NOUVELLE EDITION
BEUXELLES
ALFRED VROMANT & C*' RoE DE LA Chapelle, 3
PAEIS
SANARD & DERANGEON
Rue Saint-Jacques, 174
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PRÉPACE
Fro Deo et veritate.
Il est généralement admis que les plus courtes préfaces sont les meilleures. Nous n'y contredirons pas, et nous nous bornerons à expliquer en quelques mots, dans cette introduction, quel est notre but et quels moyens nous avons l'intention d'employer pour l'atteindre.
On est vivement surpris, lorsqu'on ouvre les livres d'histoire ou de sciences naturelles les plus accrédités, d'être obligé de constater le désaccord qui règne entre eux sur une foule de questions vitales, et le ton tranchant avec lequel chacun se déclare en possession unique de la vérité. La vérité ne pouvant avoir plusieurs visages, il
QUESTIONS COXTrOT. — T. I. 1
VI PRETACE.
en résulte, pour l'esprit le moins prévenu, cette déduction d'une logique irréfutable, que s'il y a une vraie science, il y en a aussi une fausse dans l'appréciation des phénomènes naturels ; et près de l'histoire vraie il y a une fausse histoire, dans l'exposition et l'appréciation des phénomènes moraux qui se manifestent dans la vie des peuples. Comment reconnaître le vrai du faux dans ces divergences qui atteignent aussi bien le domaine des faits que celui de leur discussion ? comment trouver un guide qui puisse conduire un esprit avide de vérité au milieu de ce labyrinthe où les points de repère échappent à chaque instant ?... On le rencontre sûrement, nous assure la voix publique, parmi ces auteurs sincères qui déclarent s'affranchir de tout préjugé pour s'attacher uniquement à ce qu'ils appellent avec pompe Vesprit scientifique, et juger en toute impartialité et toute connaissance de cause. Nous ne voudrions pas médire du véritable esprit scientifique ; nous prétendons même que nos travaux en seront scrupuleusement empreints. Mais n'est-il pas vrai qu'à entendre la plupart de ceux qui en revendiquent le plus bruyamment la protection, le théologien ne peut voir clair dans l'histoire ; qu'un homme religieux n'a pas l'esprit assez libre
PREFACE. Vn
pour apprécier les faits sur lesquels repose sa foi ; qu'il faut, pour juger de haut, faire table rase de toute croyance préconçue?... Le sceptique par système a seul compétence, à leurs yeux, pour dégager les inconnues des problèmes historiques et scientifiques. Et pourtant, ces sceptiques aux affirmations si précises, ne sont pas aussi bien dépouillés de préjugés qu'ils le déclarent : car leur esprit scientifique consiste essentiellement dans la négation a priori du surnaturel : ce qui rétrécit notablement le cercle des faits sur lesquels il devient permis de pousser des investigations, et ce qui, même pour un profane, semble fort nuisible à la liberté de la science.
En fait, nous n'hésiterons pas à poser ici, sur cette question, un principe qui pourra paraître très radical, mais qu'une expérience de chaque jour nous force à dégager de l'ensemble des publications qui nous inondent de toutes parts. A notre sens, le plus sûr critérium pour reconnaître la fausse histoire et la fausse science, c'est de constater chez l'auteur du livre une haine bien formulée contre le catholicisme. Cela ne veut pas dire que toutes les œuvres émanées d'écrivains catholiques soient parfaites et qu'il faille en adopter toutes les conclusions ; mais la somme
vin PREFACE.
d'erreurs et de préjugés est, en dépit des assertions de la libre pensée, beaucoup moins considérable cliez eux que chez leurs adversaires. A toutes les époques, cette liaine plu's ou moins déclarée du catholicisme a frappé l'esprit humain de l'aveuglement le plus ténébreux ; et la passion destructive enfantée par elle a causé plus de ravages, dans le domaine scientifique, que les animosités nationales ou les ambitions des conquérants n'ont amené de ruines dans les États rivaux.
C'est ainsi qu'on entend déclarer sur tous les tons, à la tribune, dans les revues, dans les journaux, dans les ouvrages qui passent pour sérieux comme dans ceux qui prétendent à l'amusement du public, que le catholicisme romain est l'ennemi-né de toute science, la négation de toute culture supérieure de l'humanité ; que les livres, qu'il appelle inspirés et qui contiennent les bases fondamentales de ses dogmes et de ses croyances, sont en contradiction formelle avec les découvertes de la géologie, de la physique et de la physiologie ; que la création de l'homme unique est un conte à bercer les enfants en nourrice ; que l'homme descend, par évolution, d'un singe ou d'un animal qu'on n'a jamais vu, dont on n'a même jamais retrouvé les traces, mais qui était