Crainte
ner, ne il ne vous couste gueres; je suy jour et nuict après : que la malle boce s'y puisse ferir ! — Ha! a! belle damç , fait-il, c'est mal dit. — Avoy, Monsieur, dit la nourrice , vous ne savés pas la paine que madame y a , et qu'ilz nous font endurera les nourrir. — Par ma foy, dit la chambrière, c'est grant honte de vous quant vous venez de hors, que la meson deust estre resjoye de vostre venue, et vous ne faites que noise. — Quelle noise, fait-il , est ce là ? Par ma foi, je ne la fais pas. »
Lors toute sa famille est contre luy, et ainsi le bon homme , soy voiant acullé de touz coustés , où il a esté maintes fois , et voit bien qu'il n'y gaingneroit rien, s'en va souvent coucher sans soupper, sans feu , tout moillé et morfondu ; et s'il soupe, Dieu sait comment, et en quelle aise et plaisance. Puis s'en va coucher, et oyt los enfans crier la nuitée ; et la dame et la nourrice les lessent à l'aventure crier tout à escient, par despit du bon-homme. Ainsi passe la nuyt en soussy et tourmens, qu'il "tient à grant joye, veu qu'il ne vouidroit pas aultrement estre. Pource y est et y demourra tousjours et finira misérablement ses jours.
LA QLMNTE JOYE.
f5:^g|^;>^a quinte ' joye de mariage, si est quant Wf] Ç^le bon homme qui est marié, par les @ „7t^§grans travaulx et paines qu'il a endu- ^5^^^ rées et portées longuement, est mat et las, et est sa jeunesse fort resfredie : et à l'aventure il a femme de plus grant lignée qu'il n'est, ou plus jeune, qui sont deux grands chouses. Car nul ne se peut plus gaster que soy lesser enveloper en ces deux liens, pource que ce sont répugnances que l'on veult acorder contre nature et raison. Aucunesfois ont des enfans, et aucunesfois non. Ce non obstant , la dame ne s'est pas tant donné de paine comme le proudomme, qui a moult travaillé à la tenir bien aise, et pour son estât que elle a voulu avoir tousjours jolis et de grand chatel. Et s'il n'y avoit que cela , si faut-il qu'il aille avant; car elle ne veult pas abesser sa lignée , et le mary se tient moult honnouré de ce que Dieu lui fist la grâce qu'il la peut avoir. Et avient souvent que quant ilz se courrocent ensemble , elle lui dit par manière de menaces que ses amis ne la luy baillèrent pas pour