‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 25 sur 90 · I. cinquième · texte numérisé non relu

I. cinquième

la paillarder, et qu'elle scet bien dont elle est venue. Et dit que quand elle vouldra escrire à ses frères ou à ses cousins, qu'ils la viendront tantoust quérir. Et pource ne luy ouse toucher de la main, quoy qu'il die de la bouche : ainsi est en grant servage, ce me semble. Et peut bien estre que ses parens l'eussent plus haultement mariée, et ne l'eussent pas baillée au bon homme, si ce ne fust ung petit eschapeillon ' que elle avoit fait en sa jeunesse, je ne scey par quelle malle aventure qui advint par chaude colle-, dont le bon homme n'avoit rien sceu ; ou à l'aventure en avoit bien oy parler et dire aucunes choses , mais le bon homme , qui est fait à la bonne foy et du bon cresme "', oyt jurer à pluseurs bonnes gens que ce furent mauvais langages, qui furent mauvesement controuvez et sans cause contre la bonne damoiselle ou bourgeoise, comme plusieurs sont blasmées à grant tort. Dieu le sceit bien, par les joletrins-» allans et venans par les rues , quant parlent des bonnes preudes femmes quant autre chose n'en povent avoir.

Si est ainsi que la bonne dame, qui voit et regarde son mary, qui a delessé l'esbat et toute joie et pense à acquerre chevance ou terre , et à l'aventure n'a gueres grant chevance; et pource

I. Escapade. — 2. Ardeur amoureuse; fjWi? accolatio. (Édit. de 1857. 'I

?. Un peu bien crédule. Ce proverbe suppose que plus le crcme étoit bon , plus celui qui en a été confirmé a de foi. L. D.

4. Jeunes coqs, coquets. Le patois lorrain appelle jaltrê un jouvenceau qui commence seulement à se plaire avec les filles. L. D.

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il est chiche à la mise, qui n'est pas plaisant à la dame , pource que elle veult souvent avoir nouveauté/, selon le temps, tant en robes, saintures que aultres choses, ainsi que elle voit en bonnes compaignies où elle va souvent, aux dances et aux testes, avecque ses cousines et ses commères et avecques son cousin, qui à l'aventure ne lui est rien.

Et avient aucunesfois que , pour les grans aises où elle est et pour les grans delitz et plaisances que elle prent aux festes et dances où elle va continuellement, et que elle voit et oit dire pluseurs bonnes chouses, elle met en mespris son mary, et fait ung amy tel que bon luy semble. Et si ainsi est, jamais elle ne amera son mary : car il est tout aultre que son amy; car il est avaricieux et plein de pensées et de soussiz; et el n'est pas entrée en celle avarice où il est , et est en sa jeunesse , laquelle elle veult emploieren plaisances et délectations. Si va souvent où ellescet qu'elle pourra voir son amy, qui est frais et jolis. Et aucunes fois advient que ne le peut voir de longtemps à son honneur' ; mais elle a eu message que elle le doit veoir demain à certaine heure.

Et quant viendra au soir, que le bon homme son mary est couché et se veult esbatre avecques elle , à qui il souvient bien de son amy, que elle doit veoir demain à certaine heure, trouve manière de s'en eschapper, et n'y touchera jà, et dit qu'elle est malade ; car el ne prise rien son fait, pour ce que c'est trop peu de chose au re-

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