Mém. du duc de Eaguse, t. VI, p
sans trouver, sauf en un ou deux endroits, ni contradiction ni écho. Chacun étonné semblait avoir besoin de se rappeler ce qu'était le roi. Des femmes distribuaient sur les places des cocardes blanches aux passants et parlaient avec ardeur à la foule. Peu à peu cette idée du roi se fit jour, fut accueillie et envahit tous les esprits ; quelques heures avaient suffi pour que l'enthousiasme de quelques-uns devînt l'enthousiasme de tous : tant chacun instinctivement comprenait que le retour du roi amènerait la fin de la guerre, donnerait le calme, la paix, qu'en réalité la paix était nécessaire et que le roi seulpouvaitl'assurer !I1 y avait bien peu de royalistes le 31 au matin, le soir tout le monde l'était. Le 31 mars, M. Pasquier disait à un de ses amis : « Le règne de Napoléon est fini ; j'ai servi l'empereur avec fidélité, je ne suis pour rien dans les événements qui l'ont précipité du trône, je^retourne à l'ancienne dynastie \ »
Une foule d'adresses circulèrent, et parmi ces adresses, une surtout était l'objet de toutes les conversations, car elle était plus qu'une parole, elle était un acte. L'avocat Bellart avait renouvelé au conseil municipal sa proposition de la veille, de provoquer par une adresse au peuple le renversement de l'empire et le rétablissement de la royauté.
L'adresse — nous en parlerons plus loin — avait été rédigée et treize conseillers l'avaient signée. Talleyrand, que son ancienne situation sous l'Empire, son