Apprivoisés, dressés pour la ch.isse. Terme de vénerie
voiler de rivière en rivière pour trouver viande qui leur plaist , cuident qu'ilz soient bien aises. Hellas! ils ne le sont pas : car ils sont tenus chacun par le pié attachié, et sont apportez à l'hostel en ung pennier l'un sur l'autre à grant douleur, contre leur nature. Moult fussent aises les pouvres oiseau.x prisonniers si fussent en la liberté que sont les autres, qui povent aller de rivière en rivière, et taster de toutes viandes. Mais quand ils voient les aultres pasturer comme dit est, ilz se mectent avecques eu.x à grans voilées et grand haste, que l'un ne ateni point l'autre , sinon aucuns oiseau.x rusés , qui ont veu et ouy parler de la fourme, et l'ont bien retenu, et ne l'ont pas mis en nonchalloir, mais s'en tirent arrière comme du feu. Car les pouvres oiseaux qui sont dedens ont perdu leur liberté, que jamès ne recouvreront, mais demoureront en servage tousjours; et qui pis est, on leur abrège leurs jours. Mais non obstant ce, celui qui est marié , dont nous parlons , a avisé à se mectre le moins mal qu'il a peu; ou à l'aventure le fait sans gueres y aviser. Et que que soit, il cuide avoir joies, délices et esbatemens là où il est mis aucunesfois ; mes il a trouvé tout le contraire. Et aucunesfois avient, par ne scey quelles choses, que l'en dit que ce sont envoustemens, carathemens ' ou maléfices , que sa femme ne l'ameroit jamès; et lui est avis , ce dit à sa cousine ou à sa mère , qui la blasme , que quant elle
I. Euvousîemens , carathemens. Sortes de maléfices qui se font avec des images faites à la ressemblance de la personne à qui on veut du mal.... L. D.
est emprès son mary, que la chair li espoint comme asguilles', ne jamès ne feroit amour ne plaisir à son mary. Et dit encore qu'il ne peut rien faire, sinon quant il plaist à ceulx qui ont fait le sort , combien qu'ilz en ont bien grant voulenté. Voiez-cy bien grans tourmens, ce me semble; comme qui auroit grant soif, et auroit la bouche touchant à l'eaue , et ne porroit boire. Et avient souvent que telles femmes, qui sont en tel estât , ont un amy, que quand ilz sont ensemble il n'est pas envoulsté. mais se aide bien de ses membres, o Paide qu'ilz y mectent.
Aussi avient souvent que le mari, par le mauves gouvernement de sa femme et de son amy, s'en apperçoit, et la batra. Et aucunesfoiz elle poujxhace àJuiiaire yillennie , qui est avenu à pluseurs. Et aucunesfois avient que, pour les malles noises qu'il li maine ^ et aussi qu'il la bat, qu'elle se va et plante son mary pour raverdv : mais non obstant, il en est aucuns mariz qui enragent, et serchent et quierent par-tout, et vouldroyent avoir donné tout leur meuble qu'ilz l'eussent trouvée. Et quand elle s'est bien prou esbatue de son amv \ et voit la bonne volonté de son mary, elle a aucuns de ses amis qui traictent avecques la mère, qu'elle die qu'elle a tousjours esté avecques elle, et que la pouvre fille s'en estoit allée pource qu'il la vouloit affoller. •< Je ameroye mieulx , fait la mère au mary, que la me baillassez du tout, que la battre ainsi; car je