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LE CHEVAL EN ANGLETERRE. GÉNÉRALITÉS

L'idéal anglais. — Population chevaline. — Historique de l'élevage. — Le cheval de pur sang. — Le hunter et sa crise de qualité. — Les exportations anglaises. — Exportation d'une très grande quantité de chevaux de boucherie. — L exportation des étalons. — Rapport officiel sur les exportations des chevaux des diverses races.

La crise que nous signalons en France sur les espèces chevalines sévit aussi en Angleterre. Les causes en sont à peu près les mêmes. Mais leur répercussion y est peut-être moins profonde, parce qu'en Angleterre l'élevage n'est pas, comme chez nous, une quasi-entreprise d'Etat poussant, en fin de compte, à la surproduction de certaines spécialités, ni même un élevage

mis en tutelle, ce que supporterait difficilement le caractère anglo-saxon.

En Angleterre, dans cet admirable pays d'élevage réchauffé par le Giilf Stream^ le grand et même le petit éleveur ont comme idéal le cheval « à long thorax, à grands ra^^ons supérieurs, à grandes lignes en un mot, qui est le meilleur type pour toutes les utilisations, à condition de proportionner le volume, le gros ou la sveltesse au but utilitaire poursuivi » (Jacoulet).

On y attache aussi une importance supérieure à l'alimentation, à la gymnastique fonctionnelle. On y excelle dans l'art de la sélection, soit pour les chevaux de course, soit pour ceux de trait, et dans celui si délicat du croisement.

2.750.000 chevaux environ vivent sur le Royaume-Uni, dont les meilleurs centres de production sont l'Irlande, le Yorkshire, le Cumberland, le Gleveland, le Norfolk, l'Essex, le Lincolnshire, le Northumberland, le Cambridgeshire, le Suffolk, le Devonshire, le sud-ouest de l'Ecosse. . .

Pour se rendre compte de l'état de l'élevage

(JKNKHALITKS

anglais, lequel, malgré le tempérament sportif des insulaires, ne fut pas toujours aussi prospère <[ue l'on pourrait le croire, il est nécessaire d'étudier, dans un rapide historique, le développement des races indigènes jusqu'à la constitution de la race des chevaux de pur sang, des Tlwroiujhbrcd, alin de pouvoir mieux comprendre l'influence de ces derniers sur toute la production actuelle.

L'Angleterre, en effet, possède des races de chevaux de service et de trait de tout premier ordre. Elle ne <( fait )) pas, comme pourrait le croire le légendaire M. Prud'homme, que des pur sang.

L'élevage, assez loin à travers les âges, a, comme caractéristique, la lutte continue contre le nanisme chevalin. Jamais il n'y eut, jusqu'aux temps modernes, assez de grands chevaux pour la consommation. Des poneys, on en trouvait tant qu'on voulait, car le sol les produisait comme les landes des bruyères ; et les races de chevaux importées ou grandies redevenaient vite petites par suite de misères physiologiques.

Au début du moyen âge, le poids de l'armement augmentant sans cesse, les issus d'orientaux se trouvèrent trop légers. Il fallut, dès le xin® siècle, avoir recours au sang flamand, ainsi qu'à celui des forts andalous. Ces croisements continuèrent au cours du xiv^ siècle. Nous voyons donc le fond des races indigènes se former, prendre du gros avec les flamands, danois, allemands, et maintenir cependant son influx nerveux grâce au croisement avec l'andalou si imprégné lui-même de sang oriental.

L'année 1377 vit le premier match, genre course. Il eut lieu entre le Roi et le comte d'Arundel. L'enjeu était de 20.000 livres, que perdit Sa Majesté.

