ARRANGEMENT ET SUCCESSION DES MOIS
Les mois suivaient naturellement les vicissitudes de Tannée ; chaque nouvelle réforme produisait des dénominations nouvelles, appropriées à la nature de la série réformée. Pour comble de malheur, la plupart des auteurs ont oublié que les saisons américaines sont Tinverse des saisons européennes, et ont introduit dans toutes ces matières une confusion épouvantable. L'arrangement des mois tel que je le propose est fondé sur les indications d'écrivains spéciaux, de M. Markham, par exemple. Naturaliste de profession, M. Markham a plus que personne porté son attention sur ce sujet.
Les mois se divisaient en quatre groupes de trois.
PRINTEMPS. — SITUA.
Cette saison commençait le jour même de Téquinoxe austral. Elle comprenait :
V Septembre-octobre. — Umu^Raymi, mystère divin du feu ; en ce jour le soleil montait vers le sud et venait réchauffer la terre de ses rayons puissants ;
2** Octobre-novembre. — Panchin-Toktu , ouverture des ruches ;
3° Novembre-décembre. — Aïa-Marku, mot à mot la
tour ou la pyramide des morts (1). C'est également le temps où rÉglise catholique célèbre la fête des morts ; aussi pourrait-on croire que cette cérémonie fut introduite par les conquérants espagnols. Il n'en est rien pourtant, a L'on ne sait pas au juste^ disent MM. Rivero et n Tschudi, l'étymologie de ces mots (Aya-Marka). La plus « grande partie des historiens les écrivent âyar-Marka ; « nous pensons qu'ils doivent s'écrire âya-Marka, de c( AYA, mort, et marka, lever les bras. On célébrait en « effet en ce mois la fête solennelle des morts par des « lamentations et des chants plaintifs. On avait, durant « cette fête, l'obligation de visiter les sépulcres des an- « cêtres, des parents et des amis, sur lesquels on of- « frait des boissons et des aliments. Il est fort curieux (( que cette fête eût lieu chez les anciens Péruviens à la « même époque et aux mêmes jours où les solemnisaient « les chrétiens. »
1* Décembre-janvier. — Huk-chuy Pokkoy, première apparition des pousses du maïs.
2* Janvier-février. — Hatun-Pokkoy, grandes pousses ; le mais est mûr.
3" Février-mars. — Pakkari-Hdatay , le nœud de la
(1) Ata, deuil, trépas.
lumière, l'arrivée du soleil à la ligue équiuoxiale, où le soleil semble nouer, pour ainsi dire^ les extrémités de son mouvement apparent.
EQUINOXE D*AI3TOIINE. — A-SITUA.
!• Mars-avril. — Pakkari-HuaSuy, mort, dépérissement de la lumière solaire. C*est le moment où le soleil commence à s'éloigner, et laisse les peuples du sud plongés dans les ombres de l'hiver.
2* Âvril-mai. — âyrihua ou ârihua. La première forme est de Tschudi, la seconde de Markham. âtri est la hache, ou tout instrument tranchant ; mais cette interprétation me parait douteuse , et je ne vois pas que l'on exécute pendant ce mois des travaux qui nécessitent l'emploi d*instruments pareils, âri, au contraire, est le foyer; huay, aller vers, se mouvoir. Les deux mots réunis signifient donc les danses, les fêtes du repos. C'est pendant ce mois que se terminait la répartition faite par les employés impériaux; il était naturellement consacré au repos et à la joie.
.V Mai-juin. — Hayma-Muray, littéralement les murailles de l'hiver, ou bien les dépôts de l'hiver. C'est pendant ce mois qu'on finit d'élever les hangars recouverts de paille et de roseaux où Ton conserve les grains pendant la durée de l'hiver et de la saison pluvieuse.