CONCLUSION
!^iy finent les XV joyes de Mariage, les- ; quelles je appelle joies pource que ceulx ■qui sont mariez ne povent avoir coïignoissance des chouses dessusdites, et les tiennent à grant félicité, comme il appert, pource qu'ilz ne vouldroient pour riens estre aultrement. Mais quant ù moy, je tiens telles chouses aux plus grans maleurtez qui puissent estre en terre. Et si les femmes se deullent' de ce que je n'ay mis ou assigné lesdites chouses, que je tiens à maleurtez, surs elles comme surs les hommes , elles le me pardonront si leur plest , combien que je ne leur ay rien meffait, pource que tout est à leur louange et honneur.
Et aussi que par règle generalle ces chouses dessusdictes tombent sus les hommes, comme j'ay dit dessus, ne je n'ay dit ne vouldroie dire que toutes les joies , ne deux ne trois dessusdites , aviennent à chacun marié; mais je puis dire pour certain qu'il n'est homme marié , tant soit-il sage , cault ou malicieux, qui n'ait une des joies pour
Se plaignent, sont dolentes
Les quinze Joyes de Mariage, i^j
le moins, ou pluseurs d'icelles. Pourquoy on peut bien conclure que homme qui sans contrainte se met en telle servitude use bien de voulenté.
Ne pourtant je ne veil pas dire qu'on ne face bien de soy marier : mais je ne tiens pas telles besteries à joies ne à félicitez. Au moins se deussent-ilz garder de se lesser ainsi abestir : car l'un voit ce qui avient aux aultres , et s'en scevent .très bien mocquer et en faire leurs farses ; mais quant ils sont mariez, je les regarde embridez et abestis mieulx que les aultres. Si doit chacun se garder de se mocquer des aultres, car je ne voy nul exempt des joies dessusdites. Mais chacun, endroit soy, croit le contraire, et qu'il est préservé et beneuré entre les aultres ; et qui mieulx le croit, mieulx est embridé. Je ne scey que c'est, sinon l'aventure du jeu qui le veult.
Et si l'en me demande quel remède aucun y pourroit mettre, je respons que ce seroit chouse possible, combien qu'elle soit difficile : mais au moins il y a remède, mes je ne veil aultre chouse respondre à présent. Mais si aucun m'en vouloit demander de bouche, je lui en diroie mon avis : mais orendroit je me tais , pource que aucune dame, damoiselle ou autre m'en sauroit mal gré ' . Combien que , en bonne foy, tout est à la louenge des femmes, comme j'ay dit; et ce que j'ay cy escrit , qui bien l'entendra ne trouvera point que les hommes ne aient toujours du pire, qui est honneur pour elles; et l'ay escrit à la requeste de certaines damoiselles qui m'en ont prié. Et si elles n'en estoient contentes , et elles vouloient