‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 56 sur 90 · Arguant, grondeuse, qui trouve à redire à tout. L. D · texte numérisé non relu

Arguant, grondeuse, qui trouve à redire à tout. L. D

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de estre ainsi appistolé ' . Et quant la dame et ses enfans sont davant luy, comme dit est, il dit ù la femme : «> M 'amie, fait-il , vous estes la chose du monde que je doy plus aimer, et vous moy, et sachez que je ne suy pas content de moult de choses qui me sont faictes. Vous savez que je suis seigneur de la meson , et seray tant corne je vivray; mais l'en ne me fait pas semblant : car si je éstoye ung pauvre home qui allast quérir le pain pour Dieu , l'en ne me devroit pas faire ce que l'en me fait. Vous savez, m'amie , que je vous ay amée et chier tenue, et ai mis grant paine à soustenir nostre estât : et vos enfans et les miens se portent * mal envers moy. — Et que voulezvous que je face ? fait la dame ; l'en vous fait tout le mieux que l'en peut : vous ne savez que vous demandez. Mais qui mieulx vous fait et pis vous a 5, et oncques vous ne fustes aultre : je scey bien à quoy m'en tenir. — Ha a! belle dame, lassez en ester les paroUes, car je n'en ay plus que fere. » Le bon homme parle à son filz amsné : «Enten à moy, mon beau fils : je regarde ton gouvernement, qui ne meplaist pas. Tu es mon filz aisné , et seras mon principal héritier, si tu te gouvernes bien. Mais je regarde que tu te donnes auctorité de me prendre le gouvernement de mes biens. Ne te metz point si avant, et pense de moy servir et de me obéir comme tu le doiz faire. Je t'ay esté bon père, car je n'ay pas empiré mon héritage , mes l'ay bien acreu et

I . D'être arrangé de cette sorte. Je ne connois pas d'autre exemple de ce mot. — 2. Se comportent.

}. Oignez vilain il vous poindra, dit un autre proverbe, assez semblable à celui-<i. L. D.

amendé, et t'ay amassé des biens assez. Car si tu taiz le contraire, je te jure par ma foy que je te feray despla.sir, et que tu ne jo.ras de chose que Dieu me ait donnée; et t'en prens garde — Et que voulez-vous, fait la dame, qu'il vous îace r L en ne sauroit comment vous servir On auroit trop affaire, qui voudroit estre toujours o vous; et il fust mestier que vous etmoyfussons en paradis , et ne seroit pas mèsen ■ à grant dommage. Vous ne savez ce que demandez : n'estesyous pas bien aise.? — Or, belle dame, fait-il taisiez-vous en, et ne le soustenez pas; car c est tousjours vostre manière. «

Lors se départent, et parlent la dame et le filz ensemble , et dient qu'il est assoty : et pource qu II a menacé le filz, ils dient qu'il est en voie d empirer son héritage, qui n'y pourverra ^ et concluent ensemble que home du monde ne parlera plus avec lui. Le filz veult entrer en gouvernement plus que devant, car la mère le soustient. Ils s en vont et dient à chacun que le proudomme est tourné en enfance; et travaille le filz à taire mettre le bon homme en curatelle et luv font acroire qu'il a perdu le sens et la mémoire, combien qu il est aussi sage qu'il fust oncques t.t s 11 vient aucun à Toustel parler à luy lequel avoit acoustumé à tenir bonne meson et faire bonne chiere aux gens qui le venoient voir, et demandent le proudomme à la dame et elle respondra : .. Par ma fov, mes amis, il'esten la chartre nostre Seigneur ?. — Et comment, fait-il,

I. Dorénavant. — 2. si l'on n'y pounoit Iftl }f "'^Y'^^^rtre a servi à désigner diverses maladies. ttre en la chartre nostre Seigneur se disoit peut-être des

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lui est-il avenu ? — Par ma foy, fait-elle, il est comme ung innocent, et du tout tourné en enfance jà pieczà. Dieu soit loué, fait-el, de quant qu'il ' me donne : car je suy bien chargée de grand mesnage , et n'ay qui s'en mesle que moy. — Vraiement, fait-il, c'est grant dommage, et si m'en esmerveille bien, car il n'a encor guères que je le vi aussi sage homme comme il en avoit point en cest pais. — Ainsi est, fait-elle, de la voulenté de Dieu. »

Ainsi est gouverné le bon homme , qui a vescu honourablement, et se gouvernast bien et son mesnage, qui le voulist croire. Or povez penser si le bon homme use sa vie en grande languisson ^ qui ne peut partir d'un lieu, et ne peut aller ne dire les graves torts que l'en lui fait. Ainsi vit en languissent, et use sa vie. Jamais n'aura joye, et est de merveilles qu'il ne entre en désespérance; et si feroit, si n'estoit qu'il est sage homs. Si lui convient prendre en patience, quar aultre remède n'y peut il mètre ; ne homme ne parlera à luy, sinon par congié. Et quant à moy, je croy que c'est cy une des grans douleurs qui soit sur terre. Ainsi fait le proudomme sa penitance , et pleure souvent ses péchiez en la nasse qu'il avoit tant désirée , et avoit prins si grant peine à y entrer, dont il n'ystra' jamès. Et s'il n'y estoit , il ne fineroit jamès jusques ad ce qu'il y fust entré. Et ainsi sera en languissant tousjours, et fmera misérablement ses jours.

hommes tombés en enfance; peut-être la dame dit-elle tout simplement qu'elle a fait mettre le bonhomme dans un hôpital, nne prison de fous qui auroit porté ce nom. 1. Tout ce qu'il. — 2. Langueur. — }. Ne sortira.

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