CHAPITRE VU
Le carrossier. — Le bourdon. — Le cultural. — Le moyen, le grand carrossier. — Le carrossier français à l'étranger. — Les encouragements à l'élevage. — Population chevaline. — Les Haras du Pin et de Saint-Lô ; leurs effectifs. — Les naissances annuelles. — Les achats d'étalons. — Les achats des Remontes. — Principaux éleveurs. — Ecoles de dressage. — Concours de selle, foires, etc..
Les étalons qui n'ont pas satisfait aux épreuves de vitesse donnant la qualification trotteuse ne peuvent prétendre qu'au titre (( d'étalons de demi-sang carrossier ». Il y en a de plusieurs sortes : les uns sont près du sang et se rapprochent comme modèle, qualités, aptitudes générales^ du trotteur ; les autres s'en éloignent plus ou moins ; on en surnomme les plus communs bourdons. Il y en a d'autres encore plus communs, encore plus épais, encore plus lourds qu'on reproche aux Haras de vouloir encourager comme plus ciiltiiraiix, afin
L Voir le Cheval de selle en France, du même auteur, et le Demi-Sang anglo-normand, de M. Gallier.
d'enrayer rengouement pour le gros trait utilisable seulement au pas, et créer ainsi, dans la culture même, une réserve de mobilisation. L'intention était fort bonne, mais il semble qu'une campagne de presse ait été menée avec quelque succès contre cet essai.
Il y a de petits et de grands carrossiers. Les petits, ou plutôt les moyens, vu leur taille de 1 m. 58 à 1 m. 60, sont les meilleurs ; ils remontent nos dragons ; les grands carrossiers offrent naturellement plus de prise à la critique à mesure qu'ils s'éloignent du sang et prennent de la taille. Certains ont de la figure, surtout sous le harnais, avec du geste et un modèle important. Ce sont de bons chevaux de voiture, et très exceptionnellement des chevaux de selle, vu leur manque d'allure au galop et d influx nerveux. Nos cuirassiers étaient remontés jusqu'à présent en chevaux de cette dernière catégorie.
La plaine de Caen en est le grand centre d'élevage, nous l'avons dit plus haut, et le marché de la production normande.
Les étrangers y viennent acheter, souvent très cher, des étalons et des chevaux de service. Ce débouché est cependant relativement restreint Les Anglais eux-mêmes, s'ils n'admettent pas nos demi-sang issus du trotteur comme huniers, ont adopté nos carrossiers pour leurs voitures de luxe londoniennes, lesquelles, on le sait, sont aux mains des loueurs. Déjà le grand carrossier, dit de gala, a complètement disparu, faute d'emplois, tandis que l'élevage évolue vers la création d'un solide routier apte aux besoins modernes, et voici que l'automobilisme tend à supplanter partout le cheval de harnais ; cette branche de l'industrie normande est appelée à disparaître, ou du moins à diminuer rapidement dans des proportions assez considérables, même si elle évoluait, comme c'est probable, vers la fabrication du cheval de selle moderne. Les très importants subsides que touche l'élevage normand ne font que prolonger artificiellement la vie du carrossier proprement dit. Ces subsides annuels, de toute nature, s'élèvent pour le Calvados, l'Orne, la Manche, l'Eure, la Seine-Inférieure, à près de 7 millions, pour 2L000 naissances environ (1911).
La population chevaline totale demi-sang et trait (service et élevage) des départements normands est la suivante (1909) :
Calvados. . . . 66.210, dont 23 060 au-dessous de 3 ans.
Eure 47.830 — 12.372 —
Orne. .... 61 110 — 22.680 —
Manche. .... 94.500 — 29.500
Seine-Inférieure. . 73.030 — 20.540 —
1.242 demi-sang normands font la monte aux Haras nationaux. Ils représentent 35,95 ^jo de l'effectif total, tandis que les trotteurs n'en sont que le 9.89 %.
Les dépôts qui desservent la Normandie, le Pin et Saint-Lô entretiennent 733 étalons dont 57 de pur sang anglais ; 392 de demi-sang non qualifiés trotteurs ; 167 trotteurs^ 12 Norfolk anglais, 91 percherons, 14 boulonnais (ces trois derniers genres d'étalons au Pin seulement).
En 1911, le nombre des naissances de demisang a été, en Normandie, de 15.166 (sans compter 3.346 trotteurs et 1.124 culturaux), contre plus de 22.000 naissances en 1904. Il y a là un déchet à signaler, symptomatique de l'importance de la crise.
LE DEMI-SANG EN NOmiANDIE 101
Les Haras achètent tous les ans un certain nombre d'étalons de demi-sang en Normandie. En 1910, ils en ont acquis 83 pour la somme de 496.000 francs, soit une moyenne de 5.940 francs. L'Administration complète ses effectifs de demisang aux achats de Rochefort.
Les Remontes assurent à l'élevage de demisang anglo-normand un débouché par 3.500 à 4.000 têtes. Si le prix moyen du troupier de 3 ans ressortit à 1.050 francs, auxquels on doit, en 1913, ajouter les 250 francs d'augmentation au prix budgétaire de chaque cheval, son prix de revient s'élève à 850 francs environ (d'après M. Gallier, dans le Cheval de demi-sang) ; mais il est probable que cette estimation est un peu basse, d'autant plus que les ratés, les non-valeurs, n'y sont pas comptés. Rien entendu, le prix de revient du cheval de tête, du cheval de qualité, s'élève fort au-dessus de ces moyennes. La plupart des chevaux de tête, toutefois, récoltent des primes de majoration, des allocations dans les concours avant d'être achetés à des prix spéciaux par les Remontes militaires.
Quoi qu'il en soit, comme nous lavons dit plus haut, si TEtat veut maintenir dans les pays de production un stock suffisant pour assurer ses effectifs de temps de paix et deguerre, il devra, sinon augmenter considérablement ses encouragements, du moins les répartir d'une façon plus favorable au but qu'il poursuit.
Le tableau synoptique ci-contre renseignera le lecteur mieux que plusieurs pages de texte, sur la production anglo-normande dans toutes les régions où fonctionnent ses étalons.
Ci 0 1^ ro •^ 0 co lO >o -f lC LC
•JD
'^ 10 0 0 CO l^ 1-. -r l--- -TH ,-? T
T-ic^oi'^cD'^o — -^-rr^ —
COO-fi'TtiCSI T^ l^CO»-
oco