‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 12 sur 90 · Entreprend, ou seulement convient, fait le prajet · texte numérisé non relu

Entreprend, ou seulement convient, fait le prajet

i8 Les quinze Joyes

la femme que je sache qui plus se haste de s'en venir quant elle y est. » Lors le proudomme, qui est vaincu , demande qui les mènera , et quelles ' yront en leur compagnie. •< Par ma foy, mon compère ou mon cousm , il y vient vostre dame la mère de ma cousine, vostre femme, et la femme de tel et tel , et mon cousin et le vostre, et les autres femmes de nostre rue ou d'environ nous : je ouse bien dire qu'il y aura aussi bonne compagnie, et fust pour gouverner la fille d'un roy, quant est de preudomie et d'onneur. » Et à l'aventure celle qui parle doit avoir une robe ou autres joyau.x pour jouer bien le personnage, qui advient souvent. <■ Je scey bien, fait-il, que la compaignie est belle et bonne; mes elle a bien à faire ciens », et elle est tousjours par chemins. Or avant, fait-il, y aille pour ceste fois; et gardez bien , fait-il à la dame, que vous venez au soir. ■• Lors la dame, qui voit bien que elle a congié, fait semblant que elle aimast mieulx n'y aller point, et dit : « Par Dieu, mon amy, fait-elle, je n'ay que faire d'y aller ; je vous pri que je n'y aille point. — Vraiement , fait la cousine ou commère, vous y viendrez. » Et lors le bon homme tire à part sa cousine et l'y dit : « Ma commère , si n'estoit la fiance ' de vous, elle n'yroit point. — Ha , mon compère , par Dieu que-» le monde fist, vous le povez bien faire. »

Elles se metent à chemin , et puis se mocquent du bon homme, et vont disant l'une à l'autre qu'il y a ung pou de jalousie, mais il ne fait rien.

I. Quelles dames. — 2. Céans, dans, citns , ici, ici dedans.— ). La confiance que j'ai en vous. — 4. Qui.

Dt Makiage. 19

Là se rendent les galans , qui avoicnt à l'aventure aucun d'entreulx enerré • leur besongne à l'autre feste qui fut davant, et s'attendent à conclure là leurs besongnes. Dieu sçait comme la dame est festiée ^ servie et honnourée, pour l'amour de son mari, Dieu le sçait bien. Pensez comment elle se exploicte à danser et à chanter, et comment elle prise pou son mari quant elle se voit tant prisée et louée. I.ors les gallans, qui la voient si bien abillée et bien emparlée ', se avancent chacun endroit soy, l'un plus que l'autre : car jolis et gaillart maintien de femme donne hardement •♦ à couart ribaut de parler. L'un lui présente beau.x mo7. plaisans et gracieux , l'autre lui marche dessus le pié ou lui estraint la main , l'autre la regarde d'un regard trcnchent et piteux decousté, l'autre luy présente ung ennel », ung diamant, ou ung ruBi ; par lesquelles choses la dame peut assez savoir de leurs voulentés, si elle est telle que elle entende raison aucunement. Là se met aucunetTois hors de son charroy", et prent plaisir et aucunes choses, et à l'aventure y aura pis.

Or s'est mis en nécessité le pouvre homme pour l'estat de sa femme , lequel estât est cause de la faire aller aux festes, où se rendent les gallans de toutes pars , qui ne attendent chacun endroit soy fors à décevoir le pouvre homme, et n'en eschappe gueres. Or a-il esté cause de sa honte. Dont advient par la longue continuacion ,

I. Commencé, mis en train. — 2. Fêtée. — 3. Gaie, aimant à jaser. — 4. Courage. — j . Anneau. — 6. Hors de U droite voie, du grand chemin.

ou que la dame ou son amy ne se sont pas bien gouvernez, ou aucun parent ou especial amy du mary lui en ont dit aucune chouse , il trouve la vérité ou s'en doute. Pour ce chiet en la rage de la jalousie, en laquelle ne se doit bouter nulz sages homs : car s'il sceit une foiz le mal de sa femme , jamais par nul medicin ne guérira ; et lors il la batra et empirera sa besoingne, car el ne s'en chastiera jamès; et en la bâtant il ne fera que alumer le fea de folle amour d'elle et de son amy, et lui eust il coupé les membres. Dont advient qu'il en pert son chatel ', et en devient tout abesté , et se met tout en non chaloir ^. Et jamais puis"' que ainsi est elle ne le amera , si ce n'est pour passer temps et pour lui faire umbre. Là vit le pouvre homme en peine et tourment , qu'il prend pour joye. Or est-il en la nasse bien cmbarré , et s'il n'y estoit il se y mettroit à grande haste; là usera sa vie en languissant tousjourset finera misérablement ses jours.

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