Les bons grands chevaux, en somme, étaient rares, au point qu'en 1484 Henri VII en défendit l'exportation et qu'Henri VIII, par une série d'édits draconiens, essaya d'anéantir la race prolifique des poneys, tant il était difficile de remonter la cavalerie en chevaux de taille convenable. Ce roi, cette fois mieux inspiré, organisa la surveillance des étalons et les courses de sélection entre les chevaux de ses propres haras. Notons qu'on y rencontrait surtout, depuis le

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don fait en 1513 par le duc de Mantoue, une majorité d'étalons napolitains. Ces derniers, plus forts que les andalous, restèrent assez longtemps à la mode auprès des grands seigneurs, qui se montraient de passionnés et luxueux éleveurs.

Au xvi^ siècle, le goût sportif sous Edouard VI s'affirma, mais, du temps de la reine Elisabeth, la moyenne des chevaux anglais, au dire des amateurs étrangers, était plutôt déplaisante dans son modèle et sans valeur.

Peu à peu, cependant, l'évolution de l'armement, du harnachement vers des modèles plus légers, amena l'évolution des races chevalines anglaises vers un type également plus léger, plus distingué, plus « qualitueux ». L'équitation, et surtout celle du manège à l'italienne, était en grand honneur.

, Henry VIII créait le champ de course de Newmarket et entretenait des haras. Il encouragea de nombreuses importations d'espagnols, de barbes, d'orientaux. Mais au xvii^ siècle, les gens sensés protestèrent si énergiquement contre l'allégement général des races, qu'on dut en arriver à imposer les riches propriétaires de

chevaux de course, sans ralentir d'ailleurs leur zèle. Cromwel déclara même les courses illégales, tout en encourageant d'autre part l'élevage du cheval militaire et de service.

A la Restauration, la réaction, naturellement, eut lieu. Charles II, grand amateur de courses, les favorisa de tout son pouvoir. Il les dota de prix en numéraire, au lieu de la modeste clochette d'argent que jusque-là gagnait le vainqueur. Les paris passionnèrent la cour, la ville et même les faubourgs. Mais le plus grand titre sportif de ce monarque fut d'avoir acquis les célèbres juments orientales qui, sous le nom de King's-marcs, devinrent la souche de la race pure actuelle.

Enfin, au xvin^ siècle, sous Guillaume III, fut importé Bijcrley Turc, un ancêtre, puis sous la reine Anne, Darley Arabian, un autre ancêtre. Enfin, sous Georges P^ avec d'autres nombreux orientaux, Godolphin Arabian (1724), le troisième ancêtre.

Au cours du règne de Georges II, Blazc, par son descendant le célèbre Schales, fonda la race des Hackneijs du Norfolk, ce qui fut une heu-

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relise création, bien qu'on en ait un peu abusé de nos jours.

Celle (lu Jockeij-Chih en 1750 ne lui céda en rien; c'est même une des dates les plus importantes dans l'histoire, non seulement du turt", mais de l'élevage anglais tout entier, disons même de l'élevage mondial.

Remarque curieuse, ce ne fut qu'en 1780 que la mode s'implanta en Angleterre de la chasse à courre à la queue des chiens, comme elle se pratique actuellement. « Ce sport était entouré jusque-là de tant de précautions qu'elles prêteraient à rire si on les rapportait ! »

En 1784, le premier Mail Coach se rendit de Londres à Bristol, au train de 119 milles en 17 heures (192 kilomètres en 17 heures, soit 11 km. 200 à l'heure), grâce à Mac-Adam, le constructeur de routes. Et grâce à Mac- Adam, encore, on fut amené à produire des chevaux de harnais, forts autant que possible, mais avec de la vitesse et par conséquent du sang.

De 1820 à 1830, Georges IV, s'il s'intéressa aux courses, encouragea aussi le cheval d'agriculture auquel il supprima le lourd impôt établi par Pitt. Les routes allaient s'améliorant et, pa-

rallèlement, le cheval de trait léger. Le Coach de Londres à Exeter, etc., faisait maintenant ses 16 kilomètres à l'heure. Ce fut le beau moment de l'élevage du cheval de qualité en Angleterre. Elle pouvait se glorifier d'avoir les meilleurs chevaux du monde, en courses, au harnais et sous la selle.

Hélas ! le chemin de fer porta un rude coup à cette prospérité du cheval de service, car l'essor des courses suivit, au contraire, une progression parallèle à celle des chemins de fer. Les rapports parlementaires de l'époque signalent la gravité de la crise. Un cheval qui, jadis, valait 40 livres, ne se vendait plus que 17 ou 18. Seuls, les chevaux de selle trouvaient amateur, mais à des prix inférieurs.

Le rapport de la Commission présidée par Lord Roseberry permet de croire que la crise était en partie conjurée vers 1873. Il déconseille en effet, comme attentatoire à la liberté individuelle, le projet de confier l'élevage à une administration des Haras, panacée proposée par quelques-uns, mais il voudrait, — car trop d'étalons sont inférieurs et tarés, — que de fortes primes encourageassent les propriétaires de

bons et sains étalons et que tout impôt sur le cheval fut supprimé.

Le rapport certifiait la présence de nombreux pur sang, d'assez nombreux hunters, bien que très chers, mais il déplorait que les chevaux de labour fissent presque absolument défaut, — l'élevage du bétail étant le plus rémunérateur, — et que les traits légers, Cleveland et Hackneys, fussent rares au point que les importations augmentaient en progression inquiétante.

Cependant, en 1887, Lord Ribblesdale, à la Chambre des Lords, put déclarer que l'élevage Shire et Clydesdale s'était beaucoup amélioré, mais que le demi-sang type militaire restait difficile à trouver. On fit alors une enquête auprès des éleveurs, sorte de référendum très à la mode en Angleterre, à la suite de laquelle furent créés des Qiieens Premiiims, aujourd'hui /u/z^'s Rremiiims, en faveur d'étalons de croisement utiles à l'amélioration des races de demi-sang. Cette mesure eut une influence excellente, décisive même sur la qualité des produits, sinon sur leu rnombre, puisqu'en 1904 l'enquête de la Hunters improvement Society îii ressortir la même pénurie, surtout pour le demi-sang de selle.

L'enquête de 1911 constata une crise de qualité assez sensible pour que l'Etat allouât un million d'encouragement à l'élevage hunter et à l'achat d'étalons de pur sang de croisement aptes, car les Anglais, en effet, ne comprennent pas un cheval de selle pour fort poids qui ne soit ou de pur sang ou très près du sang, le sang étant un facteur plus important peut-être que la masse pour garantir l'aptitude à porter du poids aux allures vives.

Depuis un temps relativement rapproché, existent en Angleterre des Syndicats d'élevage et Sociétés d'encouragement dont l'effet utile a été très sensible. Ces sociétés surent s'opposer à l'engouement exagéré pour le croisement « quand même » du cheval de pur sang d'extrême vitesse avec les races de service, engouement qui, en Angleterre comme en France, causa bien des mécomptes dans la production.

En résumé, la crise actuelle du demi-sang hunter et de service a pour causes la rareté des poulinières, le nombre insuffisant et la mauvaise répartition des bons étalons de pur sang, l'abus de déplorables étalons de pur sang, l'absence de débouchés rémunérateurs pour les naisseurs.

Les remèdes préconisés par les Comités compétents sont : l'emploi d'étalons de pur sang de croisement sélectionnés par les King's Premiums, leur judicieuse répartition selon la nature des poulinirèes. Ces étalons sont de deux types : les pur sang pour les grandes et puissantes poulinières et les demi-sang huniers issus du pur sang, pour les petites poulinières de bonne qualité. Enfin l'augmentation de primes de toutes sortes, dont surtout des primes de conservation.

Ajoutons que lautomobilisme augmente encore l'état inquiétant de l'élevage du demi-sang des deux côtés de la Manche, avec cette différence toutefois que l'Angleterre souffre de la raréfaction, voulue par les éleveurs méfiants, du stock chevalin de demi-sang, et la France, d'un état artificiel de surproduction maintenu, comme nous Tavons déjà dit, en vue de la mobilisation, état des plus alarmants à tous points de vue.

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