiers même qui commandaient... la maison du roi regardaient comme le plus beau privilège de leurs charges de ne recevoir l'ordre que de la personne du roi ou du régent qui le représente.

Les gens du roi se lèvent, font l'éloge du régent et du projet de polysj'nodie, ils proposent de donner au duc du Maine le titre de superintendant à l'éducation du roi ; pour les difficultés relatives au commandement de la garde du roi et à la situation du duc de Bourbon, ils en reconnaissent la gravité : ils avaient pensé d'abord à tout concilier en donnant au duc du Maine le commandement de ces troupes sous l'autorité du régent.

Mais les chefs des différents corps prétendent être en droit et en possession de ne recevoir aucun ordre que de la personne du Roi même;... ils soutiennent... qu'ils ne peuvent et ne doivent obéir en ce cas qu'au seul régent... ; cette discipline militaire dont ils ne sont point instruits par eux-mêmes mais qui n'a point été contredite ôte toute espérance de conciliation... et les oblige de retomber dans la règle commune qui ne souffre aucune division dans le commandement des troupes.

Après quelques mots du duc du Maine qui, sans plusse défendre, se borne à protester qu'il ne peut répondre que de son zèle, les gens du

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