Mémoires, t. I, p
dernier et héroïque combat dans les rues de Belleville, la capitale était forcée de capituler (30 mars). Alors une proclamation de Schwarzenberg, généralissime des troupes alliées, déclara que le pouvoir impérial était un obstacle insurmontable à la paix, et que les alliés cherchaient une autorité tutélaire en France. « C'est à Paris, disait-il, à accélérer la paix du monde ; son vœu est attendu, et l'armée alliée soutiendra ses décisions ; ses habitants trouveront, dans l'exemple de Bordeaux et l'occupation de Lyon, le terme de la guerre étrangère et celui de la discorde civile ; vous ne sauriez plus le chercher ailleurs. Hâtez-vous de répondre à la confiance de l'Europe ^ » Comment donc le langage des alliés avait-il été ainsi modifié ? Tout à l'heure ils repoussaient les Bourbons, et maintenant ils proposent aux Parisiens l'exemple des royalistes bordelais : sans le dire, ils avouent discrètement que I3S Bourbons seraient le salut. C'est qu'ils ont suivi le mouvement de l'opinion chaque jour plus marqué. Quelques heures avant que l'on connût cette proclamation, un des membres du conseil municipal de Paris, l'avocat Bellart, avait demandé à ses collègues de provoquer par une adresse au peuple le rétablissement de la royauté. La proposition était restée en projet,
1. Cette iDroclaniation, écrite par Pozzo di Borgo sans même consiilter l'empereur Alexandre, fat signée par Schwarzenberg contre son gré. Dans la pensée de Pozzo, telle qu'il l'a depuis expliquée, ces mots : suivre l'exemple de Bordeaux, n'avaient pas le sens qu'on lexir prêtait, et voulaient seulement dire : Renversez Napoléon-Bonaparte. Quoi qu'il en soit, la masse y vit quelque chose de plus. Duvergiee de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, t. I. p. 67.
mais elle avait été appuyée par huit conseillers. Le fait était grave. Les alliés allaient apprendre également, peut-être par le maréchal Marmont lui-même, que le 30 au soir, clans une réunion nombreuse chez le maréchal, où se trouvaient le préfet de la Seine, le préfet de police, des membres du conseil municipal, des banquiers, des négociants, des propriétaires, tout le monde avait été d'accord sur ce point que la chute de Napoléon était le seul moyen de salut. On avait alors parlé des Bourbons, et un banquier, jouissant de la plus grande notoriété, M. Laffitte, s'était déclaré avec énergie en leur faveur : « Eh bien ! soit, avait-il dit, qu'on nous donne les Bourbons, si l'on veut, mais ^vec une constitution et la paix K » En entendant des hommes comme MM. Laffitte, Pérégaux, etc., exprimer une pareille opinion, Marmont croyait et chacun assez justement pouvait croire entendre la voix de la ville de Paris tout entière.
En vertu de la capitulation que, la veille au soir, au nom du salut public, le conseil municipal et une foule de commerçants avaient supplié Marmont de signer, l'empereur Alexandre entrait le 31 mars dans Paris. Or, toute la nuit du 30 au 31, les royalistes, apprenant les conversations tenues en présence du duc de Raguse, et sentant qu'elles exprimaient l'opinion qui allait devenir générale, avaient confectionné des cocardes blanches ; dès le matin, des groupes de cavaliers se mirent à crier dans les rues : Vive le Roi !