Hist. des croisades, trad. de Tiby, t. II, p
sonnier reconnut Blondel, et le fidèle troubadour revint en Angleterre annoncer qu'il avait découvert la prison du roi Richard. Le duc d'Autriche, effrayé de cette découverte, n'osa plus retenir entre ses mains son redoutable captif, et le livra à l'empereur d'Allemagne ; Henri VI, qui avait aussi des griefs à venger, se réjouit d'avoir en son pouvoir le roi Richard, et le retint dans les fers comme s'il l'eût fait prisonnier sur un champ de bataille K »
On voit que M. Tarbé s'est trompé en avançant que Michaud ne croyait pas à l'histoire du ménestrel ; loin de là, Michaud regarde la découverte que fit Blondel comme la cause qui détermina Léopold à livrer son prisonnier à l'empereur. Michaud, dans son texte, et en cela il nous semble un peu crédule, ne met donc pas l'anecdote en doute ; il ne fait, dans une note, de réserves que sur les détails contenus dans ce qu'il appelle « un ouvrage intitulé Blondeau, qui est parmi les manuscrits de Sorbonne, n° 454 de la Bibliothèque du roi ». Cet ouvrage, peu exactement désigné, n'est autre que la Chronique de Reims.
Admis par Goldsmith, par Warton, par Mills, par Michaud, l'épisode de Blondel ne pouvait manquer d'être répété. Il le fut, en Allemagne, par F. de Raumer, dans son Histoire des Hohenstaufen ^. Il le fut aussi par
1. Histoire des croisades, t. II, p. 530, éd. de 1825. L'épisode de Blondel n'a pu être oublié dans les illustrations dont M. G. Doré a enrichi la dernière édition de ce livre.
2. Geschichte der Eohenstaufen und ihrer Zeit, von F. von Raumee, Leipzig, 1841, t. II, p. 560.
M. Henri Martin, suivant M. Tarbé. Je n'ai pu, toutefois, trouver le nom de Blondel dans la dernière édition de V Histoire de France de cet écrivain ; peut-être le reproche d'avoir été, dans certaine circonstance, un peu trop confiant, a-t-il décidé M. Henri Martin à une suppression.
Capefigue, on devait s'y attendre, s'est emparé de la tradition relative à la captivité de Richard K II a parlé avec sa légèreté habituelle du manuscrit où elle est contenue, « Tous ces détails, dit-il, se trouvent dar s une petite chronique sur le trouvère Blondiau ; elle est à la Bibliothèque du roi, dans les manuscrits. » C'est vague comme indication ; mais je crois que Capefigue ne s'est pas donné la peine de chercher la petite chronique; je pense qu'il s'est contenté d'arranger le texte fourni par Fauchet, et de profiter de la note de Mills. Tout en prétendant analyser le manuscrit, Capefigue y mêle des détails qu'il ne contient pas. Ainsi, il donne la traduction des vers échangés par Blondel et Richard. Or ces vers se trouvent, sans que rien établisse leur authenticité, dans les Additionnais Notes ofthe History of creusades ^ ; ils sont en provençal, langue familière à Richard ^, puisque c'était son idiome maternel, mais
1. Hist. de Philippe Auguste, éd. Charpentier, t. II, p. 266.
2. Histoire des croisades, t. II, p. 388, en note. Mills ne dit pas d'où il tire ces vers. Le premier couplet avait été chanté par Blondel, le second par Richard.
3. Les vers que Richard paraît avoir composés dans sa captivité, sont bien connus :
Ja nus hom près non dira sa razon...
On peut les lire dans le Recueil de Raynouard, t. IV, p. 183. On a
qu'un trouvère de l'Artois ne connaissait probablement guère.
Chateaubriand a parlé deux fois de Blondel. Dans ses Etudes historiques, il ajoute, après avoir rappelé la captivité du roi d'Angleterre : « Ce Richard que Blondel ne délivra pas par une chanson, mais qui chantait lui-même dans sa tour, en langue romane '. » Dans ses Études sur la littérature anglaise, Chateaubriand dit encore un mot sur la légende de Blondel, mais il s'exprime avec moins d'incrédulité : « Guillaume Blondel (qu'il ne faut pas confondre avec Blondel de Nesle) était un des ménestrels de Richard ; nous n'avons pas sa chanson fidèle, il n'en est resté que la tradition ^. » Chateaubriand a dédaigné d'expliquer pourquoi il pensait que le trouvère ne devait pas porter le nom de Nesle. Ajoutons encore à ces détails qu'un livre de peu d'autorité, d'ailleurs, Les Poètes français depuis le XII^ siècle jusqu'à Malherbe, par Auguis, admet sans réserve la légende de Blondel, et que la Biographie universelle la raconte, mais sans paraître y ajouter une grande confiance.
Cette confiance, encore hésitante chez quelques historiens, et qui n'a pu se produire chez quelques autres, tels que Sismondi et Augustin Thierry, M. L. Paris a pensé que la publication de la Chronique de Beims devait désormais la rendre complète. Il considère que
aussi de cette pièce un texte en langne d'oïl, dans VHistoire des troubadours, t. I, p. 58. Elle a été traduite en français.