S'esmoyer, se soucier, se menre en peine
5. Tirer esguilktta. Trier, peut-être choisir. L. D. — Cette explication est singulière. Les aiguillettes étoient des lacets qui attachoient le haut-de-chausses au pourpoint. De là venoit l'expression nouer l'aiguillette, qui se disoit d'un homme qu'on avoit, au moyen de maléfices, rendu impuissant. Tirer l'aiguillette , c'étoit prouver clairement qu'on n'étoit point maléficié.
4. Plaisirs, amusements. — 5. D'où. — 6. Donnent. — 7. Quoique.
les autres mariés qui sont en la nasse bien embarre/. , qui s'esbanoient ', ce lui semble, pour ce qu'ils ont le past emprès eux dedens la nasse, c'est assavoir la femme , qui est belle , bien parée et bien abillée, de tieulx * abillemens que à l'aventure son mary n'a pas paie/.; car l'on lui fait acroire que son père ou sa mère les li ' ont donnez de leur livrée^. Si tournoyé et serche le jeunes homs ' environ la nasse , et fait tant qu'il entre dedens, et se marie; et pour la haste qu'il a de taster du past. avient souvent qu'il enauiert petitement des besoingnes, et s'y boute tel feur telle vente *>.
Or est dedens la nasse le pouvre homs , qui ne se souloitv esmoier fors* de chanter, et d'achapier esguillettes, bources de soye cl aullres joliveiés. pour donner aux belles. Il se joue et delicte" ung peu de temps liens, et ne s'esmoie point d'en issir, jusqucs ad ce qu'il s'avise un pou aucunefois; mes il n'est pas temps : sa femme convient '^ mectre en estât ainsi qu'il appartient. Et à l'aventure el '■ aura lecuer bon et pay. et avisa l'autre jour, à une feste où el fut , les autres damoiselles, bourgeoises, ou aultres femmes de
I . Qui s'amusent, se divenissenl. — i. Tels. — j. Lui. — 4. De leur garderobe, ou peut-être de leur argent.
j. Jeunes homs, jeune homme. Nominatif singulier, d'après les règles de notre grammaire primitive. Voy. La préface des Noinelles françoisa en prose du XIII* siicle, par MM. L. Moland et Ch. d'Hèricault.
6. Tel feur telle vente, tel prix, telle veille; au cours du marché.
7. N'avoit coutume de. — 8. Excepté, honnis. — 9- S'amuse. On dit encore se délecter. — 10. Conrient, il faut. — II. Elle.
DE Mariage. 9
son estât , qui estoient abillées à la nouvelle fasson; si dit en soi mesmes que bien appartient à son lignage et à ses parens qu'elle soit aussi bien abillee comme les aulires. Lors regarde lieu et temps et heure de parler de la matière à son mary; et voulentiers elles devroient parler de leurs choses especialles là où leurs mari/, sont plus subjets et doivent estre plus enclins pour octrier ' : c'est ou lit. ouquel le compagnon dont i'ay parlé veult atendre à ses délit/.» et plaisirs, et lui semble ou'il n'a aultre chousc à faire. Lors commence et ait ainsi la [)ame : « Mon amy, lesse/.-moy, car je suis à grand mal-aise. — M 'amie, dit-il , et de quov ? — Certes , fait-elle , je le doy bien estre , mais je ne vous en diray jà rien . car vous ne faites compte de chose que je vous dye. — M 'amie, fait-il. dites-moy pour quoy vous me dites telles paroles? — Par Dieu, fait-elle, sire , il n'est jà mestier ' que je le vous dye : car c'est une chose, puis'* que je la vous auroye dite, vous n'en feriez compte, et il vous sembleroit que je le feisse ' pour autre chose. — Vravement, fait-il, vous me le dire/.. » Lors elle dit : <' Puisqu'il vous plest, je le vous diray : Mon amy. fait-elle, vous savez que je fuz l'autre jour à telle feste . où vous m'envoiastes, qui ne me plaisoit gueres ; mais quand je fus là , je croy qu'il n'y avoit femme 'tant fust-elle de petit estât; qui fust si mal abillée comme je estoye : combien que je ne le dy pas pour moy louer, mais. Dieu mercy, je suisd'aussi bon lieu comme dame,
I. Oaroyer, accorder. — 2. Jouissances. — j. Il n'est pasbesoin,iln'est point nécessaire. — 4. Après. — {. Fisse
damoiselle ou bourgeoise qui y fust; je m'en raporte à ceulx qui sceveni les lignes '. Je ne le dy pas pour mon estât ' , car il ne m'en chaut ' comme je soye ; mais je en ay honte pour l'amour de vous et de mes amis. — Avoy^! dist-il, m'amie , quel estât avoient-elles à ceste feste r — Par ma foy , fait-elle , il n'y avoit si petite de Testât dont je suis qui n'eust robe d'écarlate», ou de Malignes *>, ou de (in vert, fourée de bon gris ou de menu-ver", à grands manches, et chaperon à l'avenant , à grant cruche*, avecques un tessu " de sovc rouge ou vert , traynent jusques ù terre, et tout fait à la nouvelle guise "^. Kt avoie encor la robe de mes nopces, laquelle est bien usée et bien courte, pour ce que je suis creue ' ' depuis qu'elle fut faite : car je estoie encore jeune fille quand je vous fus donnée , et si suy desja si gaslée , tant ay eu de peine , que je sembleroye bien estre mère de telle à qui je seroye bien t'ille. Et certes je avoye si grani honte, quand je estoie entre elles , que je n'ousoie ne savoye faire contenance. Et encore me fit plus grand mal que la Dame de tel lieu , et la femme de tel, me disrent devant tous que c'estoit grand'honie que je n'estove miel.x abillée. Et par ma foy, elles n'ont garde de m'y trouver mes en pièce'*. —
I. Les g^éalogies. — 2. Train, accoutrement. — }. Il m'est indifférent. — 4. Avoy ! Dieu! — s. Sorte de drap. Il y en avoit de plusieurs couleurs. — 6. Matines, où se fabriquaient de belles étoffes.
7. Le fin vert doit être une étoffe, tandis que le bon gns et le menu-ver o\i menu-vjir soM des fourrures.
8. Je n'ai aucun renseignement sur les chaperons à grant cruche. — 9. Tissu. — 10. Mode. — 1 1. J'ai grandi. — 12. De longtemps.
Dt: M AK 1 AC E. Il
Avoy ! m'amic, fait le proudomme, je vous diray : vous savez bien, m'amie, que nous avons assez affaire, et savez, m'amie, que quant nous entrames en nostre ménage nous n'avions gueres de meubles, et nous a convenu achapter liz, couchez , chambres , et moult d'autres choses, et n'avons pas grant argent à présent; et savez bien qu'il fault achapter deux beufs pour notre mestoier de tel lieu. Kt encores chaist ' l'autre jour le pignon de nostre grange par faulte de couverture, qu'il faut retîaire la première chouse. Kt si me fault aller à l'assise de tel lieu , pour le plait ^ que j'ay de vostre terre mesmes de tel lieu, dont je n'ay riens eu ou au moins bien petit, et m'y fault faire grand dcspence. — Haa! sire, je savoye bien que vous ne me sauriez aultre chose retraire ' que ma terre. > Lors elle se tourne de l'aultrepart, et dit : •' Pour Dieu, lessés moi ester •♦, car je n'en parleray ja mais. — Quoy dea, dit le proudomme, vous vous courroucez sans cause. — Non fais , sire , fait-elle : car si vous n'en avez rien eu, ou peu, )e n'en puis mais. Car vous savez bien que j'estoye parlée de marier à tel ou à tel , et en plus de vingt aultres lieux , qui ne demendoyent seullement que mon corps; et savez bien que vous alliez et veniez si souvent ue je ne vouloie que vous; dont je fu bien mal e Monseigneur mon père , et suis encor, dont je me doy bien haïr : car je croy que je suy la plus maleurée * femme qui fust oncques. Et